Dimanche 6 octobre 2013, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri était à Saint-Bonnet-en-Champsaur pour installer le père Jean-Pierre Oddon comme curé. Plusieurs moments de la célébration faisaient écho à cette phrase de l’évangile du jour : “La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait.” C’est ainsi, par exemple, que les enfants de la catéchèse ont porté des feuilles sur lesquelles étaient inscrits les noms des paroisses et les différentes activités ecclésiales.

Ci-dessous des photos de la célébration et l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

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Les curés sur le doyenné du Champsaur-Valgaudemar

Père Jean-Pierre Oddoncuré et doyen

8 rue Lesdiguières
05500 SAINT-BONNET-EN-CHAMPSAUR
tél. : 04 92 50 01 20
fax : 04 92 50 54 65

tél. répondeur messes : 04 92 50 54 58
jp.oddon@wanadoo.fr
paroi.champsvalgo@free.fr

 

Père Nestor Bebissekeyecuré

Presbytère
05260 SAINT-JEAN-SAINT-NICOLAS
tél. : 04 92 55 91 29
port. : 06 79 87 41 88

tél. accueil paroissial : 04 92 44 23 63

tél. répondeur messes : 04 92 55 86 36
paroisseshautchampsaur@wanadoo.fr

 

 

 

Homélie

Me voici parmi vous ce matin pour « installer » le père Jean-Pierre Oddon, comme curé de saint-Bonnet et de toutes les paroisses qui entourent Saint-Bonnet. Le Père Oddon est également administrateur de Saint-Julien-en-Champsaur et des paroisses environnantes dans l’attente de la nomination d’un curé. J’ai quelques scrupules à donner la liste de l’ensemble de ces paroisses tant j’ai conscience que la charge confiée au père Oddon est démesurée. Certes il accomplira sa mission avec l’aide de nombreux laïcs soutenus par la prière des religieuses présentes sur ce territoire. Ce matin, je tiens à remercier les laïcs engagés dans les diverses activités paroissiales et tout particulièrement les membres des différents conseils.

Pour connaître quelqu’un il faut aussi connaître les étapes de vie qui l’ont façonné. Jean-Pierre, je sais que vous n’aimez pas que l’on parle de vous, mais pardonnez-moi de le faire tout de même pour vous présenter à la communauté ici présente. S’il le faut bouchez-vous les oreilles.

Lorsque Jean-Pierre est né le 7 octobre 1957 à Gap, ses parents sont boulangers. Né le 7 octobre, mais c’est demain le 7 octobre, alors Jean-Pierre avec une journée d’avance : très bon anniversaire.

Avant d’entrer au séminaire, à Lyon, il poursuit des études pour devenir ingénieur chimiste. Il est ordonné prêtre le 21 juin 1987. Il est alors nommé au doyenné de Gap, membre de l’équipe sacerdotale, vicaire de la paroisse Saint-Roch et membre de l’équipe des aumôneries de l’enseignement public.

En octobre 1994, il est nommé responsable diocésain des aumôneries de l’enseignement public. En septembre 1996 il est nommé au doyenné de Briançon tout en gardant la responsabilité diocésaine des aumôneries de l’enseignement public.

En septembre 1997, il répond à l’appel de la commission épiscopale « Éducation, vie et foi des jeunes » pour travailler à mi-temps au secrétariat national des aumôneries de l’enseignement public à Paris. Pour l’autre mi-temps, il garde ses fonctions dans le Briançonnais. Lorsqu’on parle de mi-temps pour un prêtre, je n’ai pas besoin de donner des détails pour savoir ce que cela veut dire !

En septembre 2000, son mandat à l’équipe nationale achevé, il reprend à plein temps ses ministères dans le Briançonnais.

En 2004 il est nommé curé d’Embrun et des quatorze paroisses du doyenné.

Dans ses différentes responsabilités pastorales, il n’a pas attendu les fréquents appels du pape François  pour avoir une attention toute particulière pour les petits, les pauvres, les exclus.

Merci Jean-Pierre d’avoir accepté cette nouvelle mission.

Mais venons-en maintenant à la parole que Dieu nous adresse en ce jour.

Luc nous présente deux enseignements de Jésus, l’un sur la puissance de la foi, l’autre sur l’humilité dans le service.

Sur la puissance de la foi d’abord, avec la parabole de l’arbre déraciné qui se plante dans la mer.

Ne rions pas trop vite en imaginant un arbre, « un sycomore » dit le texte grec, se déraciner et se diriger tout seul vers la mer. Pourquoi Jésus choisit-il le sycomore, et non un autre arbre, et pourquoi bizarrement le planter dans la mer ?

Parce que le sycomore est un arbre immense quasiment indestructible et indéracinable : si on le coupe, il repousse. Il peut donc faire penser au Royaume de Dieu. Quant à la mer, pour les juifs du temps de Jésus, c’est le royaume du mal, le lieu où se déchaînent les forces mauvaises, les forces du chaos et de la perdition.

Non, Jésus ne nous suggère pas d’ordonner aux mélèzes du Champsaur et du Valgaudemar d’aller se planter dans le lac de Serre-Ponçon, juste pour prouver à tous les Haut-Alpins le degré de notre foi !

