En ce jeudi 19 novembre 2015, les évêques de la province ont présenté le livre “Cathédrales de Provence” à la Maison de la Région (Conseil régional) à Marseille, en présence de Michel Vauzelle, président de la région PACA.

Ce magnifique ouvrage collectif présente les 27 cathédrales de la région.

Les cathédrales de l’ouvrage (points blancs) dont celle de Gap (point rouge)

Le livre a été réalisé sous la direction scientifique de Yann Codou et de Thierry Pécout. Il fait partie de la prestigieuse collection “La grâce d’une cathédrale” dirigée par Mgr Joseph Doré, archevêque émérite de Strasbourg.

“Si vous vous posez la question de savoir quel cadeau offrir à Noël je vous en propose un…” a suggéré Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Ci-dessous des photos et le texte de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présentant les deux cathédrales de son diocèse.

La couverture du livre à l’entrée de la salle de la Maison de la Région à Marseille

Michel Vauzelle, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d’Embrun, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille

La salle, avec au premier rang des évêques de la Province

Michel Vauzelle durant son discours

Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, préfacier de l’ouvrage

Bernard Reumaux, directeur des Éditions La Nuée Bleue, Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg et directeur de la collection, Yann Codou, un des directeurs scientifiques

Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg et directeur de la collection “La grâce d’une cathédrale”

Yann Codou, un des deux directeurs scientifiques de l’ouvrage rassemblant 33 auteurs

Photo de la cathédrale d’Embrun

Mgr Joseph Doré dédicace un ouvrage pour Luc-André Biarnais, archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun, auteur des pages concernant la cathédrale d’Embrun

Mgr Joseph Doré et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Les évêques de la Province présents et Michel Vauzelle. De gauche à droite, Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille, Mgr Joseph Doré, Michel Vauzelle, Mgr Georges Pontier, Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri


Lorsqu’en 2014 Mgr Joseph Doré avait contacté Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, il lui avait demandé un texte qui soit “une approche en fonction de ta sensibilité propre, en évitant toute considération sur la mission épiscopale en générale, et en évoquant ce que représente pour toi le fait de disposer de plusieurs cathédrales, tant du point de vue de la vie diocésaine qu’en ce qui concerne les relations avec la société civile et civique locale.”

Lorsque Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a remis sa contribution, Mgr Joseph Doré l’a chaleureusement remercié pour son texte qui répondait aux exigences d’un ouvrage scientique tout en sortant du langage convenu et des sentiers battus. Voici ce texte, qu’on trouvera dans l’ouvrage :

Texte de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Les cathédrales de Gap et d’Embrun
« De nos deux cœurs l’amour n’en a fait qu’un »

Autant être franc : je n’aimais pas la cathédrale de Gap. Je ne l’aimais pas, car je trouve sans âme le style néogothique en vogue au XIXe siècle, et parce que cette église est trop froide pour qu’on s’y sente bien, trop sombre malgré ses pierres polychromes. Je ne l’aimais pas en raison de sa mauvaise acoustique, des piliers qui font écran entre le célébrant et l’assemblée. La rapprocher de la Nouvelle Major de Marseille, ville où j’ai grandi, cathédrale où j’ai été ordonné prêtre, n’y faisait rien. Certes, elles sont toutes deux les seules cathédrales construites en France au XIXe siècle, toutes deux en pierres polychromes, toutes deux classées aux monuments historiques le même jour, le 9 août 1906. Mais ce rapprochement est trop artificiel !

Et puis j’ai appris à l’aimer… Tout comme moi, Claude Mollard, ancien secrétaire général du Centre Pompidou et maître d’oeuvre de la construction de la cathédrale d’Évry, avait trouvé la cathédrale de Gap sans intérêt au point d’écrire : « L’édifice actuel […] présente pour seule originalité un agencement particulier de pierres régionales blanches, rouges et grises[1]. Mais c’était compter sans la beauté de cette alternance de couleurs une fois les pierres nettoyées ! Cette originalité fait en réalité le charme de cette cathédrale. Je l’ai réalisé en 2011, après le retour à leur teinte d’origine des pierres de l’abside. Puisse donc venir le jour où la cathédrale sera entièrement décapée ! Alors, elle révélera la beauté de ses quarante espèces de pierres apparentes, beauté obscurcie par des décennies de suie et de poussière !

