Dans sa chronique du dimanche 31 mai 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri revient sur le festival de Cannes.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Comme chaque année, des chrétiens étaient officiellement présents au Festival international du film à Cannes. Trop souvent, on oublie que, parmi les premiers cinémas qui furent créés, nombreux étaient des salles paroissiales. On allait, comme on disait alors, « au cinéma du curé », comme cela a été si joliment raconté dans Cinéma Paradiso avec le grand Philippe Noiret. J’ai connu ça lorsque j’étais adolescent et c’est ainsi que j’ai appris le métier de projectionniste amateur, on disait alors opérateur.

Depuis, les choses ont bien changé et si Monsieur le Curé n’a plus de cinéma, ce n’est pas pour autant que les chrétiens boudent le septième art. Présents officiellement au Festival par le biais du jury œcuménique ils contribuent à la promotion de films porteurs de valeurs dans lesquelles les chrétiens se reconnaissent.

Dans le passé, j’ai été responsable de l’Office catholique du cinéma, ce qui m’a amené pendant plusieurs années à participer au Festival, y compris parfois dans le jury œcuménique. Il arrivait fréquemment que l’on me demande : « Mais que font donc des chrétiens, et que fait un prêtre dans un tel lieu de perdition ? » Je récuse d’abord cette façon de juger le Festival, et puis… quand bien même ce serait un lieu de perdition, cela justifierait davantage encore la présence des chrétiens et celle d’un prêtre pour tendre la main à ceux qui risqueraient de se perdre.

En fait, le cinéma est un miroir. Un gigantesque miroir, celui de la société, celui dans lequel elle se regarde et se révèle. Comme au travers d’un verre grossissant, nous y découvrons ses désarrois, ses contradictions, sa grandeur et sa médiocrité, ses déchirements, ses folies et ses joies.

Les films primés cette année en sont le témoignage, qu’il s’agisse de Dheepan, un film réalisé par Jacques Audiard, dont la sortie est prévue le 26 août 2015, ou bien La Loi du marché de Stéphane Brizé, ou encore Mia madre de Nanni Moretti, primé par le jury œcuménique, et aussi La Tête Haute.

Écouter le cinéma nous parler de l’homme, c’est pour les chrétiens apprendre à mieux parler de Dieu à l’homme.

Derrière les flonflons de la fête, les paillettes, il y aussi les déceptions, les espoirs déçus et les doutes.

Dans le monde du spectacle, on peut être beau, jeune, riche, bourré de talent, au sommet de la gloire, vivre entouré, admiré, courtisé ; on n’en reste pas moins seul face à soi-même le jour où l’on découvre, avec brutalité, que l’on n’est pas aimé pour ce que l’on est mais pour ce que l’on représente, aimé pour ce que les autres croient que l’on est. Ce n’est pas la personne qui est aimée, mais le personnage. On n’est pas aimé pour ce que l’on est, mais pour ce que l’on paraît. C’est alors qu’il devient difficile de discerner la sincérité de ceux qui vous entourent, difficile de trouver qui sont les vrais amis.

Alors “Pourquoi dites-vous cela ?”, vous demandez-vous sans doute. Oh, c’est bien simple allez !

Cette recherche d’un amour désintéressé, sans calcul, ce besoin d’être aimé pour ce que l’on est, seul Dieu peut y répondre totalement, pleinement, car lui seul aime, en vérité.

Que nombreux soient autour de vous ceux qui se feront les témoins de cet amour-là.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. croassant

    MONSEIGNEUR,pour moi aussi c’était du bonheur le cinéma du curé et des sœurs au pensionnat,simple,joyeux et sans violence.Maintenant,le festival,trop d’ostentation,moins intéressant.Des fastes grandioses! Heureusement,peut-être des films superbes,de Jacques Audiard”DHEEPAN”,et MIA madre,primé par le jury œcuménique.A voir? MONSEIGNEUR,j’espère que le cinéma incitera le chrétien à mieux parler de l’homme et de DIEU et surtout moins de violence et de haine dans les films.Ou sont nos beaux vieux films? avec Jean Gabin,Philippe Noiret,Lino Ventura? Ils restent inoubliables.Merci pour votre chronique MONSEIGNEUR qui est loyale,ayant participé jadis au festival de Cannes comme responsable de l’office catholique,vous connaissez les rouages? Le monde du spectacle est une facette,un monde à part avec des joies et des déceptions.Homme et EVEQUE vous êtes un exemple dans tous les domaines.Comme le dit le Prêtre Guy Gilbert,un ami fidèle “tout lui réussissait” Votre devise,celle de l’Eglise “FIAT” le PARDON que vous avez partagé avec votre foi pour DIEU.Amitiés MONSEIGNEUR et priez pour moi,j’ai besoin d’être soutenue.ARLETTE

  2. Elisabeth Meyer

    Très beau film que “Cinéma Paradisio” avec un très grand acteur qu’était Philippe Noiret et que l’on ne peut pas oublier.
    Malgré l’intérêt que l’on peut y porter, le Festival de Cannes est un monde un peu superficiel et ostentatoire. Cela ne remet pas en cause la réussite et la beauté de certains films.
    Ce que vous décrivez est très juste. On peut être beau, riche, admiré, si l’on ne compte que sur ces critères on peut très vite tomber de son piédestal.
    L’amitié est un sentiment profond sincère et durable. L’amitié, ne s’achète pas, ne se monnaye pas, ne se décrète pas.
    Dieu veille sur nous avec toute son amitié.
    Bonne semaine

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