Dans sa chronique du dimanche 8 février 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri évoque le sort de personnes qui ont voulu aider les autres.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

En 862, Ratislav, fils de Mojmír Ier, prend le pouvoir en Moravie après seize années de règne de Louis le Germanique. La principauté est tiraillée par des luttes de pouvoir au sein de la famille de Ratislav. Luttes, trahisons, complots sont tellement présents que le Prince n’arrive plus à s’occuper des problèmes de son peuple.

Un soir d’automne, le viel Ignác, modeste boulanger d’Ostrava, sans femme ni enfants, entend frapper à la porte de sa boutique. Il n’attend pas de visite. Bougie en main, il ouvre sa porte. Et quelle n’est pas sa surprise quand il voit là sur son pallier une famille Varègue venue de Scandinavie. Il ne faut pas longtemps à Ignác pour comprendre que cette famille cherche un lieu pour se réchauffer, pour se nourrir, pour se reposer. Ignác les accueille sans leur demander pourquoi ils sont là, d’où ils viennent, quelle est leur légitimité sur le territoire Morave, quand ils prévoient de partir. Il ne leur demande pas un sous.

La rue où habite Ignác, aussi petite et perdue soit-elle dans la ville d’Ostrava, a quelque chose d’unique : elle est sur le chemin des étrangers, de ceux qui ont faim, froid, peur. Ceux dont le visage est ravagé par la souffrance, la solitude et le désespoir, et qui sont rejetés et montrés du doigt avant même qu’ils n’aient eu le temps de dire un mot. Ignác ne refusa jamais d’ouvrir sa porte, de servir, de réconforter celui qui se présentait. Quand le couchage venait à manquer, il disposait quelques sacs de blé en guise de matelas. Certains ne tardèrent pas dénoncer les actions de ce pauvre et bon boulanger à Ratislav toujours à la tête de la principauté.

Quelle ne fut pas sa colère d’apprendre que non seulement ce petit sujet aidait ceux qui n’avaient rien à faire sur son territoire, mais en plus que ce boulanger de pacotille avait le culot de se substituer à ce que la principauté n’arrivait pas à gérer de par ses querelles internes, à savoir l’aide aux plus pauvres et aux plus démunis.

Ratislav envoya ses chevaliers pour mettre fin à l’activité du pauvre Ignác et pour lui infliger un impôt plus de douze fois supérieur à ce qu’il gagnait par mois !

Ignác gardait le sourire et continuait à accueillir ceux qui se présentaient chez lui en affirmant aux chevaliers que sa vie d’homme était d’aider les autres. Alors, Ratislav le traîna devant les juges.

Je ne vous raconte pas la fin de l’histoire car je ne la connais pas. Une chose est sûre, cette histoire moyenâgeuse d’injustice, de manque de fraternité, de manque de solidarité, de manque d’humanité se passe en France, en 2015. Le père Gérard Riffard, soixante-dix ans, prêtre à Saint-Etienne, accueille des réfugiés, des sans-papiers, des sans-abris. Il est aujourd’hui jugé pour délinquance, doit payer une amende de 12 000 euros et le sort de ceux qu’il accueille est plus qu’incertain. L’arrivée de l’hiver n’arrange pas les choses. En parallèle, le préfet de région demande à l’Église de prêter ses locaux pour l’hébergement d’urgence.

N’étouffons pas les initiatives personnelles ! Dans notre pays, quand devant les portes d’Amiens notre fameux saint Martin a coupé la moitié de son manteau pour le donner à un pauvre, l’armée romaine à laquelle il appartenait ne lui a pas cherché noise. Pourtant il ne devait pas avoir fière allure en rentrant dans sa garnison, ne pensez-vous pas ?

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 5 commentaires

  1. Elisabeth Meyer

    Petite erreur de frappe de ma part. Il s’agit du Père Riffard et non Ruffard.

  2. manoroland

    Monseigneur bonsoir

    Que ce soit en 862, ou en 2015 les problèmes sont toujours les mêmes
    luttes, trahison ,égoïsme,
    avec en plus une grande indifférence
    Pourquoi juger, condamner ,faire payer
    une personne qui fait le bien, et qui aide son prochain en toute humilité
    Que faire ????J’ai du mal à comprendre

    Avec mes respects Monseigneur

  3. croassant

    MONSEIGNEUR heureusement que vous etes là pour divulguer toutes les injustices qui se passent encore dans notre sociéte comme au Moyen AGE.C’est injuste,un pretre qui veut aider les malheureux se voir condamner a payer une amende et de plus prèter son eglise demander par le préfet pour héberger les pauvres.Que font les politiques?.Ou est la justice?.Toujours pour les riches.La négligence de la société vous fait reagir MONSEIGNEUR.Vous les catholiques surtout un EVEQUE juste comme vous,l’injustice humaine continuera dans l’indifférence.Je vous cite”Il n’y a pas de plus grand AMOUR que de donner sa vie pour ceux que l’on aime.Moi je vous aime et je voudrais vous aider a oeuvrer pour la paix.Bon courage et merci MONSEIGNEUR pour tout ce que vous entreprenez.Vous ètes fort.Continuez ainsi.ARLETTE

  4. Elisabeth Meyer

    Dommage de ne pas connaître la fin de l’histoire.
    Au fil des siècles, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Sauf que au 21ème siècle, la médiatisation de certaines affaires est telle qu’elle peut être bénéfique ou au contraire produire des effets dévastateurs et irréparables.
    Que reproche t’on au Père Ruffard ? Avoir accueilli chaleureusement des demandeurs d’asile, des sans abris dans des conditions sommaires mais dignes d’hébergement.
    Relaxé, le Tribunal a fait appel du jugement. La Cour d’Appel s’est déclarée incompétente. Tout ça pourquoi ? Pour faire un exemple ? Parce que c’est un Prêtre ?
    J’ose espérer que cela n’ira pas plus loin. N’y a t’il pas des affaires plus importantes à traiter dans les tribunaux.
    Une chose est sûre, il ne pourra pas être infligé de sentence au Père Ruffard pour la beauté de ses gestes et la bonté de son cœur, un instant de bonheur et de partage pour ces personnes en détresse dans un monde si cruel.
    Ne faut il pas mieux cet hébergement plutôt que ces enfants, femmes et hommes soient la proie et le fonds de commerce de gens profiteurs et sans scrupules . Mais cela, on n’en parle peu ou pas.
    Quelles incohérence, d’un côté on voudrait condamner un Prêtre et de l’autre on demande à l’Eglise d’abriter les oubliés de la vie.
    L’Apôtre St. Paul a dit :
    “Tu aimeras ton prochain comme toi même, la charité ne fait point de tort au Prochain, la charité est donc la loi dans sa plénitude.”
    Bonne soirée Monseigneur.

  5. Pépiot Yves

    Monseigneur, bonjour,

    C’est ainsi, il y a toujours eu des puissants et des Misérables.
    Vous même n’avez vous pas défendu le salarié de la S.G. ?Vous lui avez sans doute évité la prison.
    Ce prêtre condamné à une lourde amende, pour avoir enfrein la loi, il y a Surement une solution pour l’aider. Vous avez des “Prêtres” qui pourraient par une action bénévole, recevoir des dons en organisant un concert en la paroisse de ce prêtre.
    Tous les jours de nombreuses personnes s’impliquent auprès des Misérables et luttent contre les puissants et les lois.
    Bon Dimanche Monseigneur

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