Homélie du vendredi Saint, office de la Passion par Monseigneur Xavier Malle
Pouvons-nous rester insensibles ? Pouvons-nous nous habituer à la Croix. Nous en mettons partout dans nos maisons, et c’est heureux, mais regardons les nous encore ? Saluons-nous encore les croix de nos chemins. Ou sommes-nous devenus insensibles à la souffrance de Jésus? Avons-nous le don des larmes ?
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Hier soir, nous avons vu Jésus prendre la place d’un serviteur pour laver les pieds de ses apôtres.
Ajourd’hui, Jésus meurt en esclave. Car la mort par crucifixion était réservée aux esclaves échappés. Jésus a vraiment pris la dernière place, sur la Croix, et par son chemin de Croix.
Il a voulu être serviteur, en portant sa croix, porter nos fardeaux, porter nos péchés, porter nos blessures, porter le poids de nos erreurs, porter le poids de notre culpabilité après nous être trompé. Le chant du serviteur dans le livre d’Isaïe, entendu en première lecture l’exprime ainsi : « C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. »
Pouvons-nous rester insensibles ? Pouvons-nous nous habituer à la Croix. Nous en mettons partout dans nos maisons, et c’est heureux, mais regardons les nous encore ? Saluons-nous encore les croix de nos chemins. Ou sommes-nous devenus insensibles à la souffrance de Jésus? Avons-nous le don des larmes ?
Dans son exhortation aux jeunes, « Il vit le Christ », Christus Vivit, au § 76, le pape s’adresse directement aux jeunes : « Peut-être que nous avons une vie sans trop de besoins, nous ne savons pas pleurer. Certaines réalités de la vie se voient seulement avec des yeux lavés par les larmes. J’invite chacun de vous à se demander : ai-je appris à pleurer ? Ai-je appris à pleurer quand je vois un enfant qui a faim, un enfant drogué dans la rue, un enfant sans maison, un enfant abandonné, un enfant abusé, un enfant utilisé comme esclave par la société ? Ou bien mes pleurs sont-ils les pleurs capricieux de celui qui pleure parce qu’il voudrait avoir quelque chose de plus ? (…) La miséricorde et la compassion se manifestent aussi par des pleurs. Si tu n’y parviens pas, prie le Seigneur pour qu’il t’accorde de verser des larmes pour la souffrance des autres. »
Ce don des larmes n’est pas la désespérance, il soutient l’espérance. Là encore le chant du serviteur le dit : « Mon serviteur réussira, il montera, il s’élèvera, il sera exalté… Il verra la lumière … Il justifiera les multitudes. » Ou encore le psaume 30 : Moi, je suis sûr de toi Seigneur, je dis tu es mon Dieu. Mes jours sont dans ta main… Soyez forts, prenez courage. » 
Ce soir, en vénérant la Croix, demandons le don des larmes sur les souffrances de notre Seigneur et de nos frères et soeurs en humanité Demandons-lui aussi la confiance totale en Dieu, car oui, nous croyons que Dieu va ressusciter Jésus le crucifié ; qu’il sera le serviteur de notre joie. Amen.