« Je crois en Dieu. Mais qui donc est-il, ce Dieu auquel nous croyons ? »
  • Post published:8 mars 2016

Dimanche 6 mars, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait la célébration eucharistique en la cathédrale de Gap pour le lancement de la mission organisée par la paroisse Saint-Arnoux.

Il a évoqué dans son homélie le déjeuner de l’avant-veille des prêtres du diocèse avec Jean-Marie Bigard, et le témoignage que ce dernier a donné au sujet du pardon qu’il a accordé au meurtrier de son père. Il a aussi cité le refrain d’une chanson que Daniel Guichard venait de chanter la veille au Quattro de Gap : « Ce n’est pas à Dieu que j’en veux, mais à ceux qui m’en ont parlé. Je l’ai cherché dans leurs yeux, mais je ne l’ai pas trouvé. »

Ci-dessous la vidéo et le texte de l’homélie :

Homélie

Je crois en Dieu. Ce sont les paroles que nous allons prononcer tout à l’heure, au cours de cette célébration eucharistique. Je crois en Dieu. Mais qui donc est-il, ce Dieu auquel nous croyons ? Sans cesse, dans ses paraboles surtout, et au risque de se répéter, Jésus a donné la même réponse. Dieu est amour. Dieu est l’Amour. Dieu est le berger qui éclate de joie lorsqu’il retrouve sa brebis perdue. Dieu est l’hôte qui invite à sa table les mendiants. Les mendiants de pain, mais aussi les mendiants d’amour. Dieu est celui qui éprouve plus de joie pour le pécheur qui revient vers lui que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui se croient justes. Dieu est le père qui va au-devant de son fils prodigue. Dieu est du côté des pauvres, des petits et des désespérés. Sa bonté et sa miséricorde sont sans limites. Ainsi est Dieu.

Mais nous qui sommes-nous devant lui ?

Dieu est bien meilleur qu’un juge qui ne rend son jugement que parce qu’il en a assez d’être importuné. C’est saint Luc qui le dit, pas moi. Et pardon pour ceux qui, parmi nous, exercent la responsabilité de la justice de notre pays. Dieu est bien meilleur père que n’importe quel père humain qui pourtant jamais ne donnerait à son enfant un serpent ou un scorpion alors qu’il lui demande un œuf ou du poisson (cf. Luc 11, 11-12). Dieu reste le père aimant aussi bien pour ceux qui lui tournent le dos que pour ceux qui toujours sont restés auprès de lui (cf. Luc 15). Dieu est bon, lui. Toujours. Alors que nous, nous ne sommes vraiment bons que de temps en temps.

Non seulement notre Père qui est aux cieux est meilleur père que nous, mais il n’est que père. Il est père au sens plein et fort du terme. Il accompagne tout en laissant libre. « Personne n’est autant père que lui, personne n’aime comme lui »[1]  disait Tertullien, un des premiers auteurs chrétiens, à propos de l’évangile d’aujourd’hui.

Jésus, par ses paroles et dans ses actes, a été le témoin sur les routes de Galilée de l’infinie bonté de son Père des cieux. Jésus dit que le Père pardonne gratuitement ! Eh bien Jésus va à la rencontre des pécheurs, des prostituées, des proscrits, des exclus. Jésus dit que le Père accueille avec joie le fils prodigue ! Eh bien Jésus va à la recherche de la brebis perdue. Il guérit les malades, il guérit le corps du paralytique mais aussi son cœur. Il expulse les démons, pardonne les péchés. Il va jusqu’au bout de l’amour, aimer ses ennemis en pardonnant sur la croix à ses bourreaux et en leur ouvrant la porte du ciel.

N’allons pas croire pourtant que Jésus est une bonne poire, un mièvre, un béni-oui-oui. On n’est pas dans la religion des bisounours. Il chasse avec énergie les vendeurs du temple. Il résiste à ceux qui abusent du pouvoir. Il réprimande les disciples quand il le faut. Il blâme la conduite des hypocrites. Il dénonce ceux qui cachent leur vide intérieur derrière une apparence extérieure mensongère. Il appelle à regarder le cœur. Ce sont eux : les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de la justice, les cœurs purs, ceux qui font œuvre de paix, ceux qui sont persécutés pour la justice, que Jésus proclame heureux. Ce sont eux, qui dès ici-bas, intègrent le Royaume des cieux (cf. Mt 5, 1-11).

