La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : « Je vous fais cette promesse : la République française n’oubliera jamais » (François Hollande)
  • Post published:1 février 2015

Dans sa chronique du dimanche 1er février 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri évoque les camps de concentration et d’extermination. « Je vous fais cette promesse : la République française n’oubliera jamais » a dit le Président de la République française.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

« Nous ne pouvions pas vivre mais nous avons survécu », témoigne une des rescapées d’Auschwitz, lors des cérémonies du 70e anniversaire de la libération du camp d’extermination.

Ceux qui ont visité ce lieu connaissent le poids insupportable du silence qu’il impose, la terreur innocente des regards échangés, l’impuissance à imaginer l’horreur d’une souffrance ineffable.

« Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre ». Cette citation de Georges Santayana est exposée à l’entrée du premier baraquement que l’on visite. Alors, les survivants témoignent. Le Président de la République française dans son discours du 27 janvier aborde cette question du témoignage. Je cite : « Je sais ce qui vous tourmente : qui parlera, qui parlera des camps, qui parlera de la Shoah quand vous ne serez plus là ? Je vous fais cette promesse, qui est un engagement : la République française n’oubliera jamais […] »

La République n’oubliera jamais, et nous, ses membres, n’oublions jamais non plus le 1,1 million de personnes exterminées dans ce camp dont 1 million de juifs et combien de déportés, de tués, d’affamés, d’écrasés, de blessés, de détruits dans la quarantaine de camp de concentrations nazis ? Tziganes, Polonais, Russes, homosexuels, témoins de Jéhovah, handicapés, prêtres, peu de nationalités, peu de catégories de population furent épargnées.

En tant qu’évêque, je me dois aussi de parler de ces quelques milliers de prêtres déportés et pour certains exécutés dans les camps.

Les prêtres survivants témoignent de l’atrocité particulière avec laquelle ils étaient traités. Selon leurs dires, dans les camps, les nazis donnaient une semaine de survie pour les juifs, deux pour les prêtres et trois mois pour les autres. Les humiliations furent quotidiennes avec notamment la couronne de fils de fer barbelé qu’on leur mettait sur la tête. Le bienheureux père Kowalski fut frappé à mort car il refusa de piétiner son chapelet. Le cardinal Kozłowiecki, survivant d’Auschwitz, dit avoir un peu plus compris ce qu’a pu ressentir le Christ lors de son chemin de croix.

Sur les 2 720 religieux dont 156 français, regroupés dans le camp de Dachau, 1 034 n’en sortiront pas vivants. Guillaume Zeller, dans son livre La baraque des prêtres, Dachau, 1938-1945, parle de la grande charité de prêtres internés. Je le cite : « Les déportés sont décimés par une épidémie de typhus. Alors que SS et kapos désertent les baraques contaminées, plusieurs dizaines de prêtres s’y enferment volontairement, en toute conscience des risques encourus, pour soigner et consoler les agonisants. Certains en mourront. » Fin de citation.

Le courage de saint Maximilien Kolbe est également à souligner. En juillet 1941, suite à la disparition d’un détenu, les nazis choisissent dix hommes pour les laisser mourir de faim et de soif dans un sombre cachot. Parmi eux, un père de famille que le père Maximilien Kolbe se propose de remplacer. Après deux semaines de famine mais aussi de prière, le père est le seul survivant. Il sera exécuté d’une injection de phénol. Le père de famille mourra de mort naturelle en 1995.

Certains détenus d’Auschwitz clamaient, devant l’inhumanité de ce qu’ils vivaient, de ce qu’ils voyaient, que Dieu n’existe pas ou plus. Alors les témoignages d’amour de ces religieux mais aussi des justes, de ce que certains appelaient « bons nazis », de ces femmes et ces hommes qui par le bien combattaient le mal ne doivent eux non plus jamais être oubliés. Ils sont en tout cas pour moi le témoignage d’un espoir et d’un amour possibles au cœur même du désespoir.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 10 commentaires

  1. Leduc Guy

    Tous étaient des enfants de Dieu. Nul ne doit diviser ces martyrs du point de vue du nombre ou des religions tous avaient été enfantés par la volonté du Seigneur. Comment et pourquoi Dieu a t il été défié à ce point? Je crains que le temps efface le souvenir de cette monstruosité et que ceux qui nous succéderont sur cette terre par matérialisme enfouissent profondément et à jamais toutes les traces de ce génocide!

