La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : Mêlez-vous de vos oignons !

Dans sa chronique du 2 février 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri répond à ceux qui veulent museler les chrétiens. 

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus,

et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Voilà ce que nous pouvons lire dans l’article XI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

« Mêlez-vous de ce qui vous regarde », « Vous feriez mieux de vous occuper de vos ouailles », « Votre regard est biaisé de par votre religion », « Nous sommes dans un pays laïc alors laissez-nous tranquille avec vos histoires ». Au regard de ces quelques interpellations parmi tant d’autres qui me parviennent régulièrement à la suite de ces chroniques, je me demande parfois si le droit, cette liberté d’expression, n’est réservé qu’aux non-croyants.

Ainsi, les croyants et pire un homme d’Église comme moi, nous n’aurions pas le droit, au nom, d’une certaine conception de la laïcité, de parler du mariage, du racisme, de l’euthanasie, des élections, de l’environnement, de la situation sociale, de la vie et de bien d’autres sujets. Non pas pour tenter d’imposer une façon de penser mais pour apporter une contribution aux débats, pour faire entendre notre point de vue. Alors pourquoi n’en aurions-nous pas le droit ? Parce ce que notre opinion dérange ? Parce qu’elle n’est pas en accord avec une certaine idéologie ? Ou bien parce que nous sommes incompétents ? Parce que nous serions des citoyens de catégorie inférieure ? Parce que notre foi nous imposerait un prêt à penser ? Et sur ce plan-là, d’ailleurs, nous ne saurions pas les mieux placés. Et si c’était tout simplement, parce que nous sommes croyants que nous devrions nous taire.

Au passage, je cite cette parole du Christ : « Si mes disciples se taisent, ce sont les pierres qui crieront. » (Luc 19, 40)

Au risque de faire peur à certains, je dois vous dire que les croyants font partie à part entière de la société et sont partout autour de vous. Votre boulanger est peut-être croyant. Votre voisin fréquente peut-être l’Église, la mosquée ou la synagogue ; le journaliste que vous lisez ou regardez dans les médias, le banquier à qui vous avez confié votre argent… J’ai presque des frissons quand je pense que votre médecin récite peut-être une prière le matin ou le soir, ou que le maire ou le député que vous avez élu s’est marié à l’église. Pourtant eux aussi ont des opinions et les expriment. Ces opinions sont le résultat des connaissances, des expériences, des rencontres, du savoir et aussi des croyances, quelles qu’elles soient.

C’est ce que nous rappelle le pape François : « Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de saint François d’Assise et de la bienheureuse Teresa de Calcutta ? Ils ne pourraient l’accepter. Une foi authentique – qui n’est jamais confortable et individualiste – implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la terre. » (Evangelii Gaudium, n. 183)

Alors, si les croyants ne peuvent pas apporter leur pierre à la réflexion sur les grands débats de société dont ils sont membres, je ne vois que deux solutions.

Soit nous devenons schizophrènes dans nos paroles en sélectionnant ce qu’on peut dire à l’un et ce qu’on ne peut pas dire à l’autre. Soit tous les croyants se taisent et il ne restera plus qu’un milliard de personnes sur les 7 milliards que compte notre planète pour parler entre elles.  

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 12 commentaires

  1. bonjour! Monseigneur,
    Avec un grand OUi!..
    qu’ils se mêlents de leurs oignons!
    et balayent devant leurs portes parce que il doit y en avoir des saletées,
    qu’ils se soucis de leurs affaires et arrêtent de nous dicter à nous chrétiens notre ligne de conduite,, oui! exprimons nous agissons dans le bon sens, voilà notre unitée et notre force! Bravo! nous vous aimons et aimons votre vérité et votre franc parler et seront toujours a vos côtés! Dieu vous garde!
    Grand merci! Francine

  2. Merci MONSEIGNEUR DI FALCO ,c’est toujours un plaisir de suivre vos discours .Je suis croyante ,j’aime notre seigneur et il est toujours avec nous quoi qu’il arrive dans le joie comme la tristesse .Je n’ai pas honte de dire que je prie cela surprend souvent ,mais c’est mon choix merci à vous amicalement yvette de nouméa

  3. Oui Monseigneur, nous avons besoin de votre voix et de nous donner votre éclairage sur notre monde. Merci et surtout continuez.

  4. Merci mon Seigneur pour cet encouragement , ne pas se laisser “museler” parceque nous sommes croyants ! Oui osons dire que par notre Baptême nous sommes Enfants de Dieu .

  5. “occupez vous de vos oignons” voilà notre proclamation et/ou la réponse à envoyer à ceux qui affirment n’importe quoi, hors des réalités de la vie et du monde de la terre.
    Qu’ils ne nous enquiquinent pas !
    Notre liberté reste entière
    Ce sont des totalitaires !

  6. Oui osons dire qui nous sommes. Quelle est notre foi.
    que la source en est u Dieu AMOUR

  7. Merci pour cette intervention, Monseigneur Di Falco ! J’apprécie beaucoup.
    Continuez !
    Fraternellement.
    Martine GILHARD.

  8. Merci Monseigneur pour cette belle analyse.
    Je voudrais juste apporter un peu d’optimisme : tout ce que vous dîtes est bien réel à l’échelle de la nation, de la région, probablement aussi du diocèse. Cependant je dois vous avouer que je le ressens beaucoup moins sur le plan local, paroissial. Je suis catho, j’essaie de m’exprimer en tant que catho et j’ai souvent l’impression que les gens, notamment les non-croyants seraient surpris qu’il en soit autrement ! J’ai même l’impression que c’est ainsi que l’on me respecte même si de temps en temps on « m’attend au virage » !
    Je viens de visualiser le dessin de la semaine du « lapin bleu » (www.lapinbleu.over-blog.net) que vous hébergiez autrefois et auquel je suis restée fidèle. Je ne peux m’empêcher de le rapprocher de votre texte : notre faiblesse la faiblesse des croyants, aujourd’hui (je cite) « est en réalité une grande force aux yeux de Dieu » ! Cela me fait aussi penser à votre devise épiscopale …
    Alors : courage à nous tous !

  9. Un évêque parle jour et nuit et sait fort bien ne pas se taire. Ainsi aussi des croyants qui n’hésitent pas à « mouiller la chemise » Mais tous ne s’expriment pas. Des « hiérarques » et des laïcs ne sont-ils pas amenés par tempérament ou scepticisme à coudre eux-mêmes une fermeture éclair sur leur bouche ? Les juger n’est pas de propos mais puis-je rappeler ici ce qu’écrivait Georges Sand dans « Histoire d’une vie » en 1855 : « Faire taire la liberté de presse, les lois; faire taire la raison, le bon sens; faire taire sa conscience, sa douleur, sa mélancolie, son ressentiment, ses remords, ses scrupules. La bourgeoisie fit ce qu’elle a toujours fait depuis, elle manqua de principes et fit taire ses croyances ou ses sympathies en présence de ses intérêts ». Ce n’est pas votre cas ni celui de nombreux croyants. Monseigneur vous avez raison dans votre intervention de ce jour, mais rien n’est simple, vous le savez. Ce commentaire ne met pas en cause votre méditation mais essaie de la compléter en l’éclairant d’un autre aspect. Merci d’avoir parlé bouche ouverte !
    Ceux qui partagent votre croyance se souviendront des paroles de celui qui conduit leur vie : «Que votre oui soit oui ; que votre non soit non!» «Vous serez mes témoins.»
    Cordialement.

  10. Voila un discours qui réchauffe le cœur, bravo Monseigneur!

  11. Monseigneur, continuez vos rubriques avec votre franc parler, nous avons besoin de vous, vous nous faites beaucoup de bien.Croire en DIEU, ne veut pas dire être muet!!! à bientôt

  12. ouf ! voilà un homme courageux. Il est temps de faire cesser ces atteintes aux libertés essentielles de l’homme : sa capacité de s’exprimer.
    Amoindrir l’homme en lui imposant par la pression, éventuellement…pourquoi pas ?…par….comme le font les “totalitaires”, la presse parfois, comme l’ont fait les soviétiques – que j’ai bien connus pendant 20 ans – comme le font les francs maçons (du GO) et, actuellement, les socialistes qui ne représentent, au pouvoir, qu’à peine un quart des électeurs…qu’ils ‘occupent de leurs oignons !

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