C’est bien autre chose que Jésus veut nous dire. Par cette image du sycomore dans la mer, il affirme que nous sommes capables, rien qu’avec un peu de foi, de planter le Royaume de Dieu au milieu des forces du mal… Là où est la haine, planter l’amour, là où est l’offense, planter le pardon, là où est la discorde, planter l’union, là où est le mépris, planter le respect, là où est l’erreur, planter la vérité, là où est le doute, planter la foi, là où est le désespoir, planter l’espérance, là où sont les ténèbres, planter la lumière, là où est la tristesse, planter la joie.

D’autre part, dans cet évangile, Jésus ne dit pas : « Allez, un peu de bonne volonté, et tu vas arriver à planter le royaume de Dieu au beau milieu du mal ! » Pour bien attirer l’attention de ses auditeurs, Jésus a forcé les traits. D’un côté, pour parler de la foi, il a choisi la graine de moutarde, une graine dont la petitesse était proverbiale. De l’autre côté, pour parler de l’œuvre à accomplir, il a choisi le sycomore à déraciner, un arbre avec un tronc parfois large de six mètres, un arbre réputé indéracinable. Graine minuscule d’un côté pour la foi à détenir, arbre indéracinable de l’autre pour l’œuvre à accomplir. Par ces deux extrêmes, Jésus veut nous faire comprendre que l’important n’est pas la grosseur de notre foi. Là n’est pas l’essentiel. L’important, c’est bien plutôt la puissance de Dieu. La puissance de Dieu peut se manifester même à travers une foi faible ou chancelante. Plutôt que de nous lamenter en disant, « ma foi est bien fragile. Je n’arrive à rien », cette parabole nous invite à compter sur Dieu.

« Impossible n’est pas français », aurait dit Napoléon. Eh bien aujourd’hui Jésus nous dit : « impossible n’est pas divin ». Pour Dieu tout est possible. Mais patience !

Les fruits de nos actions ne dépendent pas de nous, mais de Dieu. Il nous faut simplement agir et patienter. Nous l’avons entendu dans la première lecture. Lecture qui est malheureusement d’actualité lorsqu’on regarde ce qui se passe aujourd’hui en France et dans le monde. Qu’il s’agisse des Roms, des Syriens qui doivent fuir leur pays et bien d’autres situations tragiques dans le monde. Habacuc s’impatiente, se révolte, prend Dieu à partie : « Pourquoi m’obliges-tu à voir l’abomination et restes-tu à regarder notre misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. » Et que répond Dieu à Habacuc ? Il l’invite à la patience et à la confiance : « Cette vision se réalisera, mais seulement au temps fixé ; elle tend vers son accomplissement, elle ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, à son heure. »

C’est là que nous pouvons faire le lien avec la seconde partie de l’évangile, sur l’humilité dans le service. Si avec la graine de moutarde, Jésus nous dit : « Souvenez-vous, quand vous agissez pour l’Evangile, que rien n’est impossible à Dieu ». Avec la parabole du serviteur il nous dit : «  Souvenez-vous, quand vous agissez pour l’Evangile, que vous êtes des serviteurs quelconques. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela ne veut pas dire que nous sommes quelconques, que ne comptons pas aux yeux de Dieu. À ses yeux chacun est unique et d’une valeur inestimable. Cela ne veut pas dire non plus que nous sommes des serviteurs inutiles. Si nous étions inutiles, Dieu ne nous demanderait pas d’être à son service. Cela veut dire que nous sommes au service d’une tâche qui nous dépasse. Le Big boss c’est Dieu. Celui qui tient les rênes, c’est Dieu. Et mieux vaut que ce soit lui ! Si nous devions porter la responsabilité du Royaume de Dieu ?! Qui le pourrait ? Qui le supporterait ?

Alors ne nous prenons pas pour Dieu. Restons à notre place. On voit bien de quels abus sont capables ceux qui se prennent pour Dieu, qui prétendent agir au nom de Dieu, qui se prennent pour plus qu’ils ne sont : ils jugent de tout et tout le monde, ils ont toujours raison, ils imposent leur volonté, certains ont même la naïveté de penser qu’ils pourraient imposer leur foi, ils critiquent tout, ils n’admettent aucune remarque, ils ne tiennent compte d’aucun conseil. Oui, sachons rester à notre place. Donnant le meilleur de nous-mêmes. Le reste appartient à Dieu.

Si on pouvait résumer, je dirais que ces deux petites paraboles nous invitent à changer nos manières de prier, de penser et de faire. Demander des choses à Dieu (la santé, une vie calme et paisible) est légitime. Mais cette prière peut rester égocentrique. On fait alors comme si Dieu était à notre service. Or c’est nous qui sommes ses serviteurs, et non pas l’inverse. En nous considérant au service de l’Évangile, en nous rappelant que Dieu peut tout par nous, que nous sommes ses mains et son cœur au milieu de nos frères et sœurs, alors notre prière sera plus ouverte, plus responsable : « Seigneur, où sont Tes priorités ? », « Seigneur, que changer dans ma vie pour que mes frères et sœurs découvrent que Tu n’es qu’Amour ? », « Seigneur, que veux-Tu que je fasse aujourd’hui ? »

Nous sommes des serviteurs quelconques, oui. Mais c’est avec nous et par nous que Dieu prépare sa moisson. Par la puissance de Dieu et le travail de nos mains, elle sera belle et abondante.

Voilà chers amis, je vous confie le père Jean-Pierre Oddon, prenez soin de lui comme il prendra soin de vous.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de Gap et d’Embrun

 

Cet article a 1 commentaire

  1. Elisabeth

    Merci,
    et je retiens cette phrase : aux yeux de Dieu chacun est unique, et a une valeur inestimable.

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