La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri –  « Cette vie vaut autant que la nôtre »

Dans sa chronique du dimanche 17 mai 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lance un appel aux décideurs politiques : combien de temps encore nous sera-t-il plus facile de pleurer les morts de la Méditerranée que de tenter de sauver les vivants ?

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

À l’heure où nous célébrons le triste anniversaire du centenaire du génocide arménien où plus d’un million d’Arméniens ont trouvé la mort, un autre drame se produit sous nos yeux sans qu’aucune solution n’indique un revirement de situation.

On estime que depuis l’an 2000, 22 000 migrants sont morts lors de leur tentative de rejoindre l’Europe. Depuis le 1er janvier de cette année, ce sont près de 1 800 personnes qui ont disparu en Méditerranée alors qu’ils espéraient des jours plus heureux sur notre continent.

D’un côté, nous sommes confrontés à une double détresse, celle de ces milliers de personnes qui se sont noyées ou qui malheureusement vont se noyer encore dans cette mer qui accueillera d’ici quelques semaines des millions de vacanciers sur les plages de l’autre rive et celle de l’Italie qui par sa position géographique doit faire face, seule, dans la gestion de ce drame.

De l’autre côté nous sommes confrontés à l’impuissance de l’Union européenne ou plutôt à son manque de volonté d’agir et à la faiblesse de l’agence Frontex. Cette situation amène les politiques à proposer de mauvaises solutions. Celle de détruire les bateaux des migrants avant leur départ, de faire un blocus maritime, donc de tout faire pour que la détresse, la misère, la pauvreté, la violence et la faim restent de l’autre côté de la Méditerranée.

Il est tellement plus confortable de savoir que ces personnes vont mourir sur leur continent qu’en essayant de rejoindre le nôtre. Éloignons la mort de quelques centaines de kilomètres qu’elle ne vienne pas entraver et surtout polluer notre Méditerranée tant aimée.

Suite aux derniers drames, un quotidien portugais a montré sur sa Une la photographie d’un migrant en train de se noyer et a sous-titré : « Cette vie vaut autant que la nôtre ». Oui chaque vie a la même valeur et il nous faut comprendre que si ces personnes quittent famille et amis pour rejoindre un continent au péril de leur vie, ils ne le font pas par fantaisie ou par loisir. Ils le font car leur quotidien n’est plus supportable, car ils se refusent de rester inactifs face à la misère de leurs proches. Ils pensent que de l’autre côté de la côte les dirigeants politiques sont plus humains que chez eux. Tout prouve à croire qu’ils se trompent.

Alors, Mesdames et Messieurs les décideurs, à cette heure où nous célébrons le triste anniversaire du centenaire du génocide arménien et où nous venons de vivre la Journée du souvenir des victimes de la déportation, combien de temps encore il nous sera plus facile de pleurer les morts que de tenter de sauver les vivants ?

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. Il faut surtout interdire les passeurs qui remplissent plus que leurs bateaux contiennent des migrants qui vont plutôt vers la mort qu’une vie meilleure.Rétablir les frontières,des règles humaines et réglementaires pour les pays concernés.Effectivement,la paix mondiale est la solution idéale et chaque citoyen heureux de rester vivre dans son pays.Aux politiques de faire le nécessaire.Ils sont élus pour gouverner leur pays efficacement et sérieusement et en collaboration internationale.

  2. Il est évident que la Méditerranée va devenir un des plus grands cimetières du monde si les gouvernants de tous les E tats restent dans l’immobilisme et l’indifférence.
    La solution idéale serait que la PAIX revienne dans tous ces pays en guerre. Cela permettrait aux populations de rester et vivre dignement dans leur pays. Est- ce une réalité si difficile à mettre en œuvre ? Il serait tant également d’empêcher les passeurs de partir avec des bateaux remplis plus qu’ils ne peuvent contenir. Passeurs qui exploitent la misère tant sur le plan humain que financier.
    En attendant, l’Italie ne peut pas supporter seule l’arrivée massive de tous ces enfants, femmes et hommes en grande détresse. Malgré les difficultés dans les différents pays d’Europe, il est indispensable que ces migrants soient répartis et accueillis de façon équitable dans chaque pays.

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