La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri –  « L’Église en self-service »

Dans sa chronique du dimanche 6 décembre 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présente la manière dont certains traitent celles et ceux qui servent dans l’Église…

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

« – Bonjour, M’sieur-dame, qu’est-ce que je vous sers ?
– Eh bien je vais vous prendre deux intentions de messe, une absolution avec pour pénitence un signe de croix, ou à défaut un Notre Père, quatre à cinq minutes d’homélie pas plus et sans leçon de morale, ainsi qu’une formule comprenant le baptême de ma fille et la communion de mon fils. Et merci de me livrer le tout à la maison. »

Si l’accroche de cette chronique est volontairement provocatrice avec une pointe d’humour la réalité en est souvent proche et bien triste.

Certains considèrent l’Église comme une supérette ouverte le dimanche ; les prêtres, les diacres, les laïcs en mission comme des employés d’une entreprise qui doit se plier aux nouveaux comportements sociétaux du « tout, tout de suite et tout près de chez moi ».

Un prêtre de mon diocèse, curé de paroisse, m’a relaté quelques anecdotes. En voici quelques-uns :

« – Allô, Madame, pourquoi votre fils n’est pas présent au temps fort de la préparation à la première communion ?
– Vous comprenez, monsieur le curé, il a l’entraînement de pétanque et il n’a pas le temps de venir à cette préparation. Et de toute façon, il arrêtera le catéchisme après sa communion. »

« – Bonjour, mon père. Excusez-moi, mais nous ne pourrons pas venir à la préparation au baptême.
– C’est regrettable, il y avait pourtant plusieurs dates possibles…
– Mais enfin, vous n’êtes vraiment pas accueillant dans l’Église catholique ! »

« – Allô, Madame la catéchiste, combien de temps dure la messe des familles pour savoir quand je peux venir récupérer mon fils ? »

La liste est longue, mais j’arrête là. Ce sont ces attitudes-là qui sont souvent la cause du découragement de certains prêtres, et c’est à eux que je pense dans cette chronique.

L’Église se veut ouverte à tous et chacun y a sa place quel qu’il soit, mais certaines personnes se tournent vers l’Église pour consommer du religieux et s’étonnent donc qu’il y ait quelques exigences. Le catéchisme n’est pas l’équivalent d’un entraînement de foot du mercredi. La préparation au mariage n’est pas une formation de récupération de points. Quant à la messe du dimanche, elle n’est pas un péage d’autoroute pour le ciel.

Certains diront que mon propos ne fait que confirmer leur vision d’une Église fermée, obsolète, d’un autre temps, ringarde, arriérée, moralisatrice ; d’une Église moribonde à bout de souffle, qui n’accueille pas, n’écoute pas et ne comprend plus la société d’aujourd’hui. Alors il faut savoir ce que l’on veut. Si on la considère ainsi les demandes qu’on lui adresse sont vraiment paradoxales. Car pourquoi se tourner vers une institution que l’on n’aime pas ? Si on n’est pas pratiquants réguliers mais que l’attachement que l’on a pour l’Église est tel qu’il est important d’y vivre certaines étapes de la vie, alors il faut respecter ceux qui la servent.

Au fond, peut-être que je ne devrais pas m’étonner. Nous sommes dans un monde où tout le monde est tout. C’est le patient qui dit au médecin ce qu’il doit prescrire. C’est le parent d’élève qui dit à l’enseignant ce qu’il doit enseigner. Et c’est le chauffard qui dit au policier de quoi il ferait mieux de s’occuper.

Pour ceux qui continueraient à prendre l’Église pour une supérette, je leur propose d’aller en Angleterre où la chaîne de magasins Tesco s’est installée dans une ancienne église. Décidément, il y a de l’offre pour chaque demande !

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 7 commentaires

  1. Quelles vérités dans cette chronique. Jésus doit être bien triste de voir tout ceci. Mais soyons clair, ces comportements sont le reflet de notre société actuelle et ce dans tous les domaines.
    Nous avons rencontré le prêtre de la paroisse que nous ne connaissions pas lors du décès de mon père et lui avons demandé de venir prier avec nous à la maison. Malgré sa surcharge de travail, il a accepté volontiers. Nous n’étions plus seuls pour assumer notre immense chagrin. Ce prêtre a su trouver les mots pour nous réconforter, et prier avec nous.
    Nous avons besoin de l’Eglise et de nos prêtres. Les prêtres sont à notre écoute et nous devons les respecter, ce ne sont pas des “vendeurs”.

    Bonne semaine Monseigneur

  2. MONSEIGNEUR,en effet une chronique un peu pertinente et une pointe d’humour qui vous va si bien,intelligente! Le clergé doit subir le progrès,la rapidité dans tous les domaines,tout et tout de suite et à domicile.Mais le clergé,vous,les disciples de Notre Cher Pape,vous accomplissez votre mission en Bon Pasteur.Chacun,dans son Eglise locale à ses exigences,sa vie pastorale.Les mécontents,les grincheux,toujours les mêmes,les jaloux.Mon enfance à été bercée dans la religion et ma vieillesse la continuité,encore davantage de foi .Plus disponiple pour entrer prier calmement,paisiblement et surtout très écoutée par des Prêtres plus qu’attentifs,comme au Sanctuaire Notre Dame du Laus,un lieu unique près de Gap.L’Eglise est un lieu sacré que l’on doit respecter et honorer de notre présence en priant avec ceux qui nous protègent.Hélàs! MONSEIGNEUR,vous avez raison,le citoyen à l’heure du numérique est trop exigeant,avide de tout sans respect.Bonne semaine MONSEIGNEUR,sous le signe de la Miséricorde!

  3. tout ceci est bien vrai… et ne parlons pas du Sacré qui est devenu le domaine réservé des sectes…mais quel sacré?

  4. J’ai 62 ans et je me souviens du bon temps de mon enfance . Un seul Prêtre pour notre Paroisse. Le dimanche l’église était pleine . Les enfants du catéchisme étaient placés en avant après avoir fait valider leur carte de présence à la Messe.
    Notre Prêtre avait des journées chargées. Il ne rechignait pas à la tâche .Tout se passait très bien en ce temps là.
    Maintenant on est bien loin de cette époque si magnifique. Je suis un habitué de la messe dominicale et je ne retrouve plus rien de ma jeunesse où j’étais enfant de cœur.
    Mais je suis tout à fait en accord avec vous, Monseigneur. Dans votre chronique, il y a tant de vérités malheureusement……….

  5. Magnifique ces chroniques Monseigneur, et tellement justes.
    Je les sauvegarde et les envoie à mon curé ainsi que les homélies quand elles ne sont pas uniquement audio.
    Je vous souhaite de belles et joyeuses fêtes de Noël

    Geneviève GIBERT-REVERDY
    Présidente/Fondatrice Association St Roch
    Chargée Communication –
    Paroisse St Régis en Lézignanais
    http//www.saintroch-paraza.weonea.com

  6. Vous avez voulu que je m’attarde sur votre blog, eh bien !
    Vérité incomplète Mgr :
    Il est vrai que beaucoup sont superstitieux (fétiche)
    ex : chapelet dans la voiture et rameaux à la maison ; (sans confession, ni Messe, ni eucharistie)
    mais ; certains ministres sont tout aussi décourageants notamment dans ma région (concordat) ex :
    – obligation de fusion de 2 chorales => explosion
    – excès de coloriage et contraintes pour communion => mes 2 enfants non confirmés
    – 1 prêtre au moins de l’Eglise catholique ne reconnait pas que le mal existe et est prêt à marier des homos…
    – Sacrement de réconciliation négligé (dixit “non nécessaire”!!!)
    – non reconnaissance d’invalidité Messe si demi-présence et eucharistie si non confession depuis des décennies !!!
    – 1 prêtre exorciste pour 2 départements (débordé)
    – 1 évêque innacessible …
    Bon courage
    pace e bene Mgr

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