Dans sa chronique du dimanche 1er novembre 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri parle de la Toussaint sous l’angle des prénoms que nous portons.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour.

« Je suis Kevin. Un Kevin ne peut pas, n’a pas le droit d’être un intellectuel. Il peut être prof de musculation, vendeur d’imprimantes, gérant de supérette, mais intellectuel – impossible. Par son prénom même, Kevin indique une extraction bassement populaire. […] Connais tes limites, Kevin !… Tu ne dépasseras jamais le mollet. » Peut-on lire dans le dernier ouvrage de Iegor Gran, La Revanche de Kevin.

Donner son prénom, c’est bien souvent, la première chose que l’on fait lorsqu’on doit se présenter. À la différence du nom de famille, le prénom ne change pas après le mariage et nous le gardons toute notre vie. Lorsque qu’un inconnu nous demande notre patronyme par téléphone ou dans un commerce nous nous méfions un peu, alors que partager notre prénom nous est plutôt banal.

Le prénom que nous recevons peut définir le milieu social de nos parents, leurs goûts, leurs centres d’intérêts, leurs origines, leur religion. Ainsi, en 2014, environ 20 % des Agathe, Gabrielle ou Apolline ont reçu la mention « Très bien » au bac contre 2 % des Mégane, Dylan et Jordan.

Les stéréotypes attachés à tel ou tel prénom, la connotation qu’il a dans la société, peuvent avoir des influences sur le regard des autres, sur l’accès à l’emploi, sur l’intégration dans tel ou tel milieu. Un Kevin à l’Académie française pourra surprendre. Une Marie-Hortense, ou un Brice Édouard dans une famille d’agriculteurs est pour le moins peu courant.

Depuis 1993, l’officier d’état civil ne peut s’opposer au vœu des parents de donner à leur enfant un prénom qui n’est pas dans le calendrier. Pour éviter les dérives, il peut cependant aviser le Procureur de la République, qui lui, pourra interdire des prénoms qui vont contre l’intérêt de l’enfant, comme Tarzan, Lucifer ou Nutella.

Alors, en ce jour de la Toussaint, permettez-moi de rappeler à votre bon souvenir le grand éventail de prénoms qui nous est proposé par les saints. En juin 2014, Monseigneur Jean-Louis Bruguès partageait sa tristesse dans une homélie. Je le cite : « Quand j’étais évêque d’Angers et que je recevais à ce titre la liste des enfants baptisés dans le diocèse, j’éprouvais parfois une grande tristesse. Pourquoi tant de prénoms insignifiants ? Le calendrier chrétien ne ferait-il plus recette ? Pourquoi cette ombre immense portée sur nos saints ? [Choisir le prénom d’un saint ou d’une sainte pour son enfant] c’est lui donner un frère ou une sœur aînés dans la foi, dans l’histoire, dans l’avenir.»

On ne peut grandir sans racines, et croyants ou non croyants nous sommes à la recherche de savoir d’où vient notre prénom, ce qu’il signifie, quelles ont été les personnalités qui l’ont porté. Pour preuve, le commerce bien-portant de tous les mugs, plateaux, affiches et autres attrape-poussière à l’effigie de notre prénom. Il est agréable de se voir souhaiter notre fête et de voir ce jour où notre prénom est à l’honneur.

Mais peut-être, après tout, peu importe. Pour renouveler les prénoms chrétiens, on a un temps transformé en prénom les patronymes de saints, comme Xavier, Chantal, Vianney, Foucauld. Et voilà qu’avec le fleurissement de tant de nouveaux prénoms, nous aurons à l’avenir pleins de nouveaux prénoms chrétiens… si un jour des Noa, Etan, Lilou, Oceane viennent à être canonisés !

Mais surtout n’oublions pas le plus important. Dans le livre du prophète Isaïe on peut lire comment Dieu s’adresse à chacun de nous : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es mon enfant, tu comptes beaucoup à mes yeux, tu es précieux pour moi, et je t’aime. »

Au fait, et vous, quel est votre prénom ?

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 4 commentaires

  1. Salvador

    Bonjour
    .
    Les prénoms anciens peuvent poser problèmes suivant l’officier d’état civil pour l’enregistrer
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    Un exemple vécu, le prénom Jaime, qu’on trouve dans des anciens registres paroissiaux, et même comme toponymes dans la région,
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    Au moment de l’enregistrement pour un acte de naissance, ce prénom a faillit être refusé, la personne s’est rappelée un poète hispanique sud américain avec ce prénom, et l’a acceptée
    .
    Effectivement dans les pays hispanique ce prénom est encore utilisé, il correspond à Jacques,
    .
    Avant l’an 1000 il s’écrivait Jacqmes, le « cq » fut amalgamé par un « y », plus tard par « i » en perdant le « s » final, ne pas oublier qu’on simplifiait « l’ortografe » pour écrire plus rapidement
    .
    Bonne journée

  2. croassant

    MONSEIGNEUR,nous devons tous être satisfaits de notre prénom,parfois ne convenant pas à notre personnage.Le choix d’un prénom ne réside pas qu’à nos convictions,mais à l’Amour avec lequel on le choisit et on le donne.Bien souvent par rapport à un événement qui nous a marqué,et même s’il est original on retrouve toujours sa signification et son patron.Sinon,MONSEIGNEUR,on le fête le 31 10,”Ste Halloween” fête de tous les saints.DIEU nous appellera toujours par notre prénom et nous aimera comme son enfant.Bonne semaine MONSEIGNEUR à Lourdes avec les Evêques de France et bon courage!

  3. Delépine

    Merci Monseigneur pour votre chronique. Je porte comme prénom ” Victor, comme mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père”.
    J’ai aussi un fils qui se nomme Victor. J’attends toujours après le cinquième Victor, mais mon fils m’a dit que ce prénom était un nom de chien, ce qui ne me fait pas plaisir du tout.
    Je suis en accord avec vous Monseigneur, je regrette le temps où on devait donner le prénom d’un Saint à un enfant. C’est devenu n’importe quoi tous ces prénoms qu’il m’est parfois difficile à retenir.
    Que Dieu vous bénisse Monseigneur….

  4. Elisabeth Meyer

    Le choix des prénoms était dans le passé et dans certaines régions de France assez simple. Les prénoms étaient transmis de génération en génération à quelques exceptions près. Puis vint le temps du choix de prénoms de séries américaines par exemple ou plus insolite : Il y a une dizaine d’années, j’ai ainsi découvert dans un état civil la naissance d’une petite fille prénommée “Megane Renaud”.
    Aujourd’hui, la tendance est de revenir à des prénoms plus classiques et anciens.
    Mais il est vrai que quel que soit son prénom Dieu nous aime sans aucune différence et quel que soit notre milieu social. Dieu sera plus attentionné pour les plus pauvres.
    Monseigneur Bonne semaine à Lourdes. Priez pour nous.

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