Installation du père Édouard Le Conte à Vallouise : “Un prêtre ne s’use que si l’on ne s’en sert pas”

Ordonné prêtre à Briançon en mai 2015 par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, voici le père Édouard Le Conte assumant sa première charge curiale après avoir été ses premiers de sacerdoce membre de l’équipe presbytérale du Briançonnais.

En ce dimanche 18 septembre 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri est venu l’installer officiellement comme curé pour les paroisses de L’Argentière-La Bessée, Vallouise, Puy-Saint-Vincent, Les Vigneaux, Pelvoux, La Roche-de-Rame, Champcella et Freissinières. Quant à Fabien Guilloth, diacre depuis juin dernier nommé au service de l’ensemble du doyenné de Briançonnais, il logera sur le secteur en concertation avec le père Édouard Le Conte.

La célébration s’est déroulée en l’église Saint-Étienne de Vallouise. À l’adresse des paroissiens, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a rappelé qu’un “prêtre ne s’use que si l’on ne s’en sert pas”. À l’adresse des prêtres, il rappelé en citant l’évangile qu’il doivent être « dignes de confiance dans la moindre chose ». Et d’illustrer comment cela pouvait se traduire sur le plan liturgique.

Ci-dessous différentes vidéos de la célébration et le texte de l’homélie dans son intégralité.

    • Présentation des paroisse par Christophe Jauffret
    • Mot au début de la célébration par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
    • Bénédiction du nouveau curé et homélie par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
    • Remerciements par le père Édouard Le Conte et sortie

Et tout à la fin de l’article, un diaporama.

Homélie

Votre nouveau curé vient de proclamer l’évangile. Et par sa voix vous avez entendu Jésus vous dire que nous ne pouvons servir à la fois deux maîtres, Dieu et l’argent.

En soi Jésus ne condamne pas l’argent. Mais il nous dit de rester vigilants. Si j’arrive à utiliser mon argent pour aider les autres, pour échanger avec d’autres, pour me rapprocher des autres, eh bien alors je suis de ceux que Jésus désigne comme « dignes de confiance avec l’argent malhonnête ». Mais si je m’en sers pour le seul profit, pour accumuler sans jamais partager, eh bien je suis son esclave.

Alors souvent on dit que Jésus condamne les mauvais riches. Mais on le dit comme s’il condamnait tous les riches. Eh bien non. S’il condamne les mauvais riches, c’est qu’il y a aussi des bons riches : ceux qui savent utiliser l’argent, qui en restent les maîtres, qui s’en servent à bon escient au lieu d’être à son service.

D’ailleurs, il suffit de penser aux images que nous donne la télévision lors de l’ouverture des soldes. La fièvre acheteuse bat son plein. Les gens se précipitent pour acheter, pas toujours quelque chose dont ils ont besoin, mais parce que c’est moins cher !

Aujourd’hui votre curé vous est donné. Avec un diacre pour l’assister, Fabien Guilloth. Vous ne les avez pas achetés, ni l’un ni l’autre. Vous ne les avez pas achetés… mais ils sont pourtant précieux ! Ce sont des personnes avec leur personnalité, leurs qualités et leurs défauts. Vous les découvrirez avec le temps. Ils vous sont confiés. Ils sont à votre service. Servez-vous en. Un prêtre ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !

Pour ceux qui seraient abonnés au journal du diocèse, ils ont peut-être lu mon éditorial de ce mois sur « Monsieur le curé fait sa crise ». « Monsieur le curé fait sa crise », c’est en réalité le titre d’un roman qui est paru cet été. Et dans ce roman, « Monsieur le curé » vous pouvez le remplacer par « Monseigneur l’évêque ». Voire même par chacun de vous. « Monseigneur l’évêque fait sa crise ». « Monsieur le vicaire fait sa crise ». « Madame la responsable des fleurs fait sa crise ». « Monsieur le sacristain fait sa crise » On pourrait ainsi indéfiniment prolonger cette liste. Car il en faut du courage pour un évêque, pour un curé, pour un prêtre, et même surtout pour un chrétien, pour chacun de nous, pour encaisser tout ce que nous encaissons comme dissonances, comme discordes, comme médisances, comme calomnies au sein de nos communautés. Il faut un estomac solide pour avaler beaucoup de couleuvres ! Les paroissiens doivent supporter leur curé, le curé ses paroissiens, l’évêque ses prêtres, les prêtres leur évêque… Et nos communautés sont parfois bien plus des aimants qui repoussent que des aimants qui attirent. Il faut avoir la foi bien accrochée pour ne pas l’envoyer aux orties.

Dans ce roman, Monsieur le curé n’en peut plus avec son agenda surbooké, avec les tradis qui le tirent à hue, les progressistes à dia, avec une pétition qu’on vient de lancer contre lui. Il n’en peut plus, alors il décide de fuir sa paroisse. Je vous laisse la possibilité de lire le livre si vous le souhaitez, je ne vous dévoile pas la fin. Tout ce que je peux dire, c’est que tout le monde doit se remettre en question et prendre ses responsabilités. Le curé comme ses paroissiens. Soit ils s’enferrent dans des querelles mesquines qui les minent tous, soit ils se convertissent.

