La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri –  Lorsque le tissu ecclésial maintient le tissu social

Dans sa chronique du dimanche 14 juin 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, à partir des réalités des Hautes-Alpes, parle du lien social qui se délite. Et les curés dans tout ça ?

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Les inconditionnels du 13h de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 ont en mémoire de nombreux reportages sur la dernière épicerie du village qui vient de fermer entraînant ainsi la disparition du point Poste, sur le dernier médecin de hameau qui vient de partir à la retraite, sur le livreur de pain qui ne passe plus suite à un accident et que personne ne veut remplacer, sur l’école de la commune qui vient de vivre sa dernière rentrée.

Ces sujets peuvent en faire sourire certains car ils y voient des cas isolés, dans des endroits isolés, et qui affectent des gens isolés. Un citadin sera autant affecté par ce type de reportage qu’il le serait par un fait divers dans un pays lointain.

Pourtant, ce ne sont pas des exceptions. Certains départements sont particulièrement touchés par ce phénomène de la disparition de tout ce qui constitue le tissu social. Quand on parle de la rupture du lien social, on parle souvent des chômeurs, des personnes âgées, des plus démunis. Cependant, cette rupture peut toucher des populations entières par l’absence de commerces, de transports, de services publics. Ces populations-là partagent avec les personnes citées plus haut le sentiment d’être exclues par ce qui devrait les rassembler : la France.

Si bien d’autres situations pourraient être citées, je cite celle que je connais à savoir les Hautes-Alpes. Ce département rural et montagneux souffre d’un isolement en termes d’accès. La fin dite « provisoire » de l’autoroute A51 dure depuis plus de quinze ans – un provisoire qui dure –, des trains circulent sur voie unique en direction de Marseille ou de Grenoble, de Valence, avec une vitesse moyenne d’environ 52 km/h, et maintenant le rapport Duron met une épée de Damoclès sur le train de nuit Briançon-Paris.

Nombreux sont les Haut-Alpins qui se mobilisent pour que ce train de nuit, dernier lien viable avec la capitale, ne finisse pas son existence dans le JT de 13h. Manifestations en gare, pétitions, veillée de nuit sur les quais. Les arguments avancés sont nombreux : l’environnement, l’économie, le tourisme, mais surtout l’égalité ou la solidarité d’accessibilité entre les territoires, la mission du service public, l’accessibilité aux publics en difficulté, la vie sociale et locale, bref le lien social.

Alors que les laïcards me pardonnent mais l’Église catholique semble être le dernier bastion qui malgré toutes ses difficultés essaie d’être présente partout où quelqu’un a besoin d’elle, le tissu ecclésial contribuant à maintenir le tissu social. Les milliers de kilomètres parcourus chaque année par les prêtres de mon diocèse en sont la preuve. L’importance de la présence, de l’écoute, de l’accès aux sacrements est la même pour un prêtre qu’il soit en face d’une église pleine ou devant une dizaine de personnes.

Que les intégristes de la laïcité soient attentifs. Ils se sont insurgés quand l’ancien Président de la République a affirmé que l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. Propos certes très imprudent, mais devant la rupture du lien social, devant le recul du service public, c’est peut-être le curé qui survivra à l’instituteur, l’épicier, le boulanger, le postier, et que sais-je encore…

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. Ne sommes nous pas responsables de cette désertification dans différentes régions de notre pays ?
    Une course effrénée vers toujours plus de rentabilité au détriment du bien-être des hommes et des familles.
    Quel lien social, lorsque l’on voit qu’un robot humanoïde “Asimo”, certes fascinant petit bijou de technologie, est destiné à accomplir des tâches en remplacement de l’être humain. Triste avenir!!!!
    Heureusement, comme vous le dites Monseigneur il nous reste les prêtres dont la présence, l’ écoute, les échanges, sont très importants et appréciés dans toutes ces régions désertées. Ils ne comptent pas leurs heures et c’est admirable.

  2. MONSEIGNEUR votre chronique du 14 juin.La France était belle au début,ce sont les gouvernements successifs qui ont fait sa dégradation.Pas étonnant que le chômage progresse.Plus de commerces,plus d’entreprises,tout est en faillite.Nous sommes à l’époque de l’image et on nous renvoie que des horreurs sur la vie sociale.Heureusement que la vie ecclésiastique est présente.La France,fille aînée de l’Eglise sera la protectrice des croyants chrétiens.Notre pays s’est bien construit autour de la foi catholique,mais il faut un lien avec les politiques.Le droit au travail,le droit à la dignité et un bon fonctionnement gouvernemental.La France à un patrimoine religieux exceptionnel mais ne peut agir seul.A quand le changement?MONSEIGNEUR bon courage avec notre Cher PAPE qui décoiffe et heureusement.

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