La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri –  S’envoler du nid de ses propres ailes ou en tomber par désespoir ?

Dans sa chronique du dimanche 24 mai 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri décrit les alternatives qui se présentent aux jeunes : s’envoler du nid de ses propres ailes ou en tomber par désespoir.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Il y a quelque temps, dans la série de ces chroniques, je vous parlais de certains de ces jeunes qui s’ennuient, sans passion, parfois même sans amis, et qui passent la plupart de leur temps les yeux rivés à leur téléphone ou à leur ordinateur à la recherche de ce qu’ils ne sauraient pas définir eux-mêmes parce que l’infini ne se définit pas.

Je faisais le constat de ce vide, de ce manque de rêves, de projets, d’horizon qui les amène dans certains cas à se rapprocher des extrêmes, qui les pousse vers trois types de voyages à risque : le voyage pour fuir : la fugue ; le voyage onirique : la drogue ; le voyage sans retour : le suicide.

Il ne s’agit pas de les blâmer, mais d’entendre leur cri.

Oh ! Ils n’ont pas besoin d’aller combattre en Syrie pour faire partie de ceux que la société a abandonnés, qu’elle a laissés partir. Dans un article intitulé « Tombés du nid », Florence Aubenas parle de ces jeunes de 18 à 25 ans devenus SDF. Le nombre de ces sans-abris tout juste sortis de l’adolescence connaît une croissance sans égal. Trop jeunes pour le RSA, sortis depuis trop longtemps du système scolaire, trop marqués par la détresse pour croire qu’il est possible de s’en sortir.

Et cependant, au milieu de ces situations qui nous accablent, devant notre incapacité à répondre aux attentes de cette jeunesse, nous pouvons retrouver un peu d’espoir dans le témoignage de ces jeunes qui ont franchi les frontière de l’hexagone non pas pour faire le djihad mais pour se dépasser, se découvrir, se donner et donner un sens à leur vie.

Voici deux exemples de jeunes du département des Hautes-Alpes.

Tout d’abord Nathan de Briançon qui, après avoir fini ses études à l’École supérieure de Traduction et de Relations internationales à l’Université catholique de Lyon, a décidé de partir à l’aventure. Cela fait neuf mois qu’il a quitté la France pour traverser l’Europe puis l’Asie avec uniquement des moyens de transport terrestre. Il est arrivé au Vietnam après avoir foulé le sol de quinze pays, soixante grandes villes, et fait une quantité incalculable de rencontres, accumulé souvenirs et d’anecdotes. Il livre ce témoignage à la fois simple et profond : « Je suis quelqu’un d’optimiste et je vois toujours le positif en chacun, les habitants me l’ont toujours rendu. Parfois, je reste une semaine dans un endroit qui me plaît, parfois moins. J’arrive, j’erre sans but, j’avise. Après tout, me perdre fait aussi parti du voyage ».

Aujourd’hui au Vietnam, il transmet son savoir à des jeunes de 12-14 ans.

Autre exemple, celui de Benoît. Après avoir terminé ses études de philosophie il est venu me demander de lui proposer une destination où il pourrait se rendre utile auprès des plus pauvres tout en découvrant une autre façon de vivre, une autre culture. Je lui ai proposé de rejoindre le Père Pedro à Madagascar où il se trouve depuis plusieurs mois, riche de tout ce qu’il reçoit de la part de ceux qui l’ont accueilli.

Alors, si nous le pouvons et nous le pouvons tous, chacun à notre niveau, aidons les jeunes à réaliser leurs rêves. Aidons-les à quitter le nid, pour reprendre l’expression de Florence Aubenas, à quitter le nid volontairement plutôt que de les voir en tomber par désespoir.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. MONSEIGNEUR,votre chronique,”S’envoler du nid de ses propres ailes ou en tomber par désespoir”. Nous avons tous à porter notre croix pour un proche ou un enfant qui n’a pas trouvé sa voie. Quitter sa famille pour un travail que vous recherchez depuis longtemps, comme mon petit-fils, ayant été mal orienté pour ses études, et pour en finir échouer et se heurter à des administrations incompétentes et injustes, peut le faire tomber par désespoir. Heureusement la famille le soutient un support important, quand il a envie de se confier et rester toute la journée sur l’ordinateur, sans résultat. Chaque famille à son fardeau à porter plus ou moins lourd, mais qui gâche notre vie quotidienne. Nathan est vraiment optimiste, partir au hasard et se retrouver au Vietnam, courageux! Quant à Benoît,la chance d”avoir été bien conseillé par vous MONSEIGNEUR. Pour conclure accepter de faire le larbin. Cela fait mal! Ils sont des migrants qui cherchent une vie meilleure. La chance que mon petit-fils à toujours été proche de moi et je le gâte pour compenser. Mon cas est bénin par rapport à certains, mais MONSEIGNEUR, je réagis à votre chronique.

  2. Sujet difficile et douloureux, pour avoir vécu “le voyage pour fuir” par l’un de mes trois enfants.
    Au delà de la douleur d’un enfant de 20 ans qui fugue, il y a la culpabilité de n’avoir pas su appréhender le mal-être et la souffrance de notre fille. Regrets qu’elle n’ait pas confié son mal-être à ses frère et sœur, ses grands-parents qu’elle adorait, ses amis.
    Malgré cela et durant 15 ans, nous avons essayé de garder un lien, mince fil, avec elle qu’elle refusait de saisir la plupart du temps. Combien de fois, ai-je dit “mon Dieu, nous portons une lourde croix. Pourquoi ?”
    Très récemment, elle est revenue vers nous, ses frère et sœur, sa famille “après avoir fait un bilan personnel, et regretté ces années passées à nous fuir”. C’est une grande joie, mais que d’années de souffrances pour tous.
    Malheureusement, n’importe quelle famille et quel que soit le milieu social peut être confrontée à ces formes de voyage. Il est primordial de ne jamais perdre espoir.
    Bon nombre de jeunes n’ont pas de projets, plus de rêves. Le plus important est de garder le dialogue avec ces jeunes, les écouter et les accompagner un maximum avant que l’irrémédiable ne se produise. Il ne faut pas les abandonner et encore moins les juger.
    Nathan a su trouver sa voie seul et a su partager des moments forts avec les Vietnamiens. Benoît a eu l’immense chance d’être écouté et conseillé par vous, Monseigneur.
    Pour ces deux jeunes, ils reviendront avec des souvenirs et des richesses qui les aideront à affronter les difficultés de la vie.
    Bonne semaine Monseigneur

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