En ce temps de pandémie et vu le climat anxiogène dans lequel nous sommes tous comme logés à la même enseigne, j’ai relu avec intérêt la deuxième lecture de ce dimanche. Voici :

« Frères, ceux qui vivent sous l’emprise de la chair ne peuvent pas réjouir Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous….Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »

Qu’est cette « chair » qui risque de nous tenir sous son emprise ? C’est notre côté humain avec ses faiblesses en tous genres. Mais j’en retiens particulièrement une de ses manifestations : la peur. Phénomène bien naturel, me direz-vous. Et je suis bien d’accord car je ne suis pas moi-même immunisé contre cette inquiétude qui peut tous nous saisir tant les consignes de confinement et les nouvelles alarmantes ne nous portent pas à l’euphorie.

Mais, dans la foi, nous avons une opportunité merveilleuse de contrer l’emprise de la peur. C’est de croire au don de Dieu (« Si tu savais le don de Dieu » disait Jésus à la Samaritaine). Or à notre confirmation, il nous a été dit : « Reçois l’Esprit Saint, le don de Dieu ». Nous avons donc en nous l’anti-virus par excellence. Et l’Esprit que nous avons reçu produit en nous, entre autres fruits, paix et confiance ( Galates 5/22-23 )

Alors tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés ! comme l’a écrit saint Paul dans une de ses lettres.

« CROIS-TU CELA ? »

J’enchaine avec la « RE-ANIMATION DE LAZARE ». Ce qui nous est dit dans l’Evangile selon saint Jean dépasse de mille coudées toutes ces ré-animations qui sont tentées dans les hôpitaux en ce moment avec un dévouement admirable sans lésiner sur les moyens pour sauver le plus de vies possibles. De fait, avant sa propre résurrection, Jésus a rappelé à la vie un cadavre qui « sentait déjà ». Et Lazare a eu une prolongation inespérée avant de repasser par la case « mort » sans retour en arrière, mais pour déboucher par contre sur la résurrection.

Mais qu’est-ce que la résurrection ? Quel est ce phénomène inouï, indémontrable scientifiquement ? Pas un retour dans notre corps de fin de vie, ni de pleine beauté et forme physiques. Plutôt un état nouveau tel qu’on le perçoit quelque peu à travers les récits d’apparitions de Jésus après sa propre résurrection. Un corps débarrassé de la fragilité et des pesanteurs de la chair. Un corps complètement spiritualisé à l’image du Christ glorieux. Mais en disant cela, je balbutie ma foi en la résurrection de la chair, affirmée dans notre credo. Car ma foi (en fait la foi de l’Eglise) ne me permet pas de dire en clair ce qui nous dépasse tous.

Alors je reviens à l’évangile et particulièrement au dialogue entre Marthe et Jésus. « Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Seigneur, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

« Crois-tu cela ? » Marthe a dit oui. Et toi qui me lis et ne veut pas vivre sans foi ? Et tu pourrais me répondre : « Et toi Adrien ? » L’émission « Enfin une Bonne Nouvelle » m’a fait mieux comprendre qu’on ne peut pas parler de foi comme d’une certitude absolue parce qu’elle a son objet au-delà du démontrable. Par contre la foi suppose comme un saut dans le vide. C’est le saut de la confiance. Confiance qui faisait dire à Thérèse de Lisieux, au-delà de la nuit de la foi qui l’a éprouvé alors qu’elle allait mourir jeune : « Je ne meurs pas. J’entre dans la Vie. »

Nous ne connaissons pas encore cette Vie avec un grand V. Mais n’en avons-nous pas tout de même quelque intuition à certains moments fugaces ? N’en n’avons-nous pas aussi le désir au-delà d’une vie qui n’a pas pu réaliser tous nos rêves, d’une vie où les moments de bonheur se sont révélés éphémères ?

Et en écrivant tout à l’heure la déclaration de sa grande identité à Marthe, j’ai remarqué que Jésus dit : « Quiconque vit et croit en moi ». Or la vie chrétienne consiste à vivre avec le Christ. Ne nous contentons pas donc d’une vie de foi théorique comme un « peut-être ». Notre foi par contre ne peut se dispenser d’avoir sa coloration d’amour. Notre âme en effet n’est-elle pas perdue sans la présence du Bien Aimé comme cela nous est révélé dans le Cantique des cantiques ? Et comme me le disait un grand séminariste au petit séminariste que j’étais alors, me préparant à rentrer au grand séminaire : « Accroche-toi à Jésus-Christ ». Oui, ne le lâchons pas. Il ne nous lâchera pas.

Père Adrien Michel

Seigneur Jésus-Christ,

conscient de la faiblesse de ma foi, je veux me situer, pour répondre à ton « Crois-tu ? », dans la foulée de la foi de Marthe qui a déterminé la foi de l’Eglise.

Et pour faire mon propre saut de foi, je te demande la force de ton Esprit.

Sans lui en effet, je suis sous l’emprise de la chair. Non seulement à cause de la peur que je partage avec l’humanité mortelle, mais encore à cause de ces raisonnements qui veulent nous persuader que ce que tu as dit à Marthe est incroyable tellement cela dépasse ce que notre intelligence peut concevoir. Viens donc en aide à mon peu de foi.