Jeudi saint à Gap : Ma “foi”, ça va !

Dans la soirée de ce jeudi 5 avril, tous les catholiques étaient rassemblés pour commémorer le dernier repas du Christ avec ses apôtres. Voici quelques photos de la célébration dans la cathédrale de Gap présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, ainsi que l’homélie de Mgr Félix Caillet, vicaire général.

Départ de la procession.
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri salue les enfants présents sur des tapis disposés au pied du choeur.
Les séminaristes d'un côté du choeur...
...les servants d'autel de l'autre.
Mgr Félix Caillet prononce son homélie...
...devant une assemblée soudain plongée dans le noir par une coupure de courant.
Le soir du Jeudi saint, le Christ a lavé les pieds de ses disciples. Ici Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lave les pieds de ses séminaristes et de deux séminaristes mexicains de passage à Gap.
Le soir du Jeudi saint, le Christ a aussi institué l'eucharistie. Ici le pain et le vin prêts pour la procession des offrandes.
Pain et vin apportés à l'évêque...
...avant d'être placés sur l'autel.
Les produits de première nécessité apportés avec les oblats par des membres du Secours catholique
L'élévation après la consécration : "Ceci est mon corps, livré pour vous."
Le "Notre Père" avec les enfants.
La communion pour les uns, une bénédiction pour les autres.
Les hosties consacrées sont déposées au reposoir...
...pour une adoration de toute la nuit.

 

Homélie de Mgr Félix Caillet

– Comment ça va ?
– Ma foi, ça va.

 

Bonjour ! Comment allez-vous ?

Très souvent, la personne nous répond : « Oh ! ma foi, ça va ! »

Je ne peux pas m’empêcher de répondre : « Je suis heureux de savoir que votre foi va bien. »

Je ne vous dis pas la surprise de mon interlocuteur. Je suis obligé de me reprendre : « Bien oui, vous venez de me dire ‘Oh, ma foi, ça va’ ! Je vous dis que cela me réjouit. Cela me réjouit que votre foi en la Résurrection du Christ et en l’Eucharistie soit solide. » Alors la suite de l’échange varie : « Oh vous savez ! je ne crois guère ou je ne sais pas trop comment va ma foi. » S’ouvre alors un embryon d’échanges. Je poursuis : « Et votre espérance, comment va-t-elle ? » Mon vis-à-vis se trouve de plus en plus interloqué, se retrouvant engagé beaucoup loin et profondément qu’avec ces réponses machinales et distraites : « Ça va ! »… Même si ça ne va pas. Sur l’espérance, je n’ai souvent qu’un silence plus ou moins long, ouvrant à des confidences : « Oh vous savez, je viens d’apprendre que j’ai un cancer ! » ou « mon mari est au chômage ! » ou « je ne sais plus quoi faire avec mon fils, ma fille ! » Conforté par ce dialogue qui est né dans une spontanéité surprenante, je me lance dans une nouvelle question : « Et votre charité, comment va-t-elle ? » Alors là, j’ai l’impression d’avoir dépassé les limites du correct. Je suis obligé de me reprendre : « Vous avez entendu parler des trois vertus théologales ?… au moins grâce à Péguy dans Le porche de la deuxième vertu ? » Comment s’intéresser à la foi de quelqu’un sans porter le même intérêt à l’espérance et à la charité ?

Comment va votre charité ? C’est bien à cette question que nous ouvre le Christ dans le récit du lavement des pieds indissociable de celui du dernier repas. « Si donc, moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Comment va votre charité ? C’est bien à cette question que nous sommes provoqués chaque fois que nous nous retrouvons pour l’Eucharistie, pour faire mémoire du repas de la Cène et du passage de la mort à la vie du Christ aujourd’hui ressuscité. « Prenez et mangez ! Ceci est mon corps LIVRÉ, donné pour vous ! Prenez et buvez ! ceci est mon sang VERSÉ pour vous ! »

Comment va notre charité ? C’est la question à se poser pour que l’Amour dont nous sommes aimés et dont le Christ nous demande de vivre chaque jour garde ses trois « A » sans en perdre ni en affaiblir un seul. Les trois A ? Je pense à l’Amour éros pour le premier, l’Amour philia-amitié, pour le second, et l’amour Agapè-Charité pour le troisième. Or, nous risquons souvent de perdre les trois A tellement la charité peut nous sembler une réalité désuète, archaïque. Nous y préférons la solidarité, le partage, le partenariat. Mais de cela, les chrétiens n’ont pas, et c’est heureux, le monopole. Le Pape Benoît XVI dans sa lettre encyclique Dieu est Amour nous prend par la main pour nous faire entrer dans le mystère de l’Amour avec ses trois « A ».

L’originalité de la foi chrétienne s’enracine dans le Mystère pascal en nous plongeant dans l’Amour divin. Dans l’événement pascal que le triduum pascal, les trois jours saints, nous invite à revivre, nous redécouvrons ce que nous sommes : En Christ, premier né d’une multitude, nous sommes frères. La fraternité nous engage beaucoup plus qu’une simple solidarité d’existence humaine.

Donne-moi ton regard, Seigneur, pour que quand je regarde quelqu’un je voie en lui un frère, une sœur ! Donne-moi ton regard, Seigneur, pour que je voie dans l’autre, au-delà de sa misère, de ses limites, de ses erreurs, un frère, une sœur en Christ. Donne-moi ton Amour, Seigneur, pour que je comprenne que le plus grand est le Serviteur, le plus digne celui qui sert ? Donne-moi tes oreilles, Seigneur, pour que je puisse entendre la détresse de celui et de celle que tu m’as donnés comme frère et sœur au jour de mon baptême. Donne-moi tes mains, Seigneur, celles qui ont partagé le pain et fait passer la coupe pour que nous ayons l’audace de les tendre à tous, et d’abord aux plus fragiles de notre monde et de notre entourage. Tous, nous sommes appelés à servir le frère, à construire la fraternité ! Cela nous pousse au-delà des limites de la communauté rassemblée pour rejoindre ceux qui cherchent, qui désespèrent et attendent des miettes d’Amour. « La charité du Christ nous presse » nous disent les évêques de France en nous lançant dans cette aventure de fraternité : Diaconia 2013. « Le partage fraternel avec les plus fragiles et l’engagement social des chrétiens animés par la charité sont vitaux pour le développement de tous les humains », déclarait Mgr Bernard Housset, président du conseil national de la solidarité.

Servir la fraternité ne peut pas se vivre sans nous retrouver ensemble pour accueillir la Parole du Seigneur et sans tout faire pour nous asseoir à la même table eucharistique.

Comment va votre charité ? De cette question, nous aurons à répondre, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » !

Comment va notre foi, frères et sœurs ? Comment va notre espérance dans un monde à l’avenir incertain ? Comment va notre charité en ce jour où le Christ nous enjoint de faire ce qu’il a fait pour nous ?

Frères et Sœurs, bonsoir ! Comment ça va ?

Mgr Félix Caillet

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