  2. Pépiot yves

    Monseigneur,
    Effectivement, nous ne pouvons pas oublier cette tragédie du 20e siècle. Et combien d’autres tragédies. Ce camp n’a t-il pas servi pour Staline pour punir les soldats qui furent prisonniers !!! D’autres tragédies : Indochine, Algérie, Vietnam, Argentine, Chili, Espagne de 1936 à la fin du règne de Franco, les peuples du printemps arabe, Syrie, Ukraine, et tous ces peuples fanatiques qui provoquent les attentats, dans le monde entier, et tuent lâchement des otages.
    Pour revenir à la Shoa et tous ces milliers d’humains détruits humiliés au plus profond de leur corps, l’Eglise n’a pas toujours bien réagi. Être diplomate oui. Mais avec de tels êtres humains que les nazis, je m’interroge, Monseigneur

  3. Delépine Victor

    Merci Monseigneur pour cette chronique qui m’a bouleversée.On pense toujours à l’extermination des juifs et on ne parle pas de ces 2720 religieux. Vraiment c’était l’horreur et il ne faut pas l’oublier. J’ai un oncle qui est mort dans ce camp. La raison de sa mort: Il était juif…….Plus jamais cela mon Dieu, je t’en supplie.
    Monseigneur vous êtes un homme bon et extraordinaire . Que Dieu vous bénisse.

  4. dietrich

    Bonsoir! Monseigneur,

    Bravo! vos propos sont justes !
    plus que parfait.
    oui! tous ont souffert sous le jouge nazis.
    L’Alsace aussi! nos familles certains y ont laissés leurs vies injustement.

    ce souvenir ! oui c’est bien! mais pour ceux qui restent dans ce douloureux souvenir, à jamais sont meurtris à jamais.
    prions! pour cela.
    cordialement.a bientôt!
    Francine.

  5. Martine GILHARD

    Merci !

  6. Grimaldi Marie José

    il est vrai que l’on peut croire que Dieu déserte certains lieux, mais il n’en est rien la preuve est faite , à nous de ne pas nous autoriser à oublier . Merci Monseigneur.

  7. anne charlotte Lundi

    La baraque des prêtres Dachau, 1938-1945
    de Guillaume Zeller
    De 1938 à 1945, 2 720 prêtres, religieux et séminaristes sont déportés dans le camp de concentration de Dachau, près de Munich.

    Regroupés dans des « blocks » spécifiques – qui conserveront pour l’histoire le nom de « baraques des prêtres », 1 034 d’entre eux y laisseront la vie. Polonais, Belges, Allemands, Français, Italiens, Tchèques, Yougoslaves : derrière les barbelés de Dachau, l’ « universalité de l’Église » est palpable.
    Plus d’info : http://livresenfamille.fr/p10646-guillaume_zeller_la_baraque_des_pretres.html

  8. Elisabeth Meyer

    Je vous remercie de rectifier ce qui suit:
    …Bien sûr, les rescapés nous ont apporté leurs témoignages…
    Avec mes excuses.

  9. Elisabeth Meyer

    Auschwitz-Birkenau, lieu de recueillement et de mémoire qu’il est impossible d’oublier. Bien sùr, les rescapés nous ont apportés leurs témoignages très précieux, mais demain effectivement qui témoignera ?
    Pour nos proches qui ne sont pas revenus, nous avons l’obligation et le devoir de transmettre, à nos enfants puis à nos petits enfants lorsqu’ils sont en âge de comprendre, cette mémoire.
    Quelle admiration j’ai pour ces prêtres qui ont sacrifié leur vie et ont souffert pour sauver leur prochain. Tout comme les Justes qui ont protégé des familles au péril de leur vie.
    “La République Française s’engage à ne jamais oublier”. Je le souhaite de tout cœur.
    Nous, N’oublions jamais. Prions pour que plus jamais les hommes ne basculent dans l’horreur.
    Monseigneur merci pour cette chronique qui est nécessaire et plus que jamais d’actualité.

  10. croassant

    MONSEIGNEUR tous les dimanches ma joie de lire vos chroniques pour passer un moment a vous regarder.Le sujet comme LES DEPORTES D’AUSCHWITZ d’une grande tristesse incommensurable!!!.la REPUBLIQUE N’OUBLIERA JAMAIS.IL faut l’éspérer.Des pretres courageux pour soigner le typhus alors qu’ils savaient qu’eux aussi allaient etre condaminés.QUEL COURAGE!.Vous MONSEIGNEUR vous etes UN JUSTE.Votre foi,votre amour pour DIEU pour le prochain tout ce que vous faites est un témoignage de réconfort et d’espoir pour l’humanité.Vos paroles sont réconfortantes.DIEU vous garde. ARLETTE

Les commentaires sont fermés.