La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : Le langage pour les nuls

Dans sa chronique du dimanche 16 novembre 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri aborde la question des nouveaux langages et des changements de comportements qu’ils révèlent.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Le phénomène de nouveaux langages issus d’une contre-culture ne date pas d’aujourd’hui. Le javanais ou langue de feu, le louchébèm et l’argot en sont des exemples historiques. Ce qui est nouveau c’est la cohabitation de ces derniers avec les moyens de communication modernes.

Les linguistes se sont affolés de voir notre noble langue défigurée, déformée, appauvrie. Les sociologues ont analysé le contexte dans lequel ces langages se sont constitués. Les enseignants ont tremblé devant les possibles conséquences de ces langages sur le niveau de français des élèves. Les parents ont dû baisser les bras devant l’incompréhension chronique des conversations de leurs enfants.

Pourtant, les linguistes savent très bien que la langue évolue et que les phénomènes de mode ne s’ancrent que difficilement dans les habitudes orales de tout un peuple. Les sociologues sont fascinés par la créativité et l’humour de ces langages tout en s’alarmant de l’aspect violent qui y est souvent présent. Les enseignants ont constaté que l’utilisation du langage SMS par exemple ne change rien au niveau de français des élèves et que ce sont même les meilleurs élèves qui déforment le plus la langue. Quant aux parents, ils vont sur les dictionnaires des langages des ados en ligne.

Cependant la situation peut devenir difficilement contrôlable. Au cours de l’audience solennelle de rentrée du Tribunal de Grande Instance de Gap, Madame le Bâtonnier avait indiqué qu’en décembre 2013 douze salariés ont été informés de leur licenciement économique par SMS. En novembre 2010 treize salariés ont été convoqués à un entretien préalable en vue de leur licenciement, également par SMS.

Le magazine Challenge dans un article intitulé « Comment décoder ce que disent les stagiaires d’aujourd’hui ? », parle de la génération Y qui supprime la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle et ce même dans le langage utilisé au sein de l’entreprise. L’article cite un exemple parlant : « Un jour une stagiaire a répondu au téléphone en disant « Wesh, c’est Lucie ! » Elle était tombée sur un patron du CAC 40. »

Le Bâtonnier confirme ce genre de pratiques : « Je reçois parfois 5/6 mails par jour d’un même client qui me pose une question par mail. Dans certains courriels, je me demande parfois si le client se souvient à qui il s’adresse ? » dit-elle consternée.

Si les personnes parlent moins entre elles, elles semblent paradoxalement s’exprimer davantage, partout et sur tous les sujets. Elles utilisent leur langage sans limite et sans réserve. Les journalistes sont à l’affût du moindre tweet, du moindre statut Facebook qui par manque d’autocensure à de grandes chances d’être polémique. Notre société devrait peut-être envisager le retour à la machine à écrire comme l’envisagent certains députés allemands pour contrer les tentatives d’espionnage.

« Que font les gens du temps qu’ils gagnent en tapant Cdlt au lieu de cordialement en fin de mail ? » demandait récemment un tweet. Peut-être devraient-ils utiliser ce prétendu temps gagné pour parler plus à leurs parents, à leurs enfants, à leurs voisins.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 7 commentaires

  1. Je ne suis pas sûre que nos ados, nos jeunes, futurs employés, dirigeants etc… savent encore écrire le français avec ponctuation, sans fautes… Les courriels reçus soit personnels soit en entreprise le confirment… Ils sont parfois indéchiffrables et même avec des mots simples ! On confond “mes” et “mais”, “et” et “est”…Alors les accords, la grammaire, il ne faut même pas en parler… Et l’écriture “SMS” n’arrange rien !

  2. j ai bien écouté ce que Monseigneur Di Falco a dit pour , ce qui est des Prêtres maintenant ou avant même si des années ont passées le Prêtre, reste le même a servir Dieu et a nous enseigne la religion surement que certaines choses ont changées mais les valeurs restent pareil en s engageant ils savent ce qu ils font ,bon courage a tous ces nouveaux Prêtres que Dieu les garde

  3. Bonjour Monseigneur,
    Excusez-moi Monseigneur, je vous fais part de mon commentaire par courriel. Moyen rapide mis à la disposition des peuples pour communiquer.
    Je regrette l’école communale où nous apprenions l’écriture avec pleins et déliers. Et je n’ai pas poursuivi cette belle écriture que nous retrouvions sur livret de famille, certificat de baptême, et de mariage il y a quelques decennies.
    Ces élèves qui ont maintenant des heures périscolaires pourraient se distinguer dans l’écriture, la culture, la cuisine, tous ces cours distribués dans les écoles libres et ménagères durant des années avant les réformes de 1968 et à chaque Ministre de l’Education nationale. Un peu de repos dans l’esprit de nos enfants serait le bien venu. Merci pour vos commentaires qui nous rappellent les choses simples de la vie.

  4. Merci Monseigneur, je suis vos chroniques toutes les semaines toujours très intéressantes et réalistes.
    Il est vrai que le SMS est très pratique utilisé à bon escient et bien orthographié, ce qui ne prend guère plus de temps qu’un abrégé souvent incompréhensible pour les non initiés ! Bonne continuation Monseigneur, que Dieu vous garde. Bien fidèlement

  5. il y a longtemps que je me suis posée la question, avec leurs abréviations les jeunes ne sauront plus écrire mieux que d’écrire sans faire de fautes. Je trouve que le courrier c’était plus chaleureux. Vous me direz “faut vivre avec son temps”, mais je regrette cette vitesse où tout est abrégé. Je ne sais ce que les lecteurs vont penser. Moi c’est mon avis.

  6. ben voilà, de quoi réfléchir : la question du langage est label d’humanité.

  7. Très belle chronique Monseigneur. Je ne comprends pas le langage des jeunes quand je vois certains messages. Je fais parti de l’ancienne génération et je n’ai été à l’école jusqu’à mon certificat d’étude. Je voudrais tant savoir écrire correctement. Maintenant je m’aperçois que la nouvelle génération emploi un langage trop facile. Vous le dites si bien “on devrait revenir au machine à écrire” . Il y aurait des pleurs pour la plupart des jeunes. Encore une fois merci Monseigneur.

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