Un long regard d’amour, JO Paris & réparation – homélie Jaussauds
Samedi 3 août 2024 – Messe mariale, Marie Reine de la Paix
dans la chapelle Notre-Dame et St Christophe du hameaux des JAUSSAUD, Commune de Gap-Romette
Le dimanche, la 1ère lecture est choisie pour illustrer depuis l’Ancien Testament la lecture de l’Evangile. En semaine il n’en est en principe pas ainsi : nous suivons des livres bibliques en lecture continue en première lecture, et également en évangile. Et bien cadeau du ciel, aujourd’hui c’est comme le dimanche, la première lecture éclaire l’évangile.
Notre évangile, selon st Matthieu, raconte les errements d’Hérode. On lui parle de Jésus et il pense à Jean le Baptiste, qui serait ressuscité après qu’il l’eut fait décapiter.
D’abord remarquons qu’Hérode lui-même reconnaît en quelque sorte une lignée entre les deux, ou comme nous disons, Jean Le Baptiste a été le précurseur de son cousin Jésus. Il a préparé son chemin, également dans le martyr.
Matthieu raconte ensuite ce martyr.
En fait Hérode s’est mis dans un piège. A son amante, Hérodiade, la femme de son frère Philippe, la passion amoureuse lui fait perdre toute raison : « A son anniversaire, la fille d’Hérodiade dansa au milieu des convives, et elle plut à Hérode. Alors il s’engagea par serment à lui donner ce qu’elle demanderait. » Si j’ai bien suivi ses frasques, il aime la mère et il est tenté par la fille. Hérodiade qui cherche à se venger de Jean le Baptiste, tout comme Hérode, qui lui avait dit « Tu n’as pas le droit de l’avoir pour femme », et s’en sert pour le coincer et lui fait demander par sa fille la tête de JB sur un plateau. Hérode est coincé à la foi par sa folle passion amoureuse, il s’enferme dans son péché, et par son orgueil : il ne peut revenir sur sa promesse. St Jean-Chrysostome dit joliment qu’Hérodiade « croyait bâillonner cette langue sacrée. Mais celle-ci résonne encoure aujourd’hui dans nos églises. Le roi a fait couper la tête de Jean le Baptiste, mais il n’a pas coupé la voix. »
Dans la première lecture, ses opposants demandent la mort pour Jérémie. Car ce prophète, a annoncé la chute de Jérusalem si le peuple ne se convertit pas. La réponse de Jérémie est exceptionnelle de confiance en Dieu : il ne renie pas sa mission, au contraire, car je le cite, « c’est le Seigneur qui m’a envoyé prophétiser contre cette Maison et contre cette ville, et dire toutes les paroles que vous avez entendues. » Alors il recommence à inviter à la conversion : « Et maintenant, rendez meilleurs vos chemins et vos actes, écoutez la voix du Seigneur votre Dieu ;
alors il renoncera au malheur qu’il a proféré contre vous. » Et il ajoute cet acte de confiance en Dieu : « Quant à moi, me voici entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon et juste. Mais sachez-le bien : si vous me faites mourir, vous allez vous charger d’un sang innocent. » Et la les gens se convertissent.
En préparant cette homélie, il me revenait la polémique sur la cérémonie des Jeux Olympiques.
La danse de la fille d’Hérodiade n’était que petite chose par rapport à la décadence romaine qu’on a vu à la télévision. En fait et c’est au delà de la Cène de Léonard de Vinci, car pour comprendre ce blasphème il fallait connaître ce tableau italien célèbre, il y a eu nombre de scènes de débauche, à deux, à trois, et en prime un enfant dansant au milieu. Ajoutez la reine décapitée, et vous avez une cérémonie d’ouverture des jeux olympiques peut-être même pas faite volontairement pour choquer, car en réalité, ils ne s’entendent pas compte, car c’est la réalité dans laquelle vit le petit monde culturel parisien, mais qui n’a rien à voir avec la vraie vie, ni avec les JO et qui au contraire d’être inclusifs, de rassembler une nation oh combien divisée actuellement, l’a divisée. Les organisateurs ne peuvent pas non plus se rendre compte de l’offense au Saint Sacrement, offense faite à Dieu à travers la représentation de l’Eucharistie. Je participe d’ailleurs la semaine prochaine à une session de Paray Le Monial, où justement Jésus a demandé à Ste Marguerite Marie de réparer pour ces offenses au st Sacrement. La troisième grande apparition de 1675 est toute centrée sur l’Eucharistie. Elle commence par une déclaration d’amour : « Voici ce coeur qui a tant aimé les hommes », mais ensuite une grande plainte : « Pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour », et en fin la demande de réparation, « Toi du moins aimes ».
Quand la conférence des évêques a publié un communiqué, très modéré mais très courageux, comme les prophètes, je vous invite à le lire sur le site internet du diocèse, et terminant par une note positive sur les JO, ce milieu culturel débauché s’est écrié contre l’Eglise. On en revient à notre première lecture : « Ces évêques méritent la mort, car il ont prophétisé contre cette ville ; vous l’avez entendu de vos oreilles. » Une paroissienne m’a demandé si je comptais proposer des actes de réparation. Je lui ai répondu que comme une sorte de réparation publiquej’ai fait un article sur le site internet diocésain reprenant le communiqué de la CEF et qu’il fallait distinguer cela, une réaction publique (ou politique au sens noble du terme), d’une démarche de réparation spirituelle, qui pour moi doit être essentiellement personnelle, même s’il peut y avoir des aspects communautaires. Car ce serait une erreur de confondre les deux et de transformer un acte réparateur en acte politique. Il y a eu dans le passé des détournements du sens de la réparation spirituelle à des fins politiques : vouloir réparer pour les « crimes » de ses adversaires, ou tel événement serait en réparation de tel échec politique. Cela a été dit après les défaites militaires de 1870, 1914 ou 1940.
Aussi dans la situation présente, alors que tout le monde se réjouit de la 4ème médaille en or du nageur national, je pense qu’un acte public de réparation ne serait pas fécond en termes d’évangélisation. Par contre j’ai encouragé cette paroissienne à poser des actes personnels de réparation.
La définition de la réparation que je préfère est celle d’un jésuite E. Glotin, qui a écrit l’article réparation dans le Grand Dictionnaire de Spiritualité :
« Un long regard d’amour et de reconnaissance jeté sur Celui qui porte dans son Cœur une si poignante douleur devant l’ingratitude de son peuple ».
Chers amis, qu’au cours de cette messe, nous puissions tous, en réparation pour les offenses du monde mais aussi des nôtres, nous puissions tous porter « un long regard d’amour et de reconnaissance jeté sur Celui qui porte dans son Cœur une si poignante douleur devant l’ingratitude de son peuple ».
Ce sera la plus belle des réparation. Amen.


