La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : “Donnez-leur des jardins pour y faire des bêtises !”

Dans sa chronique du 9 février 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri répond à la désillusion de la jeunesse.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus,

et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Jean-Jacques Goldman, Omar Sy, Mimie Mathy, Florence Foresti, ou encore Gad Elmaleh, voici le haut de la liste des Français préférés des Français. Ces personnes sont respectables et elles excellent dans leurs domaines. Mais où sont les grands chercheurs, les grands chirurgiens, les responsables d’associations caritatives ? Où sont les grands philosophes, les sociologues, les écrivains et même les grands hommes politiques ?

Nous nous étonnons souvent de voir les jeunes d’aujourd’hui avachis dans le canapé jonglant entre sms, réseaux sociaux, jeux-vidéos et téléréalité, agissant avec incivilité, commettant des délits et ayant une motivation inversement proportionnelle au nombre de leurs pseudo-amis sur facebook. Nous nous étonnons, mais que  proposons-nous à une jeunesse qui a soif d’aventure, soif de défis, soif d’affronter la peur, habitée par le désir de se dépasser ? Quels sont les lieux où ils peuvent déployer leur générosité, car ils en ont. Quel champ d’aventure leur restent-ils dans une société où tout est pré-pensé, planifié, codifié, quadrillé, assuré, sécurisé ?

Pour ceux de ma génération, lorsque nous étions jeunes, il y avait encore cette possibilité de partir à l’aventure, de faire quelque chose d’un peu fou, de vivre une expérience qui allait nous marquer, qui allait nous construire. Les voyages en stop, le service militaire, le fait de faire de grandes choses avec peu de moyens, que sais-je encore !

Aujourd’hui les jeunes sont comme dans un cercle vicieux. Malgré leurs études, ils ne trouvent pas de travail. Et s’ils en trouvent un c’est trop souvent dans une branche qui ne correspond pas à ce qu’ils ont étudié. Sans emploi, ou dans une situation précaire, comment peuvent-ils avoir des projets, des rêves, voir l’avenir avec enthousiasme ? Près de 30 % des 25-34 ans habitent toujours chez leurs parents. Restent-ils chez eux par choix ou ne peuvent-ils faire autrement ?

Il y a un groupe qui fait actuellement fureur parmi les jeunes : « Fauve ». J’ai noté cette phrase de l’une de leurs chansons : « Nous sommes de ceux que l’on ne remarque pas, des fantômes, des transparents. » C’est ce que peut éprouver une génération qui pense que la société fait bien peu de cas de leur présence. Alors tous les moyens sont bons pour montrer qu’ils existent aussi ailleurs que sur les réseaux sociaux. Car pourquoi croyez-vous qu’ils s’affichent ainsi sur ces réseaux sinon pour exprimer leur besoin d’être reconnus comme existants !

Ce manque de perspectives, ce manque d’horizon, amène certains à se rapprocher des extrêmes pour fuir la morosité de leur vie par le choix d’étranges voyages : le voyage vers un ailleurs –  la fugue –, le voyage onirique – la drogue –, et le voyage sans retour – le suicide.  Parfois aussi cet engagement dans la violence de la guerre, dans les combats idéologiques et pseudo-religieux. Nous en avons de nombreux exemples en ce moment.

Alors, dans la grisaille de l’émergence des barres HLM, Pierre Perret fredonnait : « Donnez-nous, donnez-nous des jardins, des jardins pour y faire des bêtises. »

Oui, donnons-leur, donnons-leur des espaces pour entrer dans la belle aventure de la vie.  

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 4 commentaires

  1. Monseigneur, merci pour toutes vos interventions à destination de la jeunesse quelque peu déboussolée, qui cherche sa voie, sans la confiance nécessaire pour trouver et emprunter cette voie.
    J’ai écrit à votre secrétaire qui doit me prévenir dès votre retour à Gap, et fonction de vos disponibilités, il me sera très agréable de “bavarder” avec vous.
    D’ici-là, que Dieu vous bénisse et que Marie vous protège et vous garde éternellement.
    Très affectueusement votre. R. B. à Agadir.

  2. Le maître mot, pace, peace, paix, Salam, Shalom, etc…. en fin, MERCI!
    Tous ces plus ou moins “jeunes” se demandent ce qu’ils sont venu faire dans cette incarnation où il n’y a que le fric sâle qui compte, ce n’est tout de même pas le même pognon que l’argent que Monseigneur Difalco et les prêtres “collectent” pour les déshérités….
    “Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère, les soldats seront troubadours, mais nous, nous serons……, où? Dieu seul le sait…..
    Que le Créateur des poussières d’étoiles vous berce doucement.
    Un ordinaire.

  3. Les jeunes,….l’école pour eux, l’enseignement dans le contenu et dans la forme, est à côté de ce qui les intéresse, et, de plus, qui ne leur sert à rien, le plus souvent, car s’ils sortent de là parfois avec des connaissances mais ils ne savent rien faire ou pas grand chose…sauraient ils au moins lire, écrire et compter…s’exprimer et comprendre les autres !
    sauraient ils comment on fabrique leur assiette ?

  4. BONJOUR,

    Comme chacun j’ai été jeune, fille d’un père ouvrier er d’une mère “modiste”. Malgré tout les parents étaient très stricts sur la politesse, sur notre façon de nous conduire avec les “grandes personnes”. Ils n’auraient pas permis de nous voir avachis sur un siège de métro alors que des personnes âgées étaient debouts faute de place. Je ne parle même pas du vocaculaire et du non respect des règles élémentaires du code de la route ! non circulation à vélo sur les trottoirs par exemple. Je ne crois pas que c’est un jardin qui les ramènera à une vie de politesse : trop fatiguant ! Par contre l’école et ses carences, la fin du service Militaire ne sont pas étrangers à ces comportements de manque de civisme.

    Bien amicalement.

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