La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : “Je suis un arrière-petit-fils d’immigré !”

Dans sa chronique du 12 janvier 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, arrière-petit-fils d’immigré, s’exprime sur les réactions suscitées par la déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France : « Les élections municipales : une chance pour le bien commun ».

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines sur les ondes de RCF Alpes Provence, sur les sites internet du journal Le Point et du sanctuaire Notre-Dame du Laus, et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

« Di Falco, di Falco, votre nom est corse n’est-ce pas ? » C’est la question qui m’est souvent posée. Eh bien, non ! C’est un nom italien, et je suis un immigré de la quatrième génération. Mon arrière-grand-père croyant trouver en France de quoi faire vivre les siens, quitta Boscoreale, petit village au pied du Vésuve, pour aller vivre à Marseille où je suis né. Et j’entends encore les surnoms dont j’étais affublé à l’école : « Spaghetti, crapaud, babi et bien d’autres… »

Aussi je ne puis oublier mes lointaines origines en lisant quelques-unes des réac­tions que suscite la déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France : « Les élections municipales : une chance pour le bien commun ».

Deux passages ont particulièrement suscité des réactions, je cite : « Nous condamnons les discours populistes répandant la suspicion contre toute représentation politique. » Et plus loin : « La tendance à l’individualisme, à la perte du sens du bien commun et au rejet de l’autre, quand il est différent ou quand il vient d’ailleurs, nous inquiète. Souvent la peur puis la violence en sont les conséquences. Parfois même, des personnes ont le sentiment qu’elles ne sont plus accueillies là où, il y a quelques années encore, elles avaient toute leur place. »

Certains commentaires prouvent que les évêques n’ont pas eu tort de parler. Que critiquent ceux qui ne partagent pas notre foi, soit, mais quand il s’agit de chrétiens, de familiers de l’Évangile, parfois même de clercs, c’est à mon tour de m’étonner. Ce serait trahir le Christ que de ne pas proclamer, aujourd’hui encore, à temps et à contre­temps, son message d’amour pour tous, sans discrimi­nations de quelque sorte qu’elles soient. Et garder le silence serait le renier.

Les églises seraient-elles des lieux aseptisés, comme ces hôtels de luxe qui se dressent, avec arrogance à proximité des bidonvilles, et dans lesquels tout est organisé pour éviter aux touristes le contact avec la misère et la pauvreté ? Et les murs de nos cathédrales seraient-ils trop épais pour être percés par la clameur de ceux qui souffrent ?

Dieu parle aussi par les immigrés. Et si c’était le visage qu’il prend pour nous faire redécouvrir l’essentiel ? Alors que notre indifférence, voire notre mépris, ne donne pas toute son actualité à cette phrase du Christ : « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas. »

Voilà des propos bien impopulaires pour certains ! Et pourtant, citoyens de la terre comme tous, vous, les immigrés, avez droit à votre place au soleil, vous avez droit au bonheur, au respect et à la dignité, et en cela :

Oui, vous êtes nos compatriotes ! Oui, vous êtes nos frères !

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

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