Homélie : Journée mondiale des pauvres

Le dimanche 17 novembre 2019, à l’occasion de la Journée mondiale des pauvres, le sanctuaire Notre-Dame du Laus accueillait des personnes en situation de précarité et de solitude pour leur offrir un temps de détente et de ressourcement.

Homélie de Mgr Xavier Malle : « Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! »

Cette invitation du psalmiste est une invitation à la louange pour la fin des temps ! Cela tombe à pic pour ceux d’entre vous qui ont suivi la retraite de Mgr André Léonard sur « La mort et l’au-delà : les fins dernières ». Comme chrétiens, nous savons que la fin des temps arrivera, mais pour vivre cette attente, nous avons un choix personnel à faire, et un choix de société ; vous avez là les trois parties de mon homélie.

I. Comme chrétiens, nous savons que la fin des temps arrivera, et même arrive.

La parole de Dieu de ce dimanche nous prépare à la fin de l’année liturgique, qui sera dimanche prochain, la fête du Christ Roi, puisque le dimanche d’après sera le premier dimanche de l’Avent, et pour nous chrétiens ce sera le début d’une nouvelle année liturgique. La fin de l’année liturgique est symboliquement la fin des temps. La Parole de Dieu nous prépare donc à la fin des temps : « Ce que vous contemplez, prédit Jésus à ses disciples, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » 

Nous savons que cette fin des temps arrivera et nous attendons dans le calme et la confiance, et désirons même, le retour glorieux du Christ ressuscité. Cette fin des temps correspond d’ailleurs à l’hypothèse émise par les scientifiques que l’univers tends vers une fin. Un groupe de scientifiques atomistes détermine avec pédagogie chaque année l’avancée de l'”horloge de l’Apocalypse” ! Ils prennent en considération plusieurs indices pour mesurer l’heure de fin du monde, tels que la prolifération des armes nucléaires, mais aussi les innovations technologiques, les cybers attaques, ou encore la crise climatique et le réchauffement global. Le facteur climat est désormais déterminant dans la mesure de survie de la planète. Les militants de la collapsologie nous prédisent un effondrement très rapide de la terre. La science-fiction s’est emparée depuis longtemps de ce thème. 

Mais comme le dit Jésus, nous ne savons pas quand cela arrivera : « Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »

Il est vrai qu’on a bien l’impression « d’entendre parler de guerres et de désordres » ; et on peut s’interroger sur des dirigeants internationaux pas vraiment à la hauteur des enjeux ; alors que le pape parle d’une troisième guerre mondiale en morceaux, que le régiment de Gap revient de la Guerre au Sahel, que le risque d’attentats est permanent partout dans le monde, qu’on assiste à une dégradation accélérée de l’environnement, que nos pays soi-disant développés connaissent des dérives bioéthiques inquiétantes, que la pauvreté s’aggrave ici et ailleurs, que les migrations forcées ne sont pas prêtes de s’arrêter, etc. Nous avons du choix pour brosser un tableau du monde qui n’est pas réjouissant.  Alors quand on voit le monde si mal tourner, on se prend effectivement à désirer la fin du monde et on dit au Seigneur, Viens ! « Viens gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !» Hâte-toi ! Mais remarquez combien Dieu prend son temps, ce qui au passage est une mauvaise expression, puisque Dieu est dans l’éternité. Disons tout de même que s’il prend son temps, c’est pour nous laisser du temps. Et j’en arrive à ma seconde partie.

II. Pour vivre l’attente de la fin des temps, nous avons un choix personnel à faire. 

Le choix entre l’affrontement ou la fraternité. Par exemple, le choix entre les affrontements hier dans des grandes villes pour l’anniversaire de la révolte des gilets jaunes, ou la fraternité, comme actuellement à Lourdes avec un grand rassemblement intitulé Fratello, à l’occasion de la Journée Mondiale des Pauvres instituée par notre pape François. Ici au Laus, pour notre diocèse de Gap, nous vivons notre journée mondiale des pauvres. Nous voulons faire le choix de la Fraternité. Le prophète Malachie, notre première lecture, oppose les arrogants qui commettent l’impiété, qui ne seront que de la paille, et les craignant Dieu, ceux qui craignent le nom de Dieu, c’est à dire qui craignent d’abimer son amour, d’abîmer sa création et d’abîmer ses créature, spécialement les plus fragiles.