Alors, il est trop facile et surtout injuste pour nous, prêtres, d’exclure, de juger, de condamner. Il est facile pour nous, prêtres, de renvoyer quelqu’un à sa culpabilité, de l’écraser de notre savoir et de notre suffisance au lieu de le libérer. Agir ainsi, c’est oublier que nous sommes fait de la même pâte humaine, et donc pécheurs. Il est facile par exemple de décider qui est digne de communier ou pas. Mais regardons-nous nous-mêmes au lieu de nous draper dans notre propre justice ! Sommes-nous nous-mêmes en état de communier ? Sommes-nous des fonctionnaires du culte ou des hommes pétris d’amour pour les autres ?

Hier soir, Daniel Guichard, au Quattro, a chanté une chanson dont le refrain disait ceci : « Ce n’est pas à Dieu que j’en veux, mais à ceux qui m’en ont parlé. Je l’ai cherché dans leurs yeux, mais je ne l’ai pas trouvé. » Quelle belle phrase à méditer ! Je la répète au cas où vous ne l’auriez pas bien entendue. « Ce n’est pas à Dieu que j’en veux, mais à ceux qui m’en ont parlé. Je l’ai cherché dans leurs yeux, mais je ne l’ai pas trouvé. » N’oublions jamais que c’est pour les malades que le Christ est venu. Les malades du cœur et de l’âme. Qui a été jugé digne d’intégrer le Royaume le premier, sinon un malfrat, un meurtrier ? À qui le Ressuscité s’est-il manifesté en premier, sinon à une pécheresse publique ? Sur quelle pierre le Christ a-t-il fondé son Église, si ce n’est sur un lâche et un traître ?

Alors examinons-nous un instant. Ne suis-je pas de temps en temps encore du côté du fils qui s’en va ? Ne suis-je aussi du côté du fils qui revient, et pas forcément pour de bonnes raisons ?  Ne suis-je pas enfin aussi parfois du côté du fils aîné qui se croit fidèle et juste, et qui, du seul fait qu’il se croit tel, ne l’est en fait pas.

Combien de fois ai-je entendu en confession : « Oh vous savez, mon père, moi je ne commets pas de péchés, je ne m’occupe pas des autres. » Eh bien justement, il est là votre péché !

Que le fils encore prodigue, là, à Gap, au dehors de cette cathédrale, sache qu’il peut revenir vers le Père et qu’il sera accueilli à bras ouvert. Le Père ne lui présentera aucune facture à payer. Et n’oublions pas, ce sont nos bras, les bras de la communauté qui sont les bras ouverts du Père !

Que le fils qui a été prodigue et qui est revenu ne se glorifie pas de son infidélité devant son frère aîné demeuré fidèle. Il a expérimenté la joie du pardon, la joie de retrouver la maison du Père. Cela lui a été donné. Qu’il n’en fasse pas un dû.

Et enfin que le fils aîné arrête de lorgner sur le fruit défendu que le fils cadet a croqué à pleines dents ! Les femmes, le luxe, la vie facile, les expériences de tous genres… Qu’il apprenne à se réjouir de la joie du retour avec toute la maisonnée.

Et nous tous enfin, nous tous qui savons par expérience que Dieu pardonne, nous tous qui savons jusqu’où va l’amour de Dieu pour nous, ne cherchons pas  à en abuser. Que veut dire abuser de la bonté de Dieu ? Ça veut dire se permettre n’importe quoi en disant que de toute façon Dieu pardonnera, car c’est son job de pardonner.
Que penserions-nous d’un homme qui dirait « je peux battre ma femme. Elle est si gentille que je sais d’avance qu’elle va me pardonner » ? C’est souvent le drame que vivent les femmes battues. Vous seriez à juste titre révoltés. Eh bien nous faisons exactement la même chose avec Dieu si nous disons en nous-mêmes : « Je peux pécher, puisque Dieu ne peut que me pardonner ». En agissant ainsi nous nous faisons du mal, nous nous atrophions le cœur.

