You are currently viewing Les yeux levés au ciel, Jésus priait – Homélie fin de visite pastorale du Briançonnais à Villar St Pancrace le 16 mai 2021

Visite Pastorale dans le BRIANCONNAIS – 10h30 Villar Saint Pancrace – 7ème dimanche de Pâques

« Les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi » nous dit st Jean dans son évangile. « on fit cette prière », dit le Livre des Actes des Apôtres, écrit par St Luc, notre première lecture. Ce 7ème dimanche de Pâques, nous avons le privilège d’entrer dans la prière de Jésus et dans celle des apôtres.

Remarquons déjà que Jésus priait, que Jésus priait son Père. Ce chapitre 17 de Jean est ce qu’on appelle la grande prière sacerdotale de Jésus. Comme grand prêtre, il présente l’humanité au Père. A plusieurs reprises nous voyons Jésus prier. Le CEC 2599 nous dit que « le Fils de Dieu devenu Fils de la Vierge a appris à prier selon son cœur d’homme. Il a appris les formules de prière de sa mère (…). Il l’apprend dans les mots et les rythmes de la prière de son peuple, à la synagogue de Nazareth et au Temple. Mais sa prière jaillit d’une source autrement secrète, comme il le laisse pressentir à l’âge de douze ans : ” Je Me dois aux affaires de mon Père ” (Lc 2, 49). Ici commence à se révéler la nouveauté de sa prière : la prière filiale, que le Père attendait de ses enfants, va enfin être vécue par le Fils unique Lui-même dans son Humanité, avec et pour les hommes. » Puis le CEC note les différents moments où l’on voit Jésus prier dans les Evangiles. Ainsi Jésus prie avant les moments décisifs de sa mission, par exemple avant que le Père témoigne de lui lors de son Baptême (cf. Lc 3, 21). Il prie aussi avant les moments décisifs qui vont engager la mission de ses Apôtres : avant de choisir et d’appeler les Douze (cf. Lc 6, 12), avant que Pierre le confesse comme ” Christ de Dieu ” (cf. Lc 9, 18-20) et afin que la foi du chef des Apôtres ne défaille pas dans la tentation (cf. Lc 22, 32). Le CEC 2602 détaille comment Jésus priait concrètement : « Jésus se retire souvent à l’écart, dans la solitude, sur la montagne, de préférence de nuit, pour prier (cf. Mc 1, 35 ; 6, 46 ; Lc 5, 16). Il porte les hommes dans sa prière. » Voyant Jésus prier, les apôtres lui demanderont : Seigneur, apprends nous à prier. (Lc 11, 1) C’est en contemplant et en écoutant le Fils de Dieu prier que nous apprenons à prier le Père.

Regardons maintenant le contenu de sa prière dans ce chapitre 17 de Jean.

Il prie pour l’unité des disciples. Jésus sait que les hommes sont portés à se diviser. Les guerres dans le monde en sont les conséquences terribles. Le covid a fait de nombreuses victimes, et il y a une victime plus discrète : la paix dans notre société. C’est la guerre entre scientifiques et entre experts. Ce fut peut-être des disputes dans nos familles. C’est parfois aussi la guerre entre catholiques. Comme évêque, je dois discerner la volonté de Dieu entre les très – voir trop – prudents, et les très – voir trop – impatients de retrouver une vie comme avant. Je suis persuadé que les différences de réactions, face au risque épidémique, viennent de nos propres situations de santé, de nos histoires familiales, amplifiées par les nouvelles contradictoires répandues par réseaux sociaux et les chaines d’information continues. Alors ne nous jugeons pas, mais respections les différents points de vue.

Il prie pour ses disciples qui vont rester dans le monde, alors que lui sait qu’il va retrouver son Père. Humblement il raconte à Dieu son Père, la situation : « le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. » Dimanche dernier 9 mai, nous étions invités à prier pour les chrétiens d’Orient, dont tant sont morts martyrs pour leur foi et tant sont persécutés et discriminés. Jésus poursuit sa prière :  « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde. » Nous ne sommes pas tous appelés à devenir bénédictine à l’Abbaye de Rosans ou au sanctuaire ND du Laus ! Notre lieu de mission c’est là où Dieu nous a planté, comme ici à Villar St Pancrace. 

Il prie pour la mission de ses apôtres : « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde », dans chacun de nos villages.

Il prie pour la sanctification de ses apôtres : « Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » Etre sanctifié, c’est ressembler le plus possible à Jésus et être prêt pour le Ciel.

Regardons ensuite la prière des apôtres dans le Livre des actes des apôtres.

Remarquons d’abord la place de Pierre, à qui Jésus avait confié la responsabilité de l’Eglise, Pierre, le 1er pape, invite le groupe des apôtres à prendre les décisions qui s’imposent en exposant le problème : il faut remplacer Judas, en choisissant un 12ème apôtres parmi tous les disciples qui ont suivi Jésus depuis le début de sa vie publique. Le critère de discernement est sa capacité à témoigner de la Résurrection du Christ. 

Remarquons ensuite comment s’est fait le choix : « On fit cette prière » note le livre des Actes des Apôtres : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. » Voilà une vraie prière chrétienne, qui demande à Dieu quel est son avis, et non qui demande à Dieu de ratifier un choix purement humain. C’est ce qu’on appelle le discernement.  Quelle est la volonté de Dieu dans cette situation ? Et alors, pour être certains que cela ne viendra pas d’eux, mais de Dieu, les apôtres tirent « au sort … et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres ». Cela semble curieux à nos esprits cartésiens. mais ce n’était pas abdiquer leur responsabilité humaine, car ils avaient d’abord discerné le critère et fait une liste de deux personnes jugées aptes. Puis ils ont laissé Dieu choisir.

Remarquons que Pierre n’a pas pris la décision seul ! Il a fait un travail collaboratif. C’est ce que nous vivons depuis plus d’une année dans notre diocèse, sous le vocable de ‘Mission Altitude’, avec un versant interne en direction de l’église diocésaine, sur l’organisation interne, et un versant externe sur la manière d’évangéliser. Le premier versant interne a eu une étape importante le 19 mai dernier, où les différents groupes de travail ont remonté à tous leurs propositions d’amélioration du fonctionnement interne. Le second versant a pris du retard avec le Covid, et j’espère aboutira fin d’année pastorale 2021-2022 à ce que je puisse promulguer après tout ce travail collaboratif une vision pastorale et des orientations pastorales pour les 5 ans à venir.

Ainsi, au terme de cette visite pastorale, nous avons contemplé la prière de Jésus puis la prière des apôtres. Peut-être que le Seigneur veut remettre la prière au coeur de nos vies personnelles. Voici une belle définition de la prière donnée par Ste Thérèse de Lisieux : « Pour moi, la prière c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie » (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. C 25r). Voilà frères et soeurs, au terme de cette visite pastorale, je veux d’abord vous remercier pour sa préparation compliquée par le covid, pour votre accueil, puis je veux aussi vous envoyer en mission vers les non-chrétiens de vos vallées. Mais cette mission ne sera ajustée et ne portera du fruit que si elle a pour fondation une vie de prière et de sacrements. Priez ! Priez mieux ! Priez plus ! Amen.