Installation du père Joseph-Charles Mbogba à Laragne : “La mission d’un évêque n’est pas de caresser les assemblées dans le sens du poil”
  • Post published:16 septembre 2014

Dimanche 14 septembre 2014, en la fête de la Croix glorieuse, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a installé le père Joseph-Charles Mbogba comme curé à Laragne et présenté le père André Girier. Ci-dessous des photos et son homélie.

L’assemblée en l’église Saint-Martin de Laragne

Paul Lavergne présente la communauté

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri bénit le nouveau curé qui va proclamer l’évangile

Le père Joseph-Charles Mbogba au cours de la concélébration eucharistique

Le signe de paix après le “Notre Père”

Le père Joseph-Charles Mbogba remercie


Homélie

de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri


Me voici ce matin parmi vous pour installer le père Joseph-Charles comme curé de Laragne et de l’ensemble des paroisses de ce secteur, ainsi que pour vous présenter le père André Girier. Installer, c’est le terme prévu par l’Église pour cette célébration d’accueil d’un nouveau pasteur. Mais vous le savez, toute la vie du prêtre est de ne jamais s’installer… Il est l’homme de passage, toujours prêt à aller vers ceux que le Seigneur et son Église placent sur son chemin et lui confient. Alors c’est bien ainsi qu’a agi le Père Joseph-Charles lorsqu’on lui a demandé de rester en France pour renforcer le presbyterium du diocèse de Gap. Et je le remercie vivement d’avoir accepté de nous rejoindre et de se mettre au service de l’ensemble des paroisses de ce secteur.

Je pense que comme moi vous pouvez imaginer ce que représente pour le père Joseph-Charles de rester loin de son pays, de quitter sa famille, ses amis pour venir servir l’Eglise qui est dans les Hautes-Alpes. Père, vous nous apportez la richesse de votre culture et vous commencez à bien connaître la nôtre. Je suis certain – en tout cas c’est ce que j’espère – que les habitants de ces paroisses sauront vous aider à connaître ce qu’est la vie de ces communes. Ils vous aideront à vous enraciner chez eux pour que cette terre devienne aussi la vôtre et que vous sentiez chez vous.

Je n’oublie pas et je les remercie, les laïcs membres des différents conseils, conseil pastoral, conseil pour les affaires économiques et les nombreux laïcs qui contribuent à faire que vivent ces paroisses, non repliées sur elles-mêmes mais ouvertes à tous, à tous ceux et celles qui les habitent.

Ensemble, vous aurez le souci d’être présents partout, non seulement sur toute l’étendue du territoire, mais auprès de toutes les catégories de population et notamment auprès des plus humbles, des plus démunis, de ceux que l’on délaisse, que l’on montre du doigt, de ceux à qui certains tournent le dos. Ceci afin de combattre la haine, le mépris, le soupçon, la tristesse, la solitude, le désespoir, la violence, l’absence de générosité.

Mais frères et sœurs, je ne serais pas honnête avec vous si je faisais comme si j’ignorais les conflits qui ont troublé votre communauté au cours de ces deux dernières années. Ces conflits ont été la source de souffrances pour beaucoup d’entre vous et pour le père Jean-Pierre Mollon. Je ne suis pas ici ce matin pour montrer du doigt tel ou tel, je souhaite seulement que vous soyez placés devant vos responsabilités. À quoi bon parler d’amour lorsque nous donnons le spectacle de la division à ceux qui nous regardent vivre. Le débat dans une communauté est souhaitable et peut être fructueux. On peut se battre contre des idées pas contre les personnes à coup d’insultes, de ragots, de rumeurs, et que sais-je encore. Je compte donc sur vos nouveaux pasteurs pour vous aider à panser les blessures et à vous tourner ensemble vers le Christ notre guide.

La situation économique de notre pays et de toute l’Europe est plus que jamais d’actualité car elle nous place devant nos responsabilités de chrétiens, qui sont chaque jour davantage appelés à la compassion et au partage, ici et là-bas. Et quand je dis « là-bas » je pense à l’Afrique. Chaque page d’évangile nous invite à nous poser les questions fondamentales de la vie : « Pour quoi je vis ? Pour qui je vis ? » L’essentiel n’est pas de vivre mais de savoir pour qui on vit.

Là encore nous pouvons trouver la réponse dans la parole de Dieu, c’est lui qui nous indique le chemin du bonheur qu’il est légitime de rechercher. On peut rencontrer des personnes qui ont tout, et qui ne sont pas heureuses pour autant. Le bonheur ne s’achète pas. On le cherche, on le trouve, on l’accueille dans sa vie, mais il ne s’achète pas. Il est à la porte, le bonheur, à notre portée, mais souvent nous ne le voyons pas, parce que nous passons à côté.

