Dans sa chronique du dimanche 17 janvier 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle du religieux en politique.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Certains d’entre nous se souviennent sans doute du tonitruant « Messieurs de la prêtrise, occupez-vous de vos oignons » de l’Amiral de Joybert. C’était en 1973 en réponse à quelques évêques qui avaient pris position contre la politique nucléaire de la France.

Tout récemment des dirigeants du Front National accusaient les religieux, je cite, « d’invectiver le débat public ». Déjà dans le passé le fondateur du Front national polémiquait avec les cardinaux Lustiger et Decourtray, avec Monseigneur Duval, alors président de la Conférence des évêques et moi-même leur porte-parole. Les uns et les autres étaient accusés de faire de la politique suite à certaines déclarations. Il y a peu de temps encore la présidente du Front National déclarait : « Les curés devraient rester dans leur sacristie. »

Selon les circonstances on va reprocher aux évêques de trop parler et dans d’autres de rester trop silencieux. Si le sujet ne touche que des questions purement politiques, les évêques s’abstiennent en général d’intervenir. Ils ne se prononcent jamais en faveur ou contre tel ou tel candidat.

En revanche lorsque la dignité de l’homme est mise en cause, c’est le cœur du message évangélique qui est remis en cause. Rien n’est plus sacré que la dignité de l’homme. Son respect est une exigence pour un chrétien : on peut faire tous les programmes politiques que l’on voudra, à droite comme à gauche, à condition que l’homme soit placé au centre et que sa dignité soit respectée. Lorsque ce n’est pas le cas, c’est le devoir d’un chrétien, qu’il soit laïc, prêtre ou évêque, de le dénoncer. Il ne faut pas oublier par ailleurs qu’avant d’être prêtres, religieux, religieuses ou évêques, ce sont des citoyens. Ce à quoi les catholiques sont invités à faire avant une échéance électorale, c’est mettre en vis-à-vis les programmes politiques et l’Évangile et de voir celui qui s’en éloigne le moins, ou si vous préférez, qui s’en rapproche le plus avant de mettre leur bulletin dans l’urne.

Si s’élever contre les injustices, si dénoncer les mauvais traitements dont sont victimes les étrangers, si s’opposer à ce que l’on stigmatise telle ou telle catégorie de population, c’est faire de la politique, eh bien, les curés, comme ils disent, continueront à faire cette politique-là ! Et ce n’est pas demain qu’ils resteront enfermés dans leurs sacristies ainsi que le voudraient certains.

Les plaidoyers pour la liberté d’expression ne sont pas réservés à certains mais valables pour tous. C’est de cette liberté-là qu’usent les curés lorsqu’ils prennent la parole pour prendre part aux débats.

Est-ce que le pape François fait de la politique ? Sans doute, dans l’esprit de certains, lorsqu’il nous invite à aller vers ceux qui sont loin, à sortir de nos sacristies et de nos églises pour rejoindre ceux qui souffrent et dont le cri ne parvient pas à franchir les murs épais de nos églises.

Alors, cher pape François, message reçu cinq sur cinq : nous ne resterons pas dans nos sacristies.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 3 commentaires

  1. Mme Soucry

    n’en déplaise à certain Mgr di Falco s’occupe de nos oignons et heureusement

  2. croassant

    Bravo!,Monseigneur,courageux et téméraire,ma devise pour vous. La liberté d’expression,la même pour tous.Les ecclésiastiques,sont des citoyens avant tout et s’ils sont attaqués dans leur fonction,ils réagissent respectueusement. Les traditions confortables du passé,ont fait leur preuve,des vies sauvées par l’Eglise.Monseigneur,un Evêque mediatisé,qui défend son Dieu,son Diocèse,ses Eglises,vos convictions personnelles suscitent des réactions diverses.Ceux qui protestent qu’un Evêque puisse penser autrement que la pensée dominante.Vous êtes notre défenseur,votre stratégie est la bonne,sans “langue de bois”.Sortez de votre sacristie,allez dans les périphéries,comme le conseille notre Cher Pape,prêcher l’Evangile de Dieu qui est miséricordieux,dénoncer les injustices et les remettre dans leur contexte et redonner à l’Eglise sa vraie valeur chrétienne.Le Christ n’est pas venu pour abollir la loi,mais pour l’accomplir!. Merci Monseigneur,de nous protéger et continuez de nous éclairer sur le droit chemin de la paix. “La Paix du Seigneur soit toujours avec nous”. Bonne fin de semaine,Monseigneur,et bon courage pour oeuvrer

  3. Elisabeth MEYER

    Fort heureusement, les Ecclesiastiques qui sont des hommes ou des femmes avant tout sortent de leurs sacristies et s’adressent au plus grand nombre chrétiens ou non pour donner leur point de vue politique avec en parallèle l’Evangile.
    Imaginons qu’ils restent dans leur sacristie comme certains le demandent, ils ne partageraient leur manière de penser que dans un cadre très restreint. Est ce cela la liberté d’expression qui nous est si chère ?
    S’ils étaient restés dans leur Sacristie, n’avaient pas résisté dans les périodes dramatiques de notre histoire pour ne pas contrer certaines politiques ; Combien de personnes n’auraient pas été sauvées ? ils ont pris des risques en sortant de leur sacristie le plus souvent au péril de leur vie.
    Aujourd’hui encore, ils n’hésitent pas à prendre des risques, à dire çe qu’ils pensent pour réveiller les consciences.
    Nous pouvons leur dire Merci, et qu’Ils continuent à nous ouvrir les yeux en mettant en parallèle la politique et l’Evangile. Notre cher pape François en est un parfait exemple.
    Bonne semaine Monseigneur.

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