La véritable confiance en Dieu donne à l’homme d’espérer de lui les aides nécessaires et la force, non seulement pour
parvenir au salut, mais encore à la perfection de l’état chrétien. En quoi il semble que manquent la plupart de ceux qui ont entrepris le service de Dieu, car, quoiqu’ils veuillent être gens de
bien et aller en paradis, néanmoins ils s’excusent fort de l’entreprise de la perfection et de la peine qu’il faut prendre pour cela, ne pouvant digérer l’abnégation et l’abandon d’eux-mêmes, le
dépouillement de tous leurs intérêts pour suivre Jésus-Christ portant sa croix. Ils disent que c’est chose haute, difficile ; qu’il faut des grâces extraordinaires ; que Dieu n’appelle
pas tout le monde à cela ; qu’au fond, ils n’y sont pas obligés. Ainsi, manquant de courage, ils se dispensent d’une telle poursuite.

Mais l’homme qui a une vive foi espère de Dieu tout ce qu’il lui plaît et tout ce qu’il fait connaître à sa créature être
de sa volonté, disant comme Josué : « Nous le ferons, nous en viendrons à bout et surmonterons nos ennemis. »
Mais on
peut dire de ces autres lâches et timides : « Ils dédaignèrent un pays désirable. »
Ils sont demeurés fort contents dans
leurs petites idées et dans les bornes qu’ils ont mises à leurs désirs, au contraire des vrais fidèles et généreux enfants qui attendent tout de la bonté et sagesse de leur
Père.

Jean-Joseph Surin (1600-1665), Guide
Spirituel
, III, 2

 

L’auteur

 

Né dans une famille de parlementaires de Bordeaux, Surin y sera élève des Jésuites, avant d’entrer à son tour dans la
Compagnie. De tempérament anxieux, sa santé physique et mentale chancelle au contact des possédées de Loudun auprès desquelles son ministère le place à partir de 1634. Durant vingt ans, il sombre
dans une déréliction presque totale, quasi muet et paralysé, coupé du monde qui l’entoure et le tient pour fou. Cette épreuve sera en fait pour Surin le ressort d’un formidable approfondissement
mystique : sorti de cette période, ses lettres de direction, divers traités et finalement son
Guide Spirituel (1660), témoignent d’un équilibre et d’une lucidité intérieure intactes : « Ce m’est tout un que je vive ou je meure ; il me suffit que l’Amour me
demeure. » Mis à l’écart durant les années noires, une foule d’âme en quête de paix et de réconciliation se porteront vers lui au soir de sa vie.

 

(Extrait du livret Carême pour les Cancres 2008 – A l’école des saints – Un texte par jour pour marcher vers Pâques, disponible sur www.paroisseetfamille.com)