• 22 juin 2011

Témoignage de Monseigneur Jean-Michel di FALCO LEANDRI, évêque du
diocèse de Gap et d’Embrun.
Homélie de Monseigneur Jacques DAVID, évêque émérite d’Evreux.
Lettre de Madame le Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales Michèle ALLIOT-MARIE.
 


Témoignage de Monseigneur Jean-Michel di FALCO LEANDRI, évêque du
diocèse de Gap et d’Embrun

                                                                              Merci
Père Duval

C’est avec une grande tristesse que j’ai appris le départ de Mgr. Joseph Duval
vers la Maison du Père. Tristesse plus grande encore de ne pas avoir pu me rendre à Rouen pour ses funérailles.

Mgr. Duval était un ami. Amitié qui s’est tissée au cours des neuf années
(87-96) durant lesquelles j’ai exercé à ses côtés les fonctions de porte-parole de la Conférence des Evêques de France alors qu’il en était le vice-président, puis le président. Ensemble nous
avons partagé et porté des moments forts et heureux de la vie de l’Eglise comme des moments douloureux. Je garde notamment dans ma mémoire la longue rencontre avec le Pape Jean-Paul II à la suite
du départ de Mgr. Gaillot du diocèse d’Evreux. Parvenu au terme de mon mandat, c’est lui qui m’avait demandé de le prolonger.

Sous un abord froid et distant se cachait un homme plein de délicatesse et
d’attention. J’ai apprécié le travail sous sa responsabilité, il savait faire confiance. Homme discret mais direct, on savait ce qu’il pensait, sans fioritures ni paroles inutiles. Exigeant
aussi. Une anecdote touchant le diocèse de Rouen. Il m’avait demandé une année de prendre la parole lors de la célébration de l’après-midi à la cathédrale à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc.
« Vous parlerez vingt minutes » m’avait-il donné comme consigne. Arrivé à la sacristie, il s’approche de moi et me dit : « C’était pas mal ce que vous avez dit, mais vous avez
parlé vingt-trois minutes, trois de trop ! »

Amoureux de la montagne il passait chaque année plusieurs jours à faire de la
randonnée. Je l’ai rejoint plusieurs été. Il était heureux de faire découvrir les lieux où il aimait marcher et prier.

Il y a quelques semaines seulement, nous nous sommes parlés au téléphone pour
échanger sur les derniers événements qui ont traversé l’Eglise. J’envisageais d’aller le voir en juillet. Cela ne se fera pas et j’en suis bien triste.

Merci, Père Duval, pour ce que vous m’avez apporté et ce que vous avez donné à
l’Eglise.

                                                                
 + Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                                                                     
Evêque de Gap et d’Embrun

 

                                                                 
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Homélie de la messe de sépulture de
Monseigneur Joseph DUVAL par
 Monseigneur Jacques DAVID, évêque émérite d’Evreux

Lors de ses adieux à l’Eglise de Rouen, le 18 novembre 2003, Monseigneur Joseph
Duval avait conclu son homélie par des paroles de Jean Chrysostome.  Celui-ci, au moment de quitter Constantinople, s’était écrié : « En
quelque lieu que je sois, vous y serez aussi… Si nous sommes éloignés par la distance, nous sommes unis par la charité et la mort elle-même ne pourrait couper ce lien.  Si mon corps vient à mourir, mon âme restera vivante et se souviendra de mon peuple.

Vous êtes mes concitoyens, vous êtes mes pères, vous êtes mes frères, vous êtes
mes enfants, vous êtes mes membres, vous êtes mon corps, vous êtes ma lumière, et même vous êtes plus doux pour moi que la lumière.  En effet la
lumière du soleil ne m’apporte rien de comparable à ce que m’apporte votre charité.  Le soleil m’est utile à présent, mais votre charité me prépare
une couronne pour l’avenir ».

Notre charité, notre affection pour Joseph Duval s’expriment ce soir dans une
célébration d’action de grâces.  Nous remercions notre Père du Ciel pour ce que l’Esprit Saint a  suscité
et réalisé par le ministère de notre Archevêque.  Ministère dont non seulement nous avons été bénéficiaires, comme laïcs, religieux, religieuses,
ministres ordonnés, mais aussi auquel nous avons participé comme acteurs et pour bon nombre d’entre nous comme collaborateurs. L’action de grâces nous rassemble. Action de grâces à laquelle se
sont jointes, près de la famille du Père Duval, des Religieuses de la Congrégation de Saint Joseph d’Annecy ; chez elles  il a reçu un accueil
qui l’a rendu heureux ; il y a même retrouvé des roses en surabondance, il n’a pas été dépaysé de son jardin de l’archevêché qu’il aimait entretenir avec tant de soins pour se
détendre.

Comment en effet pourrait-on évoquer le ministère de l’évêque  sans contempler en même temps la vie de son Eglise, notre vie chrétienne à chacun de nous et, dans le cas, la vie de la conférence des évêques,  tellement les liens sont forts ? des liens qui aident à vivre.

Dans ses dernières dispositions, le Père Duval a exprimé deux demandes
concernant cette cérémonie.  La première est que nous priions pour le pécheur qu’il se dit avoir été. Entendons cette demande.

Lorsqu’il vous a quittés voici peu après la célébration de ses 80 ans, Joseph
Duval s’interrogeait : « Vous ai-je, frères et sœurs, assez aimés ? »  Notre présence et notre prière sont notre réponse à sa
question.  Question et réponse prennent sens et force dans cette Eucharistie, où le Christ nous rassemble tous dans son Alliance et son offrande au
Père.

L’heure du soir de la vie pour Joseph comme pour les aînés est celle où l’on
s’interroge sur ce qui a donné du poids et de la consistance à notre vie.  Et nous nous interrogeons  en
même temps sur le regard que portera le Seigneur sur elle.

Nous sommes tout naturellement ramenés aux questions que Pierre a entendues de
la bouche de Jésus : « Pierre, m’aimes-tu ? m’aimes-tu plus que ceux – ci ? » Jésus n’a pas demandé : regrettes-tu ce que tu as fait ? es-tu prêt au
courage ? seras-tu capable de soutenir tes frères ? Jésus a tout ramené à l’essentiel. Qui de nous peut dire qu’il aime ou a aimé assez ? Nous sommes solidaires du Père Duval à
l’heure de sa rencontre définitive avec le Seigneur. Nous sommes une Eglise de pécheurs aimés de Dieu.

Je me souviens de ce jour de pèlerinage à Assise en l’année du Jubilé,
pèlerinage où le diocèse d’Evreux s’était joint à celui de Rouen ; durant la messe à la basilique supérieure, le Père Duval, avec une émotion perceptible avait affirmé : « Quand je
paraîtrai devant le Seigneur, je lui dirai : « Peut-être n’ai-je pas fait assez mais je t’ai servi de toutes mes forces, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour
toi ».

Comme le Père Duval, nous pouvons dire au Seigneur : « Toi qui
connais toutes choses, tu sais bien que je t’aime. »Mais nous savons que nous avons besoin de nous porter les uns des autres, besoin de la prière des autres, besoin d’être sauvés par la
miséricorde de Jésus dont nous avons entendu l’appel : « Suis-moi ».

Brièvement je veux évoquer trois grâces qui ont été données au Père Duval pour
l’Eglise, grâces qui appellent notre reconnaissance et notre prière.

Son amour courageux pour l’Eglise.

Il serait vain de tenter de faire la liste de toutes les initiatives
que  le Père Duval a prises tant dans son diocèse qu’au plan de la Conférence des Evêques. Il a travaillé dans de nombreuses commissions : monde
scolaire, comité canonique, enfance jeunesse, conseil des affaires économiques, œcuménisme et j’en oublie sans doute.  Mais il a toujours, sans
hésiter,  fait face quand il fallait parler juste et clair tant par rapport à la vie sociale, la presse l’a rappelé, que dans la vie ecclésiale.
Parfois les coups reçus par lui ont été rudes et il a été au centre de tempêtes médiatiques.

Tel père, tel fils : Joseph Duval confiait que son père était avare de
confidences : lui-même parlait peu, parfois en si peu de mots que son interlocuteur en était déconcerté.  Que pensait-il au fond de
lui-même ?  Permettez-moi de vous lire quelques lignes d’un message aux catholiques de France, daté de la Pentecôte 1995 et signé par lui
personnellement, en pleine période de contestation.  Il me semble que, dans ces lignes, il exprime, en utilisant le « nous» ce qu’il vivait
lui-même au plus profond et que ces mots sont écrits avec le sang de son cœur :

« Au soir du Vendredi saint, les disciples du Christ s’étaient enfermés au
Cénacle, dominés par la peur.  Cette peur nous menace toujours devant les difficultés du témoignage à donner.  Nous sommes mis à l’épreuve quand se dressent sur notre route la dureté du débat, l’incompréhension, le jugement malveillant, le soupçon ou le
rejet.

Nous faisons nous-mêmes l’expérience du découragement et parfois de
l’infidélité.  C’est alors que nous éprouvons le bienfait du souffle de la Pentecôte pour que l’inquiétude ou le doute laissent place à la liberté et
à la force intérieure.

Nous sommes toujours les témoins imparfaits du message qui nous a été confié.
Nous peinons pour créer un climat suffisant de confiance ou de dialogue.  Nous ne parvenons pas toujours à trouver les mots justes pour porter aux
hommes un message qui soit de compréhension et d’exigence ».

Après les débats qui ont agité l’Eglise récemment, comment ne pas reconnaître
la justesse du ton de cet homme ne se dérobant pas aux attaques, même les plus injustifiées ? Au jour de ses adieux, il recommandait : «Soyez simplement heureux d’être au service (de
Dieu) et laissez lui le soin de peser les résultats.  En vous disant cela, je reconnais n’avoir pas eu 
toujours  cette sagesse qui bannit l’inquiétude ».

Et, enfin, vous me pardonnerez cette dernière citation, il exprimait le fond de
la conviction qui  orientait sa manière de vivre et ses choix, le 11 octobre dernier, en la fête de Saint Nicaise, le Père des chrétiens de Haute
Normandie. Un saint « mu par une foi et une espérance résistant à toutes les épreuves ».  Rien ne pouvait l’arrêter.  Il aurait pu se
laisser séduire par les discours de tous ceux qui le décourageait de poursuivre son aventure risquée (…) Il a tenu jusqu’au bout sans regarder en arrière.  C’est grâce à lui, à ceux et celles qui lui ressemblen,t que la foi est venue jusqu’à nous.  Quand les difficultés
s’accumulent, nous risquons de baisser les yeux pour ne voir que le présent et le mal qui nous assaille.  C’est alors que qu’il faut regarder au loin
avec une grande espérance ; c’est alors que nous devons dire, dans la foi, que les chrétiens de demain, c’est nous qui aujourd’hui  les aidons à
naître grâce à notre fidélité ».

Telles sont la foi et l’espérance de Joseph Duval. Tournées vers
l’avenir.  Un de ses très proches collaborateurs à la conférence des évêques me confiait que lorsqu’il 
proposait des initiatives nouvelles au Père Duval avec un peu de crainte, celui-ci aimait répondre : « Pourquoi pas ? » Avec reconnaissance, nous avons à prier pour celui qui
a lutté  pour servir l’Eglise et en a été éprouvé.

Amour courageux de l’Eglise.

Son service attentif de l’unité

Je l’évoque brièvement. Le Père Duval, comme le Christ, le bon berger que nous
avons chanté tout à l’heure dans le psaume, a toujours uni le souci de l’unité et de l’unité autour du Christ.  Les grands rassemblements diocésains
ont eu à ses yeux une valeur particulière comme faisant apparaître combien des chrétiens appartenant à des réalités de vie très différentes pouvaient être heureux d’être réunis par la même foi en
Jésus-Christ. Ainsi se manifestait l’unité qu’il désirait inlassablement susciter et faire vivre à travers tout le diocèse. Cette unité, il l’a servie dans sa fonction de Président de la
Conférence ; il a désiré se montrer fraternel avec tous les évêques et attentif  à tous même dans les moments de tension ou de crispation. Il n’a
voulu en exclure aucun, c’est certain.

Comme président de la commission épiscopale pour l’unité des chrétiens, il a
porté cette même préoccupation. Il a appelé  l’Eglise de France à  vivre de grandes heures autour du
Pape  à Tours, à Saint Laurent sur Sèvre, à Sainte Anne d’Auray et à Reims. Et   l’entreprise a
réussi. Et cela au cours d’une année qui avait été houleuse dans notre pays.

Dans ce service de l’unité, il a mis en œuvre trois dons reçus de
Dieu.

Tous ceux qui ont été proches de lui ont découvert qu’il était fraternel et
chaleureux ; ses gestes et sa fidélité le manifestaient plus que ses paroles. Ma présence en ce lieu aujourd’hui en est un signe. Il aimait et savait faire confiance. Il n’a jamais cherché à
se faire valoir ou se mettre en avant ; il ne cherchait ni à plaire ni à déplaire. Il était lui-même. Dans la vérité.

Mais quand la confiance n’était pas au rendez-vous, lorsque l’on cherchait à le
manœuvrer, l’interlocuteur ne tardait pas à  savoir son mécontentement.

Là encore, nous trouvons une raison de prier pour le Père Duval. Tous les
évêques le savent dans notre assemblée, le service de l’unité est souvent une épreuve où  se révèle ce que nous portons au fond du
cœur.

Enfin, avant de conclure, je relève sa relation privilégiée avec les
jeunes.

Le visage le plus apparent de cette attention aux jeunes était le pèlerinage
annuel pour les lycéens et les étudiants qui s’effectuait à Rome ou à Assise. Sans doute en a-t-il ainsi accompagné près de 4OOO et en a-t-il confirmé plus de 500 à cette occasion. Il
s’appliquait, avec une méthode qu’il m’avait expliquée  et aussi un brin de fierté, à connaître chacun des 200 jeunes du pèlerinage par son visage et
par son nom. Il a eu la joie de voir le nombre des séminaristes grandir et d’imposer les mains pour le diocèse à 38 prêtres et 20 diacres. Il a toujours marqué sa confiance aux jeunes et aux
prêtres jeunes.  Ceux-ci pouvaient sentir cette confiance qu’il mettait en eux, n’hésitant pas à leur donner des responsabilités. Nous pouvons prier
pour que, par la force de l’Esprit, cet élan se poursuive !

En guise de conclusion, je vous confie le deuxième désir du Père Duval pour
cette cérémonie : celui que nous célébrions ensemble la joie de la Résurrection du Seigneur Jésus et de la nôtre, la rencontre avec ce Dieu qui nous aime. Le chant de l’Alleluia de Haendel
tout à l’heure nous entraînera dans cette action de grâces.

Au mois de septembre 1994, le Père Duval était parti au Rwanda, aussitôt le
génocide, avec une délégation. Nous avions dans les yeux des spectacles de désolation, avec des têtes de personnes massacrées dans les jardins.  La
messe du vendredi de la 20ème semaine ordinaire  nous a fait entendre le chapitre 37 d’Ezéchiel qui 
présente la vision des ossements desséchés et  fait résonner la promesse de Dieu : « Je mettrai en vous un esprit et vous vivrez et vous
saurez que je suis Dieu ! » La parole du Père Duval, à l’homélie fut vibrante de foi et d’espérance en la force de l’Esprit qui a ressuscité le Christ et nous fait participer à sa
Résurrection. Ce fut un moment de prière intense !

Cet acte de foi, nous sommes invités par le Père Duval lui-même à le renouveler
dans la joie que nous apporte le Christ. Nous serons avec Lui pour toujours.

Puis-je vous suggérer qu’en cet instant nous élargissions notre acte de foi et
notre prière ?  En les étendant  à tous ceux et celles qui ont collaboré avec le Père Duval durant
ses années rouennaises d’épiscopat et plus particulièrement aux prêtres que Dieu lui avait confiés comme collaborateurs, et qui nous ont quittés. Gardons unis en cet instant ceux que l’amour du
Christ et le service de l’Eglise ont associé à la même tâche.

Que cette Eucharistie nous fasse tous participer dans le Christ à la
joie  de Joseph Duval et de tous ceux qui avec lui ont donné leur vie pour l’Evangile, à la joie d’être pour toujours avec Dieu et en Lui, à la joie
que déjà par sa prière ils désirent nous obtenir. Comme l’a dit l’apôtre Paul : « L’espérance ne déçoit pas. Car l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par l’Esprit qui nous a été
donné » (Rom 5/5).

                                                                 
+ Jacques DAVID
                                                                     
Evêque émérite d’Evreux

                                                            
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Lettre de Madame le Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités Territoriales Michèle ALLIOT-MARIE


 

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