En revanche, pour celui qui commet la pire des fautes et qui se repent, que peut-on faire sinon pardonner !
L’humoriste Jean-Marie Bigard, qui était de passage à Gap et que nous avons reçu lors de la rencontre des prêtres du diocèse pour le remercier d’avoir pris part à la campagne du denier de l’Église 2015, l’a bien exprimé à sa façon. Son père avait été assassiné par un bûcheron. Jean-Marie Bigard lui a pardonné, tout simplement parce que le meurtrier était comme le fils prodigue, il était repentant. Alors je cite Jean-Marie Bigard, mais je vais éviter d’employer le vocabulaire qui est le sien pour les oreilles sensibles. Donc je le cite, mais de manière édulcorée : « Bon s’il m’avait dit : “Tiens, j’ai tué ton père, et si je pouvais je te tuerai aussi”, ça n’aurait peut-être pas été pareil. Mais il était repentant, il est allé se livrer à la police. Et moi je lui ai pardonné. »

Pour terminer, quelques mots encore. La mission paroissiale vient de commencer. Attention à nos attitudes. Attention à nos attitudes ! Une mission paroissiale n’est pas d’abord du prosélytisme. Il ne s’agit pas de nous montrer avec ostentation. Il ne s’agit pas de faire de la stratégie de communication. Il ne s’agit pas de vouloir faire croire. Il s’agit d’être signes de l’amour de Dieu. Sommes-nous prêts pour cela à nous laisser évangéliser par ceux qui ne sont pas chrétiens ? Pensons au fils aîné. Pensons au fils prodigue. Qui est le plus proche du Royaume d’après vous ? Qui connaît le plus le cœur de Dieu selon vous ? Le fils prodigue ou le fils aîné ? Je vous laisse sur cette question. Mais je pense qu’avec ce que je viens de dire vous connaissez la réponse.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

[1]Tam pater nemo, tam pius nemo”, par Tertullien, dans De paenitentia, 8.

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Recto et verso
de la carte
publiée pour
l’Année de la Miséricorde
et disponible gratuitement
dans les paroisses du diocèse

Cet article a 5 commentaires

  1. croassant arlette

    Merci,Monseigneur,très belle homélie sur le retour de l’Enfant Prodigue,vos paroles d’Amour,de foi et le pardon de la Miséricorde.

    Merci,Monseigneur,votre homélie sur le retour de l’Enfant Prodigue.Vos paroles me touchent toujours sur l’Amour de son prochain,la foi,le pardon,la réconciliation.Cette carte “l’Année de la Miséricorde”,belle photo,le texte,ces paroles écrites par vous,Monseigneur,un bonheur de les relire chaque jour.Et comme vous,ces moments là,me comblent de bonheur,que Dieu m’aime et qu’il est bien dans ma peau.Merci pour la carte reçue à Noël que je garde précieusement.Bonne semaine à Lourdes Monseigneur.

  2. grimaldi Marie josé

    Vraiment adorable !!!!merci infiniment !

  3. grimaldi Marie josé

    très belle homélie, Monseigneur, un enseignement profond, merci infiniment, et cette carte est magnifique quel dommage que je sois à Marseille j’aurais aimé l’avoir ! si ce n’était péché je crois bien qu’un peu de jalousie montre son vilain nez ….

    1. Webmaster

      Eh bien nous vous envoyons cette carte.
      Cordialement.
      Le webmaster

  4. Ida(Lily)Micheneau

    J’apprécie d’autant plus cet évangile et le commentaire que vous en faites, qu’après presque 50 ans d’éloignement de l’église j’y suis revenue, me retrouvant toute seule après la mort de mon mari; le vide était immense (malgré le soutient de mes enfants). Dieu m’a accueillie à bras ouverts, me comblant de ses grâces multiples: hospitalière du pélé diocésain à Lourdes, équipe pastorale, S.E.M en EHPAD, fraternité chez les religieuses de la Providence. Je me sens vraiment l’enfant prodigue et j’en remercie Dieu de tout mon cœur.

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