Quand tu verses des fontaines de larmes dans ta prière, ne t’élève pas en toi-même, comme si tu étais au-dessus de la plupart de tes semblables : c’est simplement que ta
prière a obtenu un secours pour que tu puisses avec ardeur confesser tes péchés et apaiser le Seigneur par tes larmes. Ne tourne donc pas en passion l’antidote des passions, si tu ne veux pas
irriter davantage le donateur de la grâce.

La prière est un rejeton de la douceur et de l’absence de colère.

Armé contre la colère, tu n’admettras jamais de convoitise ; car c’est elle qui fournit matière à la colère, et celle-ci trouble l’œil intellectuel, saccageant ainsi l’état de
prière.

Parfois, à peine seras-tu en prière, que tu prieras bien ; parfois, au contraire, malgré de grands efforts, tu n’atteindras pas le but. C’est pour que tu cherches davantage et
qu’après avoir obtenu le résultat, tu le possèdes à l’abri de tout ravisseur.

On ne saurait courir ligoté ; ni l’intelligence ne saurait, assujettie aux passions, voir le lieu de la prière spirituelle; car elle est tiraillée çà et là par l’effet de la
pensée passionnée et ne peut se tenir inflexible.


Évagre le Pontique (346 ?-399), Traité de l’Oraison, 12, 14, 27, 29, 72

L’auteur

Né à Ibora, en Turquie, disciple de saint Basile, de Grégoire de Naziance (qui l’ordonne diacre), prédicateur à Constantinople, Évagre quitte la cour impériale et ses intrigues pour embrasser
la vie solitaire, à Jérusalem d’abord, puis au désert d’Égypte à l’école de saint Macaire. Son influence sera considérable sur la spiritualité monastique ultérieure, tant en Occident qu’en
Orient.

(Extrait du livret Carême pour les Cancres 2008 – A l’école des saints – Un texte par jour pour marcher
vers Pâques
, disponible sur www.paroisseetfamille.com)

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