« Je ne suis personne et je m’en suis rendu compte aujourd’hui pour la première fois. » Ainsi commence la chronique du 12 décembre 2013 de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines sur les ondes de RCF Alpes Provence, sur les sites internet du journal Le Point et du sanctuaire Notre-Dame du Laus, et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

« Je ne suis personne et je m’en suis rendu compte aujourd’hui pour la première fois. […] Qu’ai-je donc fait d’intéressant dans la vie sinon de savoir que je ne suis rien ? Est-ce suffisant pour continuer à vivre dans ce bas monde ? » C’est ainsi que s’interroge l’écrivain portugais, Fernando Pessoa.
Virginia Woolf, dans son roman  Les vagues, qui aborde notamment la solitude, fait dire à l’un de ses personnages qui se retrouve au milieu d’une grande assemblée : « Mais ici, je ne suis personne, je n’ai pas de visage. »

« Moi,  je ne suis rien. » Si cette terrible phrase pouvait rester enfouie entre les lignes de quelques romans elle ne serait pas le sujet de cette chronique. Mais ce n’est pas le cas. En effet, lorsque je rencontre des personnes dans la rue qui me saluent, je leur demande de se présenter. Et ma tristesse est grande lorsque j’entends en guise de réponse : « Oh ! Vous savez, moi, je ne suis rien. » Encore tout récemment dans une lettre un monsieur me parle de son désir de paix sur la terre et  commence son courrier par cette phrase qui fait mal : « Moi qui ne suis rien. »

Quels sont les critères pour ne pas être « rien » ? Passer à la télévision ? Avoir une Rolex ? Être invité aux vernissages, aux inaugurations ? Etre conscient d’être tellement bête pour faire de sa bêtise une image de marque pour que les médias s’intéressent à nous ? « Allô, non mais allô quoi… »

Ce n’est pas le regard d’une caméra électronique qui nous fait exister à nos propres yeux et aux yeux des autres mais bien le regard que les autres portent sur nous. C’est le regard des autres qui nous fait prendre conscience de notre propre existence et qui nous révèle à nous-mêmes. Là est la souffrance de ceux qui ne sont pas regardés. Ceux à qui, comme le disait saint Vincent de Paul, on ne fait même pas l’aumône d’un regard.

Par notre regard, nous pouvons donner de la joie et de l’amour aux autres que ce soit la famille, le voisin, l’inconnu dans la rue, ce que nous faisons pour la société, pour une association, pour le vieillard de notre palier, les connaissances que nous transmettons à nos enfants, à nos neveux, notre présence, voilà le début d’une liste infinie de regards sur les autres qui a peut-être inspirée Victor Hugo quand il écrit : « Je ne suis rien, je le sais, mais je compose mon rien avec un petit morceau de tout. »
De même bien des mystiques disaient qu’ils n’étaient rien. Mais c’était pour mieux dire que Dieu était tout pour eux. Du coup, vivants de Dieu, ils étaient tout ! Et puis là tout récemment, le pape François, dans son récent texte pontifical, nous adresse ce message, je cite : « Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère l’amour infini et inébranlable de Dieu. »

Alors non, personne n’est rien, personne n’est personne. Et comme une image vaut mieux qu’un long discours,  je vous laisse pendant quelques instants avec un extrait du film d’Ettore Scola, La Famille. On se retrouve après.

[extrait du film]

Voilà, je pense que vous avez observé le dramatique changement du visage de l’enfant qui croit qu’il n’existe pas, qu’il n’est rien, parce qu’on ne le regarde pas, et parce qu’on ne le voit.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 4 commentaires

  1. Klao

    Merci Monseigneur pour toutes ces Chroniques toujours très simples mais très belles. Puissiez-vous être lu et entendu par le plus grand Nombre.
    Joyeux Noël .

  2. Nicole Grandidier Rambervillers 88700

    Merci père pour la chronique “je ne suis rien”… Après le décès du Père Vilnet.. Je me trouvais comme rien … je me retrouvais seule. Vos paroles me font du bien, en passant. Bon Noël chez vous et dans votre diocèse. Moi je serai en famille, et pour la première fois sans le père Vilnet… Merci. Nicole

  3. Grimaldi Marie José

    Pas très grave (pour les envois erronés) ! Merci Monseigneur, il est bon de rappeler les fondamentaux : regarder l’autre et lui sourire si possible . Il m’est arrivée d’avoir l’impression d’être absente de mon présent, fugitivement, mais cela me permet aujourd’hui, grâce à vous, l’importance d’un regard .

  4. Lafalla

    Merci Mgr pour cette chronique ; en attendant l’avènement du sauveur je me pose aussi cette question qui suis je ? Rien sans le seigneur, et lorsque l’on me demande comment vas-tu ? Très bien la foi ça conserve (avec le sourire) ; votre fidèle ami et comme vous le dites si bien à bientôt ; Éric

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