Toi, cher Édouard, sois au service de Dieu et de ce peuple qui t’est confié, en cherchant à être « digne de confiance dans la moindre chose », comme dit l’évangile. Qu’est-ce que cela peut signifier pour un prêtre, être digne de confiance dans la moindre chose ? Il y a bien des domaines pour cela. Toi et moi, nous le savons bien.

Mais je vais quand même prendre un exemple. Cela peut vouloir dire être fidèle à ce que demande l’Église, par exemple, dans la célébration de la messe. Si je prends cet exemple c’est que je suis souvent agacé par les fantaisies et les improvisations de certains prêtres lorsqu’ils célèbrent. Pas nécessairement dans le diocèse, d’ailleurs, mais bien souvent je le constate.

Si on célèbre en latin selon la forme extraordinaire du rite romain, on le fait sans rien ajouter ni rien retrancher. Et si on célèbre selon la forme ordinaire, on s’en tient au même principe. La liturgie n’est pas laissée à la libre interprétation de celui qui célèbre. Pendant la messe, le prêtre est tenu à être fidèle jusque dans les rubriques à ce qui est demandé par l’Église. Comme le disait d’ailleurs saint Jean-Paul II : « la liturgie n’est jamais la propriété privée de quelqu’un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle les Mystères sont célébrés. » Cela peut paraître du détail, mais c’est beaucoup plus profond qu’il n’y paraît.

Hier, lors d’une rencontre avec un groupe de chrétiens au Centre diocésain pape François, une dame m’a dit que le pape avait demandé de célébrer la messe dos aux fidèles. C’est faux, c’est exactement le contraire. Suite aux déclarations fantaisistes d’un cardinal – ça peut arriver aussi à un cardinal – il a été rappelé que la célébration ordinaire avait lieu face au peuple.

L’eucharistie est une entrée dans un mystère de fidélité et d’obéissance. La fidélité de Jésus à son Père, la fidélité à la mission confiée. Une mission qui est allée jusqu’à la croix. Aussi le prêtre se doit-il d’être lui-même dans cette attitude quand il célèbre, une fidélité non pas servile mais totalement assumée et acceptée. Alors ça peut lui coûter, c’est vrai, de s’en tenir à ce que demande l’Église. Mais son amour pour l’Église se révèle dans ce respect fidèle aux normes liturgiques dans leur totalité, même si celles-ci ne lui plaisent pas, même s’il pense que ce serait bien mieux en rajoutant des signes de croix ici ou là, des génuflexions par-ci par-là, et que sais-je encore. Le prêtre qui a l’humilité de s’en tenir à ce que demande l’Église pour la messe, apprend peu à peu à entrer dans l’obéissance à la volonté du Père dans sa vie de tous les jours. C’est un prêtre qui cherche non pas à se servir mais à servir, non pas à mener à lui mais au Christ, un Christ qui tient à nous, un Christ qui « s’est donné lui-même en rançon pour tous », comme nous l’a dit saint Paul aujourd’hui.

Oui, le Christ « s’est donné lui-même en rançon pour tous. »

Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés ». Et Jésus a été la rançon versée pour notre libération et pour notre rédemption. Il nous a libérés en nous rachetant. Saint Paul ne précise pas à qui le Christ s’est donné en rançon. Car ce n’est pas ce qui l’intéresse. Ce qu’il veut montrer, c’est que nous avons du prix aux yeux de Dieu, et que d’aller nous chercher dans notre misère, ça lui a vraiment coûté. Ça lui a coûté très cher… Il suffit pour cela de regarder la croix…

Nous lui avons coûté cher. Nous lui avons coûté de la sueur et des larmes. Nous lui avons coûté la vie. Alors qui voulons-nous servir ? Le Dieu d’Amour qui nous a montré combien il tenait à nous ? Voulons-nous le servir à travers nos frères et sœurs ?

Et toi, Édouard, ce peuple qui t’est confié, va-t-il être un peuple qui va te coûter ? Si, lorsque tu seras nommé dans quelques années ailleurs, ton cœur saigne, alors cela voudra dire que tu t’es vraiment engagé, vraiment donné, et que ce peuple qui t’a été confié n’est pas resté extérieur à toi-même, mais qu’il est devenu comme une partie de toi-même.

Cher Édouard, pour ton bien, pour le bien des habitants de ces paroisses, je te souhaite d’être un curé selon le cœur de Dieu.

Chers frères et sœurs, je vous confie à Édouard et à Fabien, mais je vous les confie aussi tous les deux. Je vous les confie tous les deux : prenez soin d’eux comme ils prendront soin de vous.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP ET d’EMBRUN

[flagallery gid=166]

Fermer le menu