Homélie mercredi des CENDRES 3 mars 2019, Cathédrale 19h00 
Des ténèbres vers la lumière
Des ténèbres vers la lumière
(…) Pour conclure cette réflexion sur le secret et la transparence, retenons pour ce Carême qu’au lieu de vouloir tenir caché nos péchés, mettons les dans la lumière du sacrement de la Réconciliation, et essayons de faire nos bonnes actions dans la discrétion. (…)
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«Ce que vous faites pour devenir des justes, nous dit Jésus, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi.» Par contre, frères et soeurs, avez-vous remarqués combien nous sommes astucieux pour cacher, pour garder secret nos péchés. 
Je vais d’abord creuser un peu cette question du secret, avant de relire quelques conseils du pape François dans sa lettre pour ce Carême 2019, pour terminer en ouvrant sur une espérance.
Secret-transparence, ce sont des mots de l’actualité ; je n’ai pas besoin de vous la détailler, mais je vais essayer de réfléchir un peu avec vous. Le secret souvent pour nous, 
– c’est bon pour cacher nos péchés,
– mais pas pour cacher le bien qu’on fait !
En fait pour nos bonnes actions, c’est un mauvais calcul, car c’est prendre les autres pour des idiots, ils sentent tout de suite, si on fait cela pour la gloriole ou pour rendre service. Rappelons-nous pour ceux qui ont été scouts, la BA des scouts : la bonne action doit être quotidienne et cachée. 
Et pour nos mauvaises actions, c’est peine perdue, car Dieu voit le secret ! «Prie ton Père, dit Jésus, qui est présent dans le secret.» En st Luc 12,2 il précise : «Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits.»
Un intellectuel affirmait d’ailleurs hier que «le culte du secret était généralisé dans l’Église catholique, que seule la libération de la parole pouvait le briser».
J’ai lu un article passionnant de Thierry Massis dans la revue Etudes de 2001-6 sur la transparence et secret. Il dit que «la transparence et le secret renvoient à deux droits fondamentaux qui gouvernent notre société».
«Transparence : le mot est envoûtant, renvoie à la pureté et nous vaut l’un des plus beaux vers de notre langue française Jean de la Fontaine dans la poésie « Le Héron »: « L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours.» (Ainsi) : « La transparence paraît se confondre avec la limpidité, la pureté même. Elle ressemble au soleil et à la lumière. Elle ne peut souffrir des domaines interdits, le mensonge, le mystère, le secret, la discrétion, tous les artifices qui dissimulent la vérité. Au nom de la transparence, le droit à l’information tend à devenir un droit absolu. Les images qui restent dans l’ombre, les paroles qui se disent sous le sceau de la confidence, deviennent suspectes. » C’est vrai que de nos jours, nous pouvons constater que la transparence n’est plus seulement un droit, elle est une exigence morale. Le déclin des idéologies, de la morale (…) l’ont placée au centre, comme le recours ultime d’une société qui (ferait) de la recherche de la vérité son horizon. Tout doit être transparent : notre naissance, nos amours, nos conversations, notre domicile, notre fortune, notre pauvreté, notre mort doivent être exposés à la lumière ; ce qui est caché devient suspect. L’intimité, la confidence, la relation personnelle deviennent anachroniques, désuètes. Il y a un vertige de la transparence.»
Mais, remarque encore Thierry Massis, « parallèlement à cette montée de la transparence, le secret exprime un aspect essentiel de notre civilisation : le respect de la personne humaine. (…) Il exprime l’homme dans son intimité la plus extrême, dans la dialectique du dit et du non-dit, de l’intime et du public. Le secret est contemporain de la conscience. Il est (aussi) la loi de l’exigence morale, lorsque la conscience doit s’opposer aux lois. Il est l’ultime instance d’appel contre toutes les violences humaines, même légales.» 
Je suis en train de lire une grosse biographie de Soljenitsyne, auteur de l’archipel du Goulag, car il aurait eu 100 ans cette année. C’est le secret sur ses activités intellectuelles qui lui a permis de résister au totalitarisme. 
Il y a également un secret auquel on tient et pour lequel des prêtres ont accepté le martyre, c’est le secret de la confession. Il permet justement une libération de la parole. Alors on voit encore plus l’horreur que ce lieu de libération ait pu devenir en certaines circonstance dramatiques un lieu d’agression. Parenthèse, ce n’est pas pour rien que le droit de l’église reconnaît aux pénitents le droit de demander à se confesser dans un confessionnal avec de grilles. 
Pour conclure cette réflexion sur le secret et la transparence, retenons pour ce Carême qu’au lieu de vouloir tenir caché nos péchés, mettons les dans la lumière du sacrement de la Réconciliation, et essayons de faire nos bonnes actions dans la discrétion.
J’en viens maintenant au message pour le carême du pape François, intitulé « La création aspire à la révélation des enfants de Dieu ». Dans une belle formule, il invite à “entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu”. Il rappelle que la cause de tous nos maux, c’est le péché. Il nous invite pendant ce carême, à, je cite, «incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans (notre) vie personnelle, familiale et sociale» en particulier en pratiquant les trois efforts de Carême que sont le jeûne, la prière et l’aumône. Je ne résiste pas à vous citer ce que dit le pape sur ces trois efforts, trois manières d’incarner le mystère pascal, c’est à dire la mort et la Résurrection de Jésus :  
«Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour. (Cette capacité) est capable de combler le vide de notre cœur. 
Prier afin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde. 
Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Finalement avec ces trois efforts de Carême, il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur.»
Frères et soeurs, ces trois efforts peuvent rouvrir en nous un chemin d’espérance. Comme le dit le prophète Joël : «Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction.»
Au binôme secret-transparence, la bible préfère souvent le binôme ténèbres-lumière.  Ainsi st Paul en 2CO 4,6 «Car Dieu qui a dit : Du milieu des ténèbres brillera la lumière, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ.» Et Jésus dit en saint Jean 8, 12 « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. »
Qui sait ? Il pourrait revenir ! Je ne me lasse pas de cette interpellation ! Frères et soeurs, si on est certain qu’il reviendra, à la fin des temps, et il faut nous y préparer, on est aussi certains de sa présence, même dans nos temps de ténèbres, et il faut l’accueillir. Il permet que des choses viennent à la lumière pour les bruler du feu de son amour. Comme dit encore st Paul dans notre seconde lecture : «Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.»
Beau carême à chacun. Amen !
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