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Le Père Bertrand Gournay disant l'homélie lors de la messe d'adieu du Père Pierre Fournier

Le Père Bertrand Gournay, aumônier national du CCFD-Terre solidaire, a fait l’homélie de la messe des funérailles du Père Pierre Fournier :

Homélie du Père Bertrand Gournay pour les funérailles du Père Pierre Fournier

Perdre un ami si proche que pouvait être Pierre auprès de nous tous, c’est diminuer chacun et chacune d’une partie de nous-mêmes. Je voudrais que par les mots que je vous partage, nous retrouvions tous en nous cet ami, ce frère et confrère et qu’il nous aide à renouer avec l’Espérance.

Recevons d’abord en nous « la brise légère » que Dieu nous envoie comme à Élie ; un souffle doux et chaud qui porte en lui la présence de Pierre, nous permettant d’entrer dans une eucharistie et une véritable communion avec lui par le Christ ressuscité.

Les recherches, les conférences, les gestes, les petits mots de Pierre vont encore nous nourrir, de la même manière que ces pains issus des 12 corbeilles remplies à l’issu du geste de la multiplication réalisée par Jésus en faveur de foules affamées d’une parole juste et vraie.   

Ces pains, nous les avons reçus des mains généreuses de Pierre se dépensant sans jamais s’épargner pour les offrir avec une humilité naturelle et sans faire une différence entre les personnes. Nous avons été chacun et chacune introduits dans son incroyable champ de présences pastorales dans lequel Pierre a exercé son ministère de prêtre. Il est possible et cela se dira ainsi, que Pierre s’est usé à la tâche, que ce corps si persévérant et résistant ait cédé sous d’autres causes. Retenons surtout son exceptionnel souci d’encourager, d’apaiser les conflits, de prendre en lui les difficultés pour ouvrir sur la confiance : retrouvons dans nos mémoires une ambiance de rencontre et de présence de Pierre.

Fabienne et Violaine, à présent mères de famille, ont laissé sortir d’elles-mêmes le souvenir d’une présence dont elles n’ont jamais oublié l’intensité. Je vous cite leurs mots adressés à tous leurs amis :

« En octobre 2018, nous avions eu le plaisir de nous retrouver pour les retrouvailles des camps d’ Israël-Terre Sainte 1986.

Pierre était déjà malade depuis un certain temps mais tellement enthousiaste à l’idée de se réunir, pour échanger, guider nos réflexions et transmettre sa foi. 

L’après-midi juste avant nos retrouvailles, il animait une formation pour des « équipes funérailles » sur les thèmes « L’être humain face à la mort » et « Aux funérailles, quelle espérance annoncer ? », ces thèmes qui devaient déjà résonner fortement en lui.

En soirée, à Notre Dame d’Espérance, Pierre était bien là, célébrant avec une joie profonde cette messe « des retrouvailles », s’intéressant à chacun d’entre nous et évoquant avec toujours autant d’intérêt, d’exactitude et de ferveur ces voyages de l’été 86. Nous sommes heureux d’avoir pu partager ce moment avec lui. »

Ces mots sont à mes yeux d’une formidable justesse et dépeignent parfaitement ce que nous avons reçu de Pierre au cours des nombreux voyages-pèlerinages vécus loin des couloirs touristiques.  Il vibrait de joie et semblait aimanté par le prochain rendez-vous programmé pour faire découvrir à des marcheurs exténués un autre témoin, encore un autre.

Le monde était pour Pierre comme ces grands immeubles dont on aperçoit de nuit que les rectangles de lumières. Pierre n’avait que le désir de s’approcher puis d’entrer dans l’immeuble et de frapper à chaque porte pour visiter chacune de ces familles, pour y découvrir chaque culture, chaque tradition, de mettre en lien les habitants, sans jugement, avec sa seule bienveillance.

Ami de Pierre depuis 1974, Mgr Samir Nassar, archevêque maronite de Damas, écrit : « le père Pierre, ‘Abouna Boutros’ en arabe, était un prof inné, jetant les ponts entre les cultures, les jeunes, les familles, mobilisant ses amis pour venir en aide aux réfugiés libanais pendant la longue guerre libanaise, en faisant autant pour la Syrie et son drame depuis 2011 ». De fait, avec Mgr di Falco, nous rappelle Christian, un autre de ses vieux amis, il réussit à faire venir à Gap une famille syrienne soumise aux bombardements sur le front de Damas. Et ce même ami, philosophe écrit : « Envers chaque personne qu’il rencontrait, il était d’une remarquable attention, en engageant des discussions passionnées et lumineuses avec athées, catholiques, protestants, évangéliques, juifs et musulmans… On en ressortait envahi par une forme de simplicité et à proprement parler d’enthousiasme : c’était un Socrate chrétien. »

            C’est en cela que le sens du mot « catholique » prend en Pierre toute sa dimension d’universalité. Le pape François l’élargit ainsi :  « Tous Frères : nous habitons tous la même maison ». Prêtre soucieux de l’unité dans son diocèse, entre les Eglises, entre les religions, il offrit ses larges ses compétences au plus grand nombre, des enseignants des Davidées aux catéchistes de son diocèse, en passant par les séminaristes d’Avignon, toujours avec le même sérieux. Auguste, son frère, nous confiait au moment où nous donnions à Pierre le dernier sacrement, comment il accueillit juste avant d’entrer dans le coma puis de nous quitter, une jeune soignante d’origine indienne, lui parlant avec enthousiasme de son pays…

            Nous aurons beaucoup à nous raconter des souvenirs de Pierre que nous portons chacun et chacune. Mais la Résurrection nous dévoile autre chose que les souvenirs. La douce présence de Pierre derrière son élocution rocailleuse comme les reliefs des montagnes de Ceillac ne va pas cesser de se répandre en gouttes parfumées, comme la vie du Ressuscité en Benoîte Rencurel. Nous réentendons les mots de Jésus à Marie-Madeleine : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va vers les frères et dis-leur: ‘Je monte vers mon Père et votre Père et votre Dieu’.″ (Jn 20, 17-18).

Il s’agit pour nous tous de laisser la vie de Pierre monter là où elle a son devenir, dans la vie du Père. Pas le moindre cheveu de Pierre, pas la moindre de ses paroles, chacun des liens noués avec une multitude de sœurs et de frères, rien de son insatiable souci d’enseigner la foi chrétienne et la foi des autres, n’est oublié de Dieu. Pendant son séjour trop court parmi nous, nous avons reçu la nourriture des pains consacrés par Pierre. C’est à nous à présent de les partager avec toutes celles et tous ceux qui sont aujourd’hui en attente d’espérance. Amen.

Père Bertrand Gournay