Pour faire ce choix de la fraternité, c’est à dire de nous considérer tous comme frères et sœurs, nous avons besoin de l’Esprit Saint. Car ce choix dépasse nos forces. Il nécessite d’abord une conversion, le choix de l’amour face à la haine et à la peur. L’Esprit d’Amour qui unit le Père et le Fils, peut seul nous donner cet amour qui nous permet de vivre dans ce monde devenu fou. Je suis heureux de dire cela ici aux jeunes du diocèse que je vais confirmer dans les semaines à venir, et qui ce week-end font leur retraite de confirmation. Avec l’Esprit Saint, vous pourrez faire le choix de l’amour, de la Fraternité et non de l’affrontement. Abordons ma troisième partie.

III. Pour vivre l’attente de la fin des temps, nous avons aussi un choix de société à faire.

Je vais encore plus loin, car chacun de nos choix personnels sont autant d’invitation à un choix mondial de la Fraternité. En 1972, le météorologue Edward Lorenz fait une conférence s’interrogeant : « le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Il ajoute : Si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l’empêcher. Alors, sans développer sa théorie, je dirai quel est battement d’aile positif que nous pourrions faire, quelle conversion pourrait avoir un effet bénéfique et en entraîner d’autres. En théologie, on l’appelle la communion des saints. Un saint élève le monde. Dans son message pour cette journée mondiale des pauvres 2019, le pape nous donne un exemple, je cite : « Récemment, nous avons pleuré la mort d’un grand apôtre des pauvres, Jean Vanier, qui, avec son dévouement, a ouvert de nouvelles voies au partage avec les personnes marginalisées en vue de leur promotion. Jean Vanier a reçu de Dieu le don de consacrer toute sa vie aux frères gravement handicapés que la société a souvent tendance à exclure. Il a été un “saint de la porte d’à côté”. Avec son enthousiasme, il a su rassembler autour de lui de nombreux jeunes, des hommes et des femmes, qui, avec un engagement quotidien, ont donné de l’amour et redonné le sourire à tant de personnes faibles et fragiles, en leur offrant une véritable “arche” de salut contre l’exclusion et la solitude. Son témoignage a changé la vie de nombreuses personnes et a aidé le monde à regarder les plus fragiles et les plus faibles avec un regard différent. Le cri des personnes pauvres a été entendu et a produit une espérance inébranlable, créant des signes visibles et tangibles d’un amour concret que nous pouvons toucher de nos mains jusqu’à aujourd’hui.».

Notre société a un choix à faire car notre modèle économique occidental ultralibéral laisse trop de monde sur le carreau, et finira dans le chaos s’il ne se réforme pas.

Le pape François écrit encore dans son message : « Le “jour du Seigneur”, tel que décrit par les prophètes, détruira les barrières créées entre les pays et remplacera l’arrogance de quelques-uns par la solidarité de beaucoup. La condition de marginalisation par laquelle des millions de personnes sont brimées ne pourra pas durer encore longtemps. Leur cri augmente et embrasse la terre entière. » Fin de citation

Qui seront les Jean Vanier de la nouvelle génération ? Chers jeunes, ne suivez pas seulement des héros des jeux vidéo, suivez des héros en vrai, comme Jean Vanier. Retenez ce nom, lisez sa vie, ce qu’il a fait, ce qu’il a dit et écrit. 

Je termine en reprenant encore des paroles du Saint Père en cette journée mondiale des pauvres : « Chers frères et sœurs, je vous exhorte à chercher, avec chaque personne pauvre que vous rencontrez, ce dont elle a vraiment besoin ; à ne pas vous arrêter à la première nécessité matérielle, mais à découvrir la bonté qui se cache dans leur cœur, en vous faisant attentifs à leur culture et à leurs façons de s’exprimer, pour pouvoir entamer un véritable dialogue fraternel. Mettons de côté les divisions qui proviennent de visions idéologiques ou politiques, fixons le regard sur l’essentiel qui n’a pas besoin de beaucoup de mots, mais d’un regard d’amour et d’une main tendue. N’oubliez jamais que la pire discrimination dont souffrent les pauvres est le manque d’attention spirituelle. Les pauvres ont avant tout besoin de Dieu, de son amour rendu visible par des personnes saintes qui vivent au côté d’eux, lesquelles, par la simplicité de leur vie, expriment et font émerger la force de l’amour chrétien. »

C’est l’occasion comme évêque de remercier ceux parmi vous qui sont fortement engagés dans le compagnonnage avec les blessés de la vie ; et comme je ne peux citer toutes les associations, je cite volontiers le Secours Catholique, car c’est aujourd’hui la journée de collecte du Secours Catholique. Chers frères et sœurs, retenez une seule chose, ce que nous as dit le psalmiste : « Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! » Amen.

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