L’amour non plus ne s’achète pas. On a tous un grand désir en nous, celui d’aimer et d’être aimé. Mais l’amour ne peut pas s’acheter. C’est ce que nous dit d’ailleurs un livre de la Bible appelé le Cantique des cantiques et qui chante l’amour. Voici ce que dit ce livre : « Si quelqu’un offrait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, tout ce qu’il obtiendrait, c’est un profond mépris. » Non, vraiment, l’amour ne s’achète pas. Il est gratuit. On le reçoit gratuitement. On le donne gratuitement. Il se répand comme la flamme d’une bougie qui ne s’éteint pas alors même qu’on en allume une autre.

On dit de l’empereur Constantin qu’il se fit baptiser sur son lit de mort. On peut espèrer que ce n’est pas par calcul qu’il a agi ainsi. On ne trompe pas Dieu. On n’achète pas Dieu. On n’achète pas son salut. Mais s’il a demandé le baptême avec la même foi et la même espérance que celles du bon larron sur sa croix, alors là on ne peut qu’être heureux pour lui.

Il ne faut pas attendre pour se convertir, même s’il est possible de se convertir jusqu’au dernier moment. Certes se convertir cela coûte ! Mais quel bonheur en retour ! N’attendons pas le dernier moment pour grandir dans l’amour de Dieu et de nos proches.

Alors… On voudrait peut-être plus de signes venus du ciel pour se convertir. Que sais-je : plus de prêtres par exemple, et que des prêtres saints bien sûr. Une communauté paroissiale parfaitement unie et fraternelle, sans tensions ni conflits. Et on se trouve en réalité en présence d’une Église pauvre, en manque de prêtres, et confrontée à des communautés en bute les unes contre les autres. Et puis on doute, on désespère. On se dit alors que si on avait vécu au temps de Jésus, avec Jésus en face de nous, Jésus au milieu de nous, au moins cela aurait été plus facile pour croire.

Mais dites-moi, si le seul fait d’avoir été en présence de Jésus avait facilité la foi en son message, pourquoi tant de ses contemporains n’ont-ils pas cru ? Pourquoi ? Il faut voir comme la Parole de Jésus les secoue, les remue, les retourne, les arrache à leurs petites habitudes. On me reproche parfois, et peut-être me le reprocherez-vous tout à l’heure, d’être dans mes propos, sévère. Mais je ne serais pas fidèle à ma mission si je ne l’étais pas. On pourrait me dire : « Vous êtes un lâche. Vous caressez la communauté dans le sens du poil pour lui faire plaisir. » La mission d’un évêque n’est pas de caresser les assemblées dans le sens du poil pour leur faire plaisir. Mais c’est de placer les communautés devant la réalité de ce qu’elles vivent. Or, pendant deux ans, vous avez vécu la division. Donc il est de mon devoir ce matin de vous le dire et de vous demander  de mettre tout en œuvre pour retrouver la paix et l’unité. C’est cela qu’on attend de nous, notamment ceux qui ne sont pas là ce matin, ceux qui n’ont pas la foi. Ils nous regardent, ils nous observent. Quel témoignage donnons-nous dans la division ? Un contre-témoignage qui fait que ça ne leur donne pas vraiment envie de nous rejoindre. Alors le Christ, oui, la parole de Jésus, secoue, remue, retourne, et nous invite à sortir des ornières et de nos petites habitudes étriquées.

À vrai dire, il n’est pas donné à l’homme de communiquer directement avec Dieu. Sa sainteté est trop grande, le choc serait violent. On en mourrait. « Personne ne peut voir Dieu sans mourir », dit le livre de l’Exode. Et donc ce que nous dit Jésus aujourd’hui, c’est que si nous voulons voir le visage de Dieu, c’est d’abord en tout être humain que nous devons le voir.

Dieu est présent en tout homme, en toute femme, en tout enfant et en tout être humain, même le riche, même le pouilleux, même l’autochtone, même le touriste, même l’athée, même l’anticlérical ! Oui, Dieu est présent parmi nous, à notre porte, à notre portée. Il est là. Alors sachons le voir et le reconnaître.

Cher père Joseph-Charles, Cher père André, au nom de la mission qui m’a été donnée, je vous confie cette portion du peuple de Dieu qui réside sur ce doyenné. Et à vous, frères et sœurs, je confie le Père Joseph-Charles, le père André, et Fabien, le séminariste. Prenez soin d’eux comme ils prendront soin de vous.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 1 commentaire

  1. Mario

    Bonjour Monseigneur,

    Je suis mal à l’aise de lire autant de gravité.
    Qu’attendons-nous pour être heureux ?

    En tous cas, je suis heureux de vous retrouver et de vous entendre.

    Merci de votre présence. Je vous embrasse.

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