Homélie de la Toussaint 2020 – Cathédrale de Gap

« En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : Heureux ».

En ce temps là, alors que la mort rodait par l’occupant romain et par la persécution des pharisiens et des chefs du peuple, Jésus invite à être heureux ! En ce temps ci ; la mort rode, par la main des terroristes, à Conflans Ste Honorine il y a quelques jours, à Nice jeudi ou peut-être à Lyon hier. ou par un virus. Le prochain, c’est peut-être moi ou vous. Comment vivre saintement ce temps que nous vivons, car le bonheur c’est d’être saint pour dire positivement ce que l’écrivain Léon Bloy disait : “Il n’y a qu’un malheur, c’est de ne pas être des Saints.”. Comment être saint aujourd’hui, car c’est l’appel que Dieu nous adresse à chacun en cette fête de Toussaint. Si nous fêtons tous les ans le 1er novembre les saints du Ciel, ce n’est pas pour feuilleter l’album photo des ancêtres dans la foi, mais pour nous relancer sur notre chemin de sainteté, non seulement en les prenant pour modèles, mais aussi pour amis sur notre chemin, en les invoquant dans notre prière. Un journaliste m’a demandé quel est mon saint préféré. En fait, c’est le dernier que j’ai fréquenté soit dans un sanctuaire soit dans un livre ! Ces sanctuaires, comme notre sanctuaire mariale de ND du Laus, et ces livres de saints ou sur les saints, sont des refuges de montagne pour nous. Car nous voyons bien qu’il n’est pas plus facile aujourd’hui d’être saint qu’au temps de Jésus ou qu’au temps des premiers chrétiens persécutés ou qu’ailleurs dans le monde où les chrétiens sont persécutés. Alors prenons de suite la première lecture St Jean. Il nous tourne les yeux vers le Ciel: « Nous le verrons tel qu’Il est. » Voilà frères et soeurs notre espérance eschatologique, après notre mort. Voir Dieu. Jésus le dit aussi dans deux des béatitudes : « Heureux les coeurs purs car ils verront Dieu. » et « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » Les coeurs purs, les pauvres de coeur. Le psalmiste chante : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles. »

Frères et soeurs, est-ce que l’humilité ne serait pas une vertu chrétienne dont la pandémie nous a gratifiée ; dont la persécution nous a gratifié ? Nous nous découvrons tous … tout petits devant un tout petit virus. Ainsi le transhumanisme, le scientisme, les dieux du stade, etc, ont plus ou moins disparus… En fait il ne reste que le vrai Dieu qui est solide, inébranlable. Reprenons le psaume : « Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots. » Voilà notre confiance en Dieu pendant cette pandémie et pendant cette persécution. Il nous garde inébranlables dans la foi, dans l’espérance et dans la charité. Comme dit la grande Thérèse, Thérèse d’Avila, tout passe ! “Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie, tout passe, la patience obtient tout, seul Dieu suffit.” C’est la confiance des humbles. C’est cette confiance qui est aussi la clef de deux autres béatitudes ; « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » et « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » Ce sont les humbles et ceux qui mettent leur confiance en Dieu qui seront appelés à voir Dieu, à le louer pour l’éternité : « Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. » 

Mais notre espérance, elle n’est pas seulement pour le Ciel, car le Ciel commence ici bas. La petite Thérèse, de Lisieux, écrivait ceci : « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai ! mais pour être avec lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre. ».

Frères et soeurs, comment être tout à fait avec Jésus déjà actuellement ? Actuellement alors que la menace d’un terroriste ou d’un virus tente de nous terroriser ? 

Nous disons sans hésiter, d’abord par la messe ! Comment peut-on nous priver du secours des sacrements et du secours de notre vie fraternelle dans notre paroisse ? Le confinement du culte à partir de mardi est-il suffisamment justifié par la situation sanitaire ? Quand je dis ceci, surtout n’allez pas croire qu’il faut baisser la garde contre le virus, non. Les gestes barrières sont nécessaires et nous avons appris à vivre avec, même si c’est difficile.

Mais nous savons que nous ne sommes pas chrétiens seulement le dimanche, mais chaque jour. Comment être tout à fait avec Jésus chaque jour ? Comment intensifier notre union à Dieu dans la prière, dans l’offrande de nos croix quotidiennes, de nos peurs, de nos angoisses bien légitimes ? Le diocèse et le sanctuaire ND du Laus vous proposent de vivre ce temps du confinement comme un grand pèlerinage de l’espérance, sous le titre de pélé’spérance.

Je vous invite à lire sur internet la lettre que je vous ai écrite vendredi pour vous inviter à cette fête de la Toussaint. N ‘hésitez pas d’ailleurs à vous abonner à notre lettre électronique sur le site du diocèse. Ce nouveau confinement commence par la Toussaint et se terminera nous l’espérons au début de l’Avent. Vivons comme un pré-avent ce confinement, en recevant l’espérance de Noël dès maintenant.

Cette espérance, elle est pour nous et pour nos défunts, c’est la raison pour laquelle la liturgie nous propose demain le 2 novembre, de commémorer nos fidèles défunts. Je le ferai ici à la Cathédrale à 19h, pour honorer nos morts et particulièrement nos martyrs, et célébrer la dernière messe autorisée avec vous les fidèles. 

Certes, nos contemporains mélangent souvent le 1er et le 2 novembre, car les deux sont intrinsèquement liés. Le chemin du Ciel est le chemin de sainteté sur cette terre, en accueillant la miséricorde de Dieu dans nos vie. Alors dès ce dimanche, et aussi demain, nous voulons remercier Dieu pour ce que nous avons vécu avec nos défunts, pour  leur propre chemin de sainteté. Bien sûr nous ne les canonisons pas tous, mais nous implorons pour tous la miséricorde de Dieu, son pardon. Qu’il voient Dieu ! « Ils viennent de la grande épreuve de la mort ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » 

Confions-les et confions-nous à Marie, Reine des Saints.

Amen.