La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : “Ainsi-soient-ils” 2
  • 9 novembre 2014

Dans sa chronique du dimanche 9 novembre 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri revient sur la série “Ainsi soient-ils” d’ARTE, à l’heure où les séminarstes de France se trouvent à Lourdes avec les évêques.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

L’ensemble des séminaristes de France et leurs formateurs sont invités ce week-end à rejoindre les évêques, actuellement en assemblée à Lourdes, pour un pèlerinage. Une bonne occasion de revenir sur le dernier épisode de la saison 2 de la série Ainsi soient-ils qui a été diffusé il y a quelques jours sur ARTE. Lors de la diffusion de la saison 1 on m’avait demandé de regarder tous les épisodes à la suite pour donner un avis. Ce que j’avais fait. Certains avaient trouvé ma critique trop sévère, voire injuste dans mon appréciation. Bien que le créateur et le producteur de la série disent accepter la critique celle-ci qui me vaut, m’a-t-on dit, d’avoir inspiré le personnage de l’évêque le plus antipathique de cette saison 2.

J’ai regardé la seconde saison avec quelques appréhensions et je ne le regrette pas. Je l’avoue, j’ai aimé. Et si je devais donner une appréciation de type scolaire j’écrirais ceci : « En net progrès mais peut encore mieux faire. »

Ce qui m’a frappé c’est le décalage qu’il y a entre l’image donnée du séminaire et celle donnée de la hiérarchie. En fait il y a deux scénarios juxtaposés qui se croisent parfois : la vie au séminaire et celle des séminaristes, et celle de la hiérarchie : pape, cardinaux, évêques.

Au séminaire d’abord. Les personnages − et tout particulièrement les séminaristes et les formateurs − ont gagné, j’ai envie de dire, en épaisseur, en profondeur, en humanité. Cela est dû notamment au talent de l’ensemble des acteurs. Grâce à eux, ça sonne vrai avec des dialogues forts et de beaux moments d’émotion.

Ces jeunes séminaristes, dont certains seront prêtres, sont bel et bien représentatifs de leur génération même si cela peut déranger les belles âmes que de le reconnaître. Le prêtre est un homme, pétri dans la même pâte humaine que chacun d’entre nous, sa foi en Jésus-Christ ne l’empêche pas d’éprouver les mêmes fragilités, les mêmes souffrances, les mêmes doutes, les mêmes peurs et les mêmes angoisses. Le prêtre n’est pas un surhomme. Et heureusement. C’est parce qu’il n’est pas un surhomme qu’il est capable de comprendre et de partager les épreuves et les souffrances de celles et ceux qui seront placés sur sa route. Et cela la série le montre bien.

Pour ce qui est de l’institution Église et sa hiérarchie, en revanche c’est tout autre chose. Toute la série de la seconde saison repose sur un scénario impossible : La faillite de l’Église de France. Pour que l’Église de France fasse faillite il faudrait qu’il y ait un budget de l’Église de France, or ce n’est pas le cas. Chaque diocèse a son propre budget indépendant des autres, et la Conférence des évêques a son budget alimenté notamment par la contribution des diocèses.

Le président de la Conférence est élu par ses confrères évêques, et non nommé par le pape comme on le laisse entendre. On peut s’interroger sur ce président de la Conférence que l’on présente comme un indécis, un genre de professeur Tournesol qui se perd dans les couloirs et les sous-sols du siège de la Conférence des évêques, avec pour décor, le siège du Conseil économique et social, qui ne ressemble en rien au siège, bien plus modeste, actuel de notre Conférence.

J’ai moi-même été secrétaire général adjoint pendant neuf ans. Je puis assurer qu’aucun des présidents de la Conférence ne se serait laissé téléguider, manipuler par les secrétaires généraux que nous étions, qu’il s’agisse de Monseigneur Vilnet, du cardinal Decourtray, de Monseigneur Duval, pour ne citer que ceux sous la présidence desquels j’ai travaillé.

Je ne m’attarderai pas sur l’image du pape momifié qui reçoit le président de la Conférence pour le gronder ! Qu’il suffise, pour voir là encore le décalage, de comparer cette image de pape ectoplasme de la série et celle que donne le pape François.

Ceci étant, je rejoins mon confrère Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, lorsqu’il écrit, je le cite : « Il faut saluer l’ambition de cette série télévisée, et saluer ARTE et les producteurs. Il n’est pas si fréquent que les séries télévisées françaises fassent quitter les intrigues policières et les prétoires. De plus, les auteurs et leurs équipes, tant artistique que technique, ont réalisé un travail dont il faut honorer la qualité, tant pour l’image, les décors, et l’interprétation d’un bon nombre des acteurs.

Que des questions soient posées, que des désaccords s’expriment, c’est bien à quoi veut conduire une œuvre qui interroge sur notre époque, mais qui surtout choisit de le faire au travers de situations et de personnages qui sont certainement pour la plupart de nos contemporains bien éloignés de leur vie quotidienne. » (Fin de citation)

Mais peut-être, après tout, les prêtres et les séminaristes ne sont-ils pas si éloignés de la vie quotidienne et des interrogations de leurs contemporains. Comme je le disais, le prêtre est un homme pétri dans la même pâte humaine que chacun d’entre nous. Sa foi en Jésus-Christ ne l’empêche pas d’éprouver les mêmes fragilités, les mêmes souffrances, les mêmes doutes, les mêmes peurs, les mêmes angoisses. Mais il est porteur d’une espérance en plus. Et cela peut faire toute la différence !

J’attends avec curiosité la troisième saison, déjà en tournage paraît-il.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. Merci Monseigneur pour cette belle chronique!

  2. merci monseigneur, à bientôt

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