La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : plaidoyer pour un minimum de culture religieuse

Dans sa chronique du 19 janvier 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri aborde la question du manque de culture religieuse des jeunes.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus,

et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Connaissez-vous Milan ? Et plus particulièrement « Il Duomo » c’est-à-dire la flamboyante cathédrale. En plein cœur de la ville, à deux pas de la Scala, la Piazza del Duomo est un lieu où les Milanais aiment à se retrouver. L’intérieur de la cathédrale est également très animé et accueille tous les jours des centaines de visiteurs.

Cela ne pose pas de problème à l’intérieur, parce que la surface au sol de la cathédrale est de 12 000 m2. 108,50 mètres séparent le sol du sommet de la coupole centrale. Cela pour vous donner une idée des proportions. Les travaux de construction ont débuté en 1386, et c’est en 1577 que la cathédrale a été consacrée, bien que n’étant pas encore complètement achevée.

Mais ce lieu cache beaucoup d’autres richesses. Sous la place se trouvent les vestiges du plus ancien baptistère du Milan chrétien. C’est là qu’au cours de la nuit de Pâques de l’an 387, saint Ambroise, alors évêque de Milan, baptisa saint Augustin.

Il y a quelques temps me trouvant à Milan je suis une nouvelle fois retourné à la cathédrale. Des personnes de tous âges se trouvaient là, quelques-unes pour prier, beaucoup en touriste. Et de très nombreux groupes de jeunes arrivaient par vagues, déversées sur la place par des autobus qui se succédaient.

Ce qui m’a peiné, en écoutant les conversations de quelques-uns de ces jeunes, c’est qu’ils se comportaient comme s’ils visitaient, pour la première fois, un temple bouddhiste ou bien l’Acropole. Ils étaient curieux, certes, très curieux, mais tout à fait ignorants du lieu dans lequel ils se trouvaient et de ce qu’ils voyaient, et de la manière de se comporter dans une église.

Je m’empresse de rassurer nos amis italiens : ce que je dis là est valable aussi pour les jeunes Français qui visitent, chaque jour, en groupes scolaires, Notre-Dame de Paris, où de nombreux efforts sont faits pour les accueillir et les éclairer sur ce qu’ils découvrent peut- être pour la première fois.

De même, non loin de ma ville de Gap, se trouve une abbaye avec de vrais moines, en chair et en os ! Eh bien quand des jeunes viennent visiter l’abbaye, ils sont tout surpris de voir que la vie monastique est encore possible au XXIe siècle. Et ces moines me disent aussi que certains touristes n’hésitent pas à s’avancer jusque sous leur nez pendant les offices pour les photographier.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous raconte cela. Parce qu’en faisant ce constat, j’ai éprouvé de la tristesse. Sans aborder cette question sous l’angle de la foi, je le précise, je pense que ces jeunes seront culturellement handicapés sans quelques connaissances bibliques. Ils seront privés des clés de lecture qui leur permettront de comprendre la société dans laquelle ils vivent. Sans un minimum de connaissances religieuses, je le répète, je ne parle pas ici de la foi qui se situe à un autre niveau, ces jeunes seront privés de pans entiers de notre culture : qu’il s’agisse de l’architecture, du théâtre, de la musique, de la peinture, de la sculpture, tant d’œuvres d’inspiration religieuse ! 

Alors, espérons seulement que la découverte de la beauté les pousse à aller plus loin, et peut-être même à s’ouvrir à la foi. Les jeunes se construisent à partir de ce que nous leur transmettons. C’est donc à nous de nous interroger, à nous de leur transmettre les clefs.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 7 commentaires

  1. Cet article me touche profondément car je constate cela ,et m’en inquiète. Il en est de même dans beaucoup de familles, où les bases de notre culture chrétienne ne sont plus données aux enfants et personne dans l’entourage ne vient combler cette carence de l’environnement familial.

  2. Votre témoignage reflète très justement la situation des jeunes aujourd’hui vis-à-vis de la culture religieuse, les familles athées et les professeurs également ne font plus suffisamment passer l’importance de tout ces magnifiques patrimoines que nous a laissé l’Eglise, qui sont également des témoignages du vécu de la foi des générations précédentes .
    En tant que catéchiste (sur Tallard) j’accompagne régulièrement les enfants à l’église, et j’insiste particulièrement sur la présence du Christ par l’hostie consacrée dans le tabernacle, pour moi, tout part de cette présence si nous voulons rencontrer Dieu dans notre vie. Nous semons seul l’Esprit du Seigneur fait le reste. Puisse tous ces jeunes qui visitent ces cathédrales être effectivement touchés par la présence de notre Seigneur, et porter alors un regard différent sur la vie.

  3. Bonjour,
    Est ce que quelqu’un sait si l’invitation a été honorée?
    Si ces messieurs sont allés à la messe de Noël?
    Merci

  4. Vous etes monseigneur dans le vrai et je partage vôtre point de vue

  5. merci pour tout ce travail de reportage de l’ordination de Michaël, pour cette célébration d’ordination et pour tout ce que nous avons entendu qui nous a réjouis le coeur.
    chantal

  6. Bonjour,

    Je partage l’avis de Mrg DI FALCO concernant l’attitude de certains jeunes dans les lieux sacrés que sont les cathédrales et autres édifices religieux. L’enseignement laïque est tellement axé sur la neutralité religieuse qu’il prive ces nouvelles générations de ce qui a fait la France. D’où votre constat navrant.

    A bientôt et amicalement.

  7. Très juste, Monseigneur, nous sommes les “passeurs” encore faut-il avoir quelque chose à transmettre, quelque chose d’autre qu’un désir de réussite sociale, un bon job, un bon salaire, une bonne santé, de belles vacances , le dernier et le plus sophistiqué des jeux électroniques . La nourriture spirituelle, intellectuelle même, sans qu’il soit question de “Foi” passe à la trappe faute de temps. Il est bon de rappeler que sans la culture la réussite est vaine . merci monseigneur.

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