Plus encore. J’ai appris à aimer cette cathédrale en y célébrant eucharisties, baptêmes, confirmations, ordinations. De même qu’on vient à aimer les personnes que l’on fréquente, on vient à s’attacher aux églises dans lesquelles on prie. On leur trouve des qualités cachées. Les pierres d’une église sont les témoins des peines et des joies des familles. Comme église paroissiale, cette cathédrale a accueilli des générations de Gapençais venus y déposer un cierge, célébrer un baptême, un mariage, des funérailles, se confesser. Que de confidences elle pourrait raconter si elle pouvait parler ! Ses pierres en sont imprégnées.

Je l’aime enfin, cette cathédrale, pour y avoir accueilli des personnes qui ne fréquentent pas ou peu les églises. Avec le groupe « Les Prêtres », nous y avons donné les premiers concerts du premier et du dernier de nos albums, en 2010 et en 2014. Nous y avons tourné le clip du titre phare du deuxième album, Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Dans cette cathédrale j’ai fait exposer durant la Semaine Sainte 2009 une œuvre de Paul Fryer, représentant le Christ sur une chaise électrique. Cette Pietà contemporaine n’a pas laissé indifférent. 6 000 visites dans la semaine, et de la presse, de la radio, de la télévision ! Le but de cette exposition était d’inciter les gens à venir dans une église et à s’interroger sur le mystère de la croix. Certains ont crié au scandale ! Mais le scandale n’est pas là où ils le mettent ! Le scandale, c’est notre indifférence devant la croix du Christ. Et comment oublier alors que la plupart des églises, dont cette cathédrale, sont en forme de croix ?

Je l’aime finalement, cette cathédrale, par tous les souvenirs qui y sont attachés de mes années au service du peuple de Dieu qui est dans les Hautes-Alpes.

Tout autre est la cathédrale d’Embrun. Alors que celle de Gap est récente pour un diocèse toujours vivant, celle d’Embrun est ancienne pour un diocèse qui n’est plus. De ce que j’ai dit de la première, on pourrait déduire que je n’ai pas aimé non plus la seconde. Elle a les mêmes défauts : sombre, froide, gros piliers, mauvaise acoustique. Et pourtant je l’ai aimée immédiatement. Le privilège de l’âge ? Peut-être. Comme le disait Montesquieu, « il y a quelquefois dans les personnes ou dans les choses, un charme invisible, une grâce naturelle, qu’on n’a pas pu définir, et qu’on a été forcé d’appeler le je ne sais quoi. »[2] Sans chercher à définir ce « je ne sais quoi », je dirais que ce grand vaisseau de pierre ancré sur son « Roc » impressionne, que ce joyau surplombant la Durance frappe le visiteur par son alternance de schiste noir et de calcaire blanc, par son porche du Réal avec lions et atlantes.

Construite de 1170 à 1220, la cathédrale d’Embrun est exactement contemporaine du chœur et de la nef de Notre-Dame de Paris où j’ai été ordonné évêque. Monument le plus important des Alpes françaises, il est le seul du département des Hautes-Alpes à avoir intégré la première liste des monuments classés, la fameuse « liste de 1840 ». Mais qui connaît Notre-Dame du Réal d’Embrun ? Qui sait que son trésor était l’un des plus riches de France, et que malgré son pillage lors des guerres de religion il demeure encore l’un des plus beaux ? Qui sait que les rois de France s’y rendaient en pèlerinage ? Qui se rappelle l’ancien archidiocèse d’Embrun, dont les diocèses suffragants s’étendaient jusqu’à la Méditerranée ?

Aussi, lorsque Rome prit contact avec moi pour savoir si le titre d’Embrun était libre pour pouvoir être porté par des évêques titulaires – c’est-à-dire des évêques occupant des fonctions de gouvernement sans territoire –, il m’a semblé plus judicieux de garder la mémoire de l’ancien archidiocèse disparu suite au concordat de 1801 en demandant que son titre soit désormais rattaché à Gap. Ce titre n’était en fait pas libre, puisqu’il était porté depuis 1822 par les archevêques d’Aix et Arles – mais qui le savait ? Mgr Claude Feidt, alors archevêque d’Aix et Arles, ne vit aucun inconvénient à ce qu’il fût concédé à Gap. On peut certes comprendre qu’en 1822 on eût souhaité voir ce titre d’un ancien archidiocèse porté par un archevêque ; au XXIe siècle, en revanche, il apparaissait plus logique qu’il le fût par l’évêque du lieu. La Congrégation des évêques à Rome statua en ce sens par décret du 31 décembre 2007.

Pourquoi cette longue digression sur le titre d’Embrun ? Tout simplement parce que les élus de l’Embrunais m’ont remercié d’entendre et de voir désormais les mots « diocèse de Gap et d’Embrun » et « évêque de Gap et d’Embrun » apparaître dans la presse, à la radio, à la télévision ! Cela faisait connaître leur ville !

Alors voilà : nous avons d’un côté, avec la cathédrale de Gap, un édifice récent consacré en 1895, et de l’autre, avec celle d’Embrun, un édifice ancien consacré en 1271 ; au sud, un territoire évangélisé par la Provence, et, au nord, un autre évangélisé par le Piémont. Du coup, ces deux cathédrales ne sont-elles pas à l’image de notre Église diocésaine, une Église faite de tradition et de nouveauté, une Église où des cultures diverses se rencontrent ? Ne sont-elles pas le signe vivant que des hommes et des femmes aux origines variées peuvent vivre et travailler ensemble pour annoncer Jésus-Christ aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui ?

« De nos deux coeurs l’amour n’en a fait qu’un », avait écrit au VIe siècle le pape saint Grégoire le Grand à son ami saint Arey, évêque de Gap. La formule voulait souligner le lien unissant Rome et Gap, le pape et l’évêque transalpin. Mais elle illustre aussi le travail entrepris par tous les évêques de notre Église depuis le XIXe siècle pour que deux anciens diocèses – celui de Gap et celui d’Embrun – ne fassent plus qu’un seul et même diocèse. Pas seulement sur le papier, mais dans les faits, les esprits et les coeurs.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

____________________

[1] Claude Mollard, La cathédrale d’Évry, Éditions Odile Jacob, 1996, p. 83.

[2] Montesquieu, Essai sur le goût, chapitre « Du Je ne sais quoi. », 1757.


 


Dans la prestigieuse collection
“La grâce d’une cathédrale”
27 cathédrales, 33 auteurs, 9 évêques,
512 pages, 730 images,
4,5 kg !

DÉDICACE
SAMEDI 28 NOVEMBRE
de 10h à 12h

Librairie Davagnier à Gap

de

Luc-André Biarnais et Jérôme Nicault
auteurs des chapitres sur les cathédrales de Gap et d’Embrun

sous le patronage de

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
auteur d’un témoignage sur les deux cathédrales du diocèse



 







Depuis la Côte d’Azur jusqu’au Rhône, des Alpes à la Méditerranée, la Provence n’est guère perçue comme terre de cathédrales dans l’imaginaire collectif. Et pourtant, cette région connut les premières traces de communautés chrétiennes organisées des Gaules et la présence des papes à Avignon. Près d’une trentaine de cathédrales, parfois éphémères, y virent le jour au fil des siècles. La plupart portent l’empreinte de l’époque médiévale, inspirée tant par le classicisme romain antique que par l’austérité monastique. Beaucoup aussi furent marquées par la reconquête catholique des Temps modernes dont le baroque exprime l’étourdissant programme. Enfin, les dernières d’entre elles, dont celle de Gap, édifiées au XIXe siècle, sont parmi les plus récentes de France et tentent par leurs inspirations variées de rendre hommage à leurs prestigieuses devancières.

Trente-trois spécialistes – historiens, historiens de l’art, archéologues – et neuf évêques, dont Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, nous invitent à une découverte exceptionnelle, somptueusement illustrée. C’est ainsi que Régis Bertrand et Jérôme Nicault présentent dans cet ouvrage la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Arnoux de Gap, et Luc-André Biarnais celle de Notre-Dame-du-Réal d’Embrun, avec des photographies d’archives du diocèse et de Jean-Pierre Gobillot.


www.lagracedunecathedrale.com


 

Cet article a 2 commentaires

  1. Cottard Bernard

    Très intéressé par le sujet .Je me réjouissais de trouver un tel livre .Hélas ,malgré de nombreux recours au dictionnaire ,Wikipedia, il m’est très difficile de visualiser les descriptions .j’aurais souhaité beaucoup plus de photos ,c’est à dire consulter quatre cinq livres concernant les cathédrales de Provence !

  2. Elisabeth Meyer

    Nos cathédrales sont belles et ont chacune leur particularité. J’ai visité pour la première fois la cathédrale de Gap cet été et j’ai aimé son atmosphère ainsi que les tableaux de Louis Court. En revanche, comme je l’ai dit précédemment la cathédrale d’Evry est pour moi trop froide et impersonnelle.

    Bon anniversaire à Monseigneur Di Falco.

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