Installation du père Pierre Fournier comme curé : “Nous prêtres, comme le fit Simon de Cyrène pour le Christ, nous avons aussi pour mission de porter les croix de certains de ceux qui croisent notre route.”

Samedi 13 septembre 2014 au soir, en la fête de la Croix glorieuse, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a installé le père Pierre Fournier comme curé à Veynes. Ci-dessous des photos et la retranscription de son homélie. Le style oral a été conservé.

Le père Pierre Fournier lors de la procession d’entrée.

De gauche à droite, en chasubles rouges : le père Fernand Delaup, le père Jean-Baptiste Tran, le père Sébastien Dubois, le père Pierre Fournier, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, le père Jean-Baptiste Rougny, le père Joseph-Charles Mbogba, le père Matthieu Gosse.

Jean-Paul Artigues, de Veynes, présente la communauté.

Les Soeurs de La Salette installées à Serres chantent le psaume. Ici Soeur Lucie et Soeur Léonie.

Avant la proclamation de l’évangile par le nouveau curé, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lui rappelle sa mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous.

La procession des offrandes au début de la liturgie eucharistique.

Le père Pierre Fournier et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri à l’autel.

Le baiser de paix après le “Notre Père”.

Les musiciens.

À la sortie de la célébration…

… puis à la salle des Arcades…

… pour un repas partagé

Homélie

de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Retranscription à partir de l’oral

Frères et sœurs,

Il y a tout juste un an j’étais parmi vous pour vous présenter votre nouveau pasteur. Je ne pensais pas alors que je me retrouverai à nouveau parmi vous un an après, pour vous présenter un autre pasteur !

Vous êtes, vous, membres de la communauté chrétienne, la famille de vos prêtres. Et donc il est légitime que tout en respectant la discrétion qui est due à chacun d’entre nous, à chacun d’entre vous, vous vous soyez inquiétés de la manière dont votre curé n’a plus été présent parmi vous. Différentes rumeurs, parfois les plus fantaisistes, ont circulé ici et là ; c’est pour y mettre fin que je peux ce soir vous dire ce qui suit.

Votre expérience de la vie vous aura sans doute permis de ne pas ignorer que le prêtre est un homme, fabriqué dans la même pâte humaine que chacun et chacune d’entre vous, avec les mêmes fragilités, avec les mêmes souffrances, avec les mêmes doutes, avec les même peurs, avec les mêmes angoisses. Le prêtre n’est pas un surhomme. Et heureusement. C’est parce qu’il n’est pas un surhomme qu’il est capable de comprendre et de partager les souffrances de celles et ceux qui lui sont confiés.

C’est ainsi que votre curé a connu, comme d’autres d’entre nous, une épreuve qui, à un moment – je dirais de désespérance -, l’a conduit à mettre en péril sa vie. Par bonheur, il a pris conscience quelques instants après ce geste de la gravité de ce qu’il venait de faire. Et c’est lui-même qui a appelé au secours et a permis d’épargner sa vie. Aujourd’hui il va bien et se repose. Nous pouvons le porter dans notre prière.

Ce que je vous dis-là, sur le prêtre qui ​est loin d’être un surhomme, n’est pas nouveau. Déjà il y a dix-sept siècles, l’évêque saint Augustin disait, je le cite : « Il nous faut arrêter les inquiets, consoler ceux qui manquent de courage, soutenir les faibles, réfuter les contradicteurs, nous garder des astucieux, instruire les ignorants, réveiller les paresseux, repousser les contentieux, réprimer les orgueilleux, apaiser les disputeurs, aider les indigents, délivrer les opprimés, encourager les bons, tolérer les méchants, et aimer tout le monde. » (Sermon 340)

Plus proche de nous, Karl Rahner, un prêtre jésuite allemand, écrivain et professeur de théologie, qui fut reconnu comme l’un des théologiens catholiques les plus éminents du XXe siècle, dit ceci : « Le prêtre est un homme, il n’est pas taillé dans un autre bois que vous. Il est votre frère. Il continue à porter le fardeau des hommes même lorsque la grâce de Dieu à travers la main de l’évêque, s’est posée sur lui. Mais les hommes vous en veulent lorsque vous venez au nom de Dieu et que, malgré cela, vous n’êtes qu’un homme. Ils veulent des messages plus éclatants, des hommes plus convaincants, des cœurs brûlants ! Ils recevraient volontiers des hommes toujours assurés de succès qui ont réponse à tout et remède pour tout. Terrible illusion. Oui, être prêtre dans le peuple de Dieu, c’est déjà être ramené à son humble et fragile condition humaine. »

Vous en avez peut-être fait l’expérience : lorsque dans une famille, l’un ou l’autre des membres porte atteinte à sa vie, on se pose beaucoup de questions : on se demande si l’on a été assez attentif, si l’on a assez aimé. Ces questions sont légitimes mais ce qu’il faut éviter, c’est un sentiment de culpabilité.

J’ai connu, comme certains d’entre vous je suppose, beaucoup de familles qui ont rencontré cette épreuve de l’un de ses membres qui portait atteinte à sa vie. Et les premières réactions ce sont souvent des sentiments de culpabilité. Mais dans la mesure où tout a été fait pour aimer le plus possible celui ou celle qui a commis cet acte, on n’a pas à se reprocher par la suite que cet acte ait été commis. Ça doit sans doute seulement nous rendre plus attentifs et plus vigilants auprès de celles et ceux qui sont à nos côtés, qui nous entourent.

Je voudrais adresser dans un premier temps un immense merci au père Jean-Baptiste Rougny et au père Jean-Baptiste Tran qui, pendant tous ces mois, ont dû continuer à assurer le service qui est dû à la communauté, aux différentes communautés, aux différentes paroisses qui couvrent ce secteur. Donc à tous les deux : merci. Je sais que cela n’a pas été facile.

Je vous invite toutes et tous à faire l’effort nécessaire pour que votre communauté soit vraiment une communauté où se vit l’unité et la fraternité. Il n’y a pas une seule manière de vivre sa foi ! Il n’y a pas une seule manière de vivre sa foi !… On pourrait dire que, aussi nombreux que vous êtes ce soir, chacun à votre manière vous tentez de vivre votre foi dans la fidélité au Christ. Et s’il n’y a pas une seule manière de vivre sa foi, il faut éviter la tentation d’imposer aux autres sa manière de la vivre.

On voit bien, dans l’Histoire de l’Église des époques où telle ou telle communauté, tel ou tel mouvement, pensait qu’il possédait à lui seul la vérité, et que cette vérité il pouvait tenter de l’imposer aux autres en méprisant parfois ceux qui ne vivaient pas comme eux ou qui n’avaient pas les mêmes objectifs pastoraux, les mêmes idées pastorales, la même manière de vivre la foi.

Quelle erreur !

Car de telles attitudes sont le ferment de la désunion, de la discorde, des disputes. Alors comment, au regard de celles et ceux qui nous savent, qui nous connaissent chrétiens, comment sommes-nous les témoins de l’amour si, lorsqu’on nous regarde vivre on voit que nous passons notre temps à nous chicaner, à nous disputer, souvent pour des broutilles, souvent pour des broutilles…

Je voudrais aussi exprimer devant vous mon estime au père Fournier, qui lorsque je lui ai demandé s’il acceptait de venir à Veynes pour être votre pasteur, la seule réponse qu’il m’a faite ça a été son inquiétude pour la communauté qu’il devait quitter, à La Saulce. Mais une fois de plus j’ai pu vérifier, et j’ai eu l’occasion de le vérifier de nombreuses fois pendant les dix années que j’ai passées dans ce diocèse, sa grande disponibilité. Après avoir pris un temps de réflexion il m’a dit : « Si vous me demandez d’aller à Veynes, j’irai à Veynes. » Donc, Pierre, vraiment, un immense merci.

Puisque qu’aujourd’hui nous célébrons la croix glorieuse, je voudrais vous inviter au terme de cette homélie à partager une méditation sur la croix du Christ :

Nous prêtres, comme le fit Simon de Cyrène pour le Christ, nous avons aussi pour mission de porter les croix parfois bien trop lourdes pour les fragiles épaules de certains de ceux qui croisent notre route.

La Croix est plantée au cœur de notre vie, quand nous nous reconnaissons impuissants devant la misère du monde, lorsque regardant en vérité au fond de nous-mêmes, nous nous reconnaissons minables. Quand nous ne parvenons pas à aimer les autres. Quand nous ne nous aimons pas nous-mêmes et que nous ne nous savons pas nous laisser aimer, nous laisser pardonner.

La Croix est plantée au cœur de notre vie, quand les choix de vie que nous faisons ne sont pas compris, admis, par ceux que nous aimons.

La Croix est plantée au cœur de notre vie, lorsque face à la douleur des autres, nous ne trouvons pas les mots qui apaisent et consolent. Lorsque, confrontés à la mort, nous ne savons balbutier que quelques phrases toutes faites, vides d’Espérance.

La Croix est plantée au cœur de notre vie, quand le doute nous envahit et que montent à nos lèvres des cris de révolte, lorsque nous tournant vers le Père nous lui adressons ces paroles : « Mais si tu existes, Dieu, comment peux-tu accepter tout ce mal ? »

La Croix est plantée au cœur de notre vie, lorsque la désunion s’installe et que nous n’avons plus la force de prier l’Esprit qui fonde l’unité, quand, au plus profond de notre désespoir comme le Christ nous crions : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Combien pèse la Croix sous laquelle le Christ est écrasé ?

Lui seul le sait, parce que lui seul connaît le poids de la haine, du mensonge, de l’injustice, de l’égoïsme, de la jalousie, de l’intolérance, du désespoir et du doute.

Souvent je demande à Dieu, de nous donner un peu de sa force pour traîner nos Croix.

Celle de nos peurs. Peur d’être seul, peur d’être malade, de vieillir, de mourir, peur d’être abandonné, rejeté, peur de ne pas réussir, peur de ne pas être reconnu, accepté, peur de plus être aimé…

Chaque visiteur de la cathédrale de Chartres peut admirer le grand labyrinthe de la nef, tout proche de l’entrée. Ce labyrinthe est un mystère.

Et s’il s’agissait de l’image des chemins de notre vie ? « Dieu écrit droit avec des lignes courbes. » Dans tout labyrinthe, malgré la complexité de ses méandres, il y a toujours une entrée et une sortie. La naissance, la mort. Entre les deux : l’inconnu. Des voies qui ne conduisent nulle part, des raccourcis qui n’en sont pas, des impasses qui obligent à rebrousser chemin, des tours et des contours inutiles, sans parler des pièges et des embûches… Un jour pourtant, on parvient à sortir de ce dédale et à atteindre l’issue. Et c’est là que le but ultime de toute existence nous est révélé, enveloppés que nous sommes par la lumière qui éclaire et donne un sens à tout le chemin parcouru.

Alors… alors quand dans notre vie se profile l’ombre de la Croix, c’est aussi que pointe la lumière.

Il n’y a pas d’ombre sans lumière. Et celle qui dessine les contours de la Croix est la lumière de la Résurrection.

+ Jean-Michel de Gap et d’Embrun
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 1 commentaire

  1. Monseigneur,
    Votre homélie est d,un réconfort pour tous les hommes qui doutent de leur présence sur cette terre. Nous avons tous une mission à accomplir. Quelques soient nos talents et nos possibilités pour nos congénères nous devons rester proches avec la famille.

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