La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : Ses vœux pour l’année 2014
  • 5 janvier 2014

Dans sa chronique du 5 janvier 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri propose des résolutions pour l’année 2014 à partir de l’exhortation apostolique du pape François sur la joie de l’Evangile.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines sur les ondes de RCF Alpes Provence, sur les sites internet du journal Le Point et du sanctuaire Notre-Dame du Laus, et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Depuis quelques jours, nous voici entrés dans une nouvelle année. La charnