“Des glaives encore plus puissants que les glaives en métal”

Dimanche 18 septembre 2016, la paroisse Saint-Arnoux pour le Gapençais fêtait son saint patron dans le parc du collège-lycée Saint-Joseph en présence de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et du maire de Gap, Roger Didier.

La pluie des jours précédents n’avait heureusement pas détrempé le terrain. Les stands pour la kermesse ont attiré petits et grands. Chaque mouvement présent sur la paroisse présentait ses activités : scoutisme, Secours catholique, groupes de prière, etc.

Au cours de la messe le matin, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a insisté sur les conversions nécessaires pour vivre l’unité. S’adressant à un moment directement à Roger Didier, il a même fait un parallèle entre la mission de l’évêque et celle d’un maire.

À la fin de la célébration, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a remis la médaille du mérite diocésain à plusieurs paroissiens.

Ci-dessous :

  • Une vidéo de l’homélie prononcée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.
  • Une vidéo du flash mob à l’issue de la célébration, animé par jeunes du diocèse qui se sont rendus aux JMJ en Pologne cet été.
  • Le texte de l’homélie.
  • Un diaporama de la remise des médailles et de l’accueil des nouveaux arrivants sur la paroisse.
  • Une courte biographie de saint Arnoux, évêque de Gap au XIe siècle.

Homélie

par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Depuis quelques jours, quand je croise des personnes, certaines me disent : « Mais vous êtes encore là ? » Je suis encore là. Il y en a qui s’en réjouissent et il y en a qui s’en attristent. Mais c’est comme ça. Je suis là jusqu’à ce que le pape ait pris la décision de donner au diocèse de Gap et d’Embrun un successeur, ce qui ne saurait tarder, je vous rassure.

Nous fêtons aujourd’hui saint Arnoux, évêque de Gap il y a 950 ans. Les lectures que nous venons d’entendre présentent l’évêque idéal ! Tout semble parfait, tout va de soi. La bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, les captifs sont délivrés… et bien sûr tout le monde est aux anges. Saint Paul proclame l’évangile, et bien sûr tout le monde l’accepte. Jésus est le bon berger, alors bien sûr on l’écoute attentivement et on le suit sans rechigner.

Mais… Mais ce n’est pas vraiment ce qui se passe. Que d’oppositions rencontrées par l’oint du Seigneur décrit par Isaïe, que d’oppositions rencontrées par saint Paul dans ses pérégrinations, que d’oppositions rencontrées par Jésus. Une opposition telle qu’on l’a crucifié ! Et saint Arnoux que nous fêtons aujourd’hui ? Croyez-vous qu’il ait été bien reçu par les Gapençais de son temps ? Il a mis du temps à réformer son diocèse. Le seigneur de Charance l’a même frappé de son glaive tant il était furieux d’avoir été remis à sa place par l’évêque. On m’a au moins évité ça… Il y a parfois des glaives qui sont encore plus puissants que les glaives en métal…

Donc comme vous pouvez le voir, vivre et proclamer l’évangile, cela n’a jamais été un long fleuve tranquille.

Pour ceux qui seraient abonnés au journal du diocèse, ils ont peut-être lu mon éditorial de ce mois sur « Monsieur le curé fait sa crise ». J’en vois qui sourient… Mais non, ne trompez pas : je ne parle pas du père Dubois… « Monsieur le curé fait sa crise », c’est en réalité le titre d’un roman paru cet été. Dans ce roman, « Monsieur le curé » vous pouvez le remplacer par « Monseigneur l’évêque », voire même par chacun de vous. « Monseigneur l’évêque fait sa crise », « Monsieur le vicaire fait sa crise », « Madame la responsable des fleurs fait sa crise », « Monsieur le sacristain fait sa crise ». Car il en faut du courage pour un évêque, pour un curé, pour un prêtre, et même pour un chrétien, pour chacun de nous, pour encaisser tout ce que nous encaissons comme dissonances, comme discordes, comme médisances, comme calomnies au sein de nos communautés. Il faut un estomac solide pour avaler beaucoup de couleuvres ! Les paroissiens doivent supporter leur curé, le curé ses paroissiens, l’évêque ses prêtres, les prêtres leur évêque… Et nos communautés sont parfois bien plus des aimants qui repoussent que des aimants qui attirent. Alors vraiment nous avons la foi bien accrochée pour ne pas l’envoyer aux orties.

Regardez les lèvres. Elles sont faites pour embrasser, elles sont faites pour sourire, parfois pour faire des grimaces. Mais derrière les lèvres il y a les dents. Et parfois elles mordent, et déchirent. Et derrière les dents il y a la langue. Alors la langue… celle sur laquelle pour certains on dépose le corps du Christ. Cette langue peut faire tant de mal lorsqu’on ne sait pas la maîtriser et que l’on se vautre dans les rumeurs et les ragots. N’y a-t-il pas mieux à faire ?

Alors donc, dans ce livre Monsieur le curé n’en peut plus, avec son agenda surbooké, avec les tradis qui le tirent à hue, les progressistes qui le tirent à dia, avec une pétition qu’on vient de lancer contre lui. Alors il fuit sa paroisse. Je vous laisse le soin de lire le livre pour que vous découvriez la suite. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il va falloir que tout le monde se remette un peu en question, fasse un choix et prenne ses responsabilités. Lui, comme ses paroissiens. Soit ils s’enferrent dans des querelles mesquines qui les minent tous, soit ils se convertissent.

Alors la conversion ? Un bien grand mot. Mais en quoi consiste-t-elle précisément ? À se faire marcher sur les pieds ? À tout accepter ? À avaler les couleuvres ? Non !

Alors pour vous laisser la primeur du livre, je vais plutôt prendre comme modèle saint Augustin pour parler de la conversion. D’abord parce qu’il a été lui-même un évêque comme saint Arnoux. Et aussi parce qu’on peut discerner trois étapes dans sa conversion, trois étapes qui peuvent nous servir dans notre cheminement personnel.

La première étape, c’est sa conversion au Christ. Augustin avait entendu parler du Christ par sa mère Monique. Mais il n’était pas attaché à la foi chrétienne. Il regardait ailleurs. Et puis un jour il s’est vraiment converti au Christ. Cette conversion, c’est celle que vit celui qui chemine vers le baptême à l’âge adulte. Mais aussi celle que vit l’adolescent ou l’adulte le jour où il choisit d’assumer le baptême qu’il a reçu enfant, et où il choisit de le faire sien.

Alors, nous qui sommes là aujourd’hui, cette première conversion nous l’avons vécue.

Mais il y a une deuxième conversion chez saint Augustin. Cette conversion, c’est celle qui l’a fait passer du Christ aux autres, au tout-venant, tel qu’il est, avec ses faiblesses, ses fautes, ses infimités, ses problèmes psychologiques ou matériels. Après sa première conversion, il voulait être tranquille avec le Christ, au sein d’une petite communauté toute dévouée au Christ. Alors il se retire avec quelques amis pour se consacrer à la prière et à l’étude. Et puis le voilà choisi comme prêtre, puis comme évêque. Et je rappelle que pour saint Arnoux ce fut pareil. Il était moine. Et le pape est venu le sortir de son monastère pour en faire l’évêque d’un diocèse qui à l’époque était en perdition !

Donc de cette manière ont été vécu, aussi bien par saint Augustin que par saint Arnoux, de manière un peu forcée par les événements, une deuxième conversion. Cette conversion les a fait passer d’un Christ rêvé à un Christ incarné dans les autres.

Voici comment saint Augustin décrivait sa charge. Je le cite : « Il nous faut arrêter les inquiets, consoler les pusillanimes, soutenir les faibles, réfuter les contradicteurs, nous garder des astucieux, instruire les ignorants, exciter les paresseux, repousser les contentieux, réprimer les orgueilleux, apaiser les disputeurs, aider les indigents, délivrer les opprimés, encourager les bons, tolérer les méchants, aimer tout le monde. » [Sermon 340]. Fin de citation.

[et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, se tournant vers le maire de Gap présent, Roger Didier] Ça vous dit quelque chose, Roger ? Ce n’est pas simplement la mission d’un évêque, hein ? Bon courage…

Ce que dit saint Augustin vaut, je pense, pour nous tous, y compris pour le maire de Gap. Pas pour les évêques seulement. Mais pour toute personne un tant soit peu en charge de quelqu’un d’autre. Cela vaut donc aussi pour les curés avec leurs paroissiens, pour les parents avec leurs enfants, pour les éducateurs et les professeurs avec leurs élèves, pour les bénévoles du Secours catholique à l’égard de celles et ceux qui demandent de l’aide, pour les accueils paroissiaux face aux multiples demandes en tous genres qui leur sont faites.

Oui, le chrétien doit être comme un autre Christ, et comme tel il a pour mission de calmer les angoissés, d’encourager les froussards, de soutenir les faibles, de réfuter les contradicteurs, de se garder des manipulateurs, d’instruire les ignorants, de remuer les paresseux, de repousser les contentieux, de réprimer les orgueilleux, d’apaiser les disputeurs, d’aider les indigents, de délivrer les opprimés, d’encourager les bons, de tolérer les méchants. Et cela tout en aimant tout le monde.

Cette mission ne dispense pas de la justice. Elle la réclame même. Pas d’amour sans un minimum de justice. Je ne dis pas un semblant de justice. Mais un minimum de justice. Agir avec justice est marque d’amour et de respect pour les autres. Oui, on peut se demander où en sommes-nous dans cette conversion…

Et enfin il y a une troisième conversion. Cette conversion vient de la prise de conscience que nous n’arrivons pas, et que nous n’arriverons jamais, à être à la hauteur de cette mission qui nous est confiée. Et sans baisser les bras, sans renoncer à être un autre Christ pour les autres, il nous faut humblement demander pardon de ne pas l’être.

Saint Augustin a beaucoup inspiré le pape Benoît XVI. Je vous lis ce qu’il dit de cette troisième conversion d’Augustin : « Dans la dernière partie de sa vie, Augustin comprit que [….] seul le Christ lui-même réalise vraiment et complètement le Discours de la montagne. Nous avons toujours besoin d’être lavés par le Christ, qu’il nous lave les pieds et qu’il nous renouvelle. Nous avons besoin d’une conversion permanente. Jusqu’à la fin nous avons besoin de cette humilité qui reconnaît que nous sommes des pécheurs en chemin, jusqu’à ce que le Seigneur nous donne la main définitivement et nous introduise dans la vie éternelle. Augustin est mort dans cette dernière attitude d’humilité, vécue jour après jour. » Fin de citation.

Alors voilà. Pour conclure je dirais qu’une communauté chrétienne n’est pas une communauté de personnes parfaites. Mais elle est une communauté ou le pardon circule. L’amertume, la rancœur, les ragots, les calomnies, la vengeance n’ont jamais sauvé personne. En revanche la transformation de tout événement en amour oui. Seul l’amour sauve ! Alors essayons d’être justes, de réparer les torts, de pardonner et d’aimer. Et pour prendre du recul et sourire, car ce roman est vraiment plein d’humour, lisez « Monsieur le curé fait sa crise ! »

Tout à l’heure, en écoutant l’évangile, j’ai pensé à ce passage, j’ai été plus attentif à ce passage : « Le berger mercenaire, lui n’est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas. Et s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. »

Si je vous cite ce passage, c’est que je sais que circule actuellement un certain nombre de mails qui mettent injustement en cause un certain nombre de personnes. Et d’autres, bien sûr, qui s’empressent de répandre, et d’en rajouter. Quand on n’a plus la responsabilité pastorale d’un peuple, on n’essaye pas, tel un mercenaire, de récupérer quelques membres de ce peuple. Je n’en dirai pas plus car je pense que vous savez de quoi je parle. À partir du moment où un prêtre n’a plus de mission, que seul l’évêque peut lui confier, il doit se souvenir qu’il a promis obéissance à son évêque, et non pas à chercher à récupérer par-ci par-là quelques brebis égarées trop contentes de s’engouffrer derrière lui. Donc je vous demande de ne pas accorder attention à tous ces mails qui circulent ici ou là, qui ne sont que destructeurs, et qui permettent à ceux qui ne partagent pas notre foi de se réjouir de nos divisions. Donc aujourd’hui plus que jamais nous avons à témoigner de notre foi dans l’unité. Entourez votre curé, vos prêtres. Ils ne sont pas parfaits, pas plus que moi, pas plus que vous. Ils font ce qu’ils peuvent, ils donnent ce qu’ils peuvent, avec générosité. Et ce n’est pas en plaçant des bananes sous leurs pieds que vous leur permettrez d’accomplir leur mission telle qu’ils doivent le faire.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

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Qui est saint Arnoux ?

Saint Arnoux fut un des promoteurs de la réforme grégorienne, du nom de son plus éminent artisan, le saint pape Grégoire VII. Ce mouvement a profondément rénové l’Église médiévale par la sainteté de ses pasteurs.

Moine bénédictin de l’abbaye de la Trinité à Vendôme, Arnoux, Arnulphus, est remarqué à Rome par le pape Alexandre II (1061-1073), qui lui confie la charge du monastère Sainte-Prisque sur l’Aventin. Peu après, une délégation du chapitre cathédral de Gap arrive à Rome, réclamant un bon évêque pour remplacer Ripert, excommunié pour simonie et inconduite notoire par le légat Hildebrand, futur Grégoire VII. Alexandre II désigne alors Arnoux qu’il consacre lui-même.

Arrivé à Gap vers 1064-1065, très vite, Arnoux s’impose par la sainteté de sa vie et son courage à défendre les droits et la discipline de l’Église. Le diocèse, soumis auparavant à des évêques simoniaques, est transformé par ce pasteur qui meurt un 19 septembre, avant l’an 1079, « plein de joie et de confiance », rapporte l’auteur de sa vie.

Inhumé à Saint-Jean le Rond, l’antique baptistère, Arnoux reçoit rapidement un culte populaire, approuvé trente ans plus tard par le pape Pascal II. C’est alors qu’en exhumant son corps on retrouve intact son bras blessé par le seigneur de Charance qui, s’étant vu reprocher le pillage de biens d’Église, avait frappé l’évêque de son glaive. En 1204, l’évêque Guillaume II choisit le bras bénissant de saint Arnoux comme emblème pour son sceau. En 1274, le chapitre cathédral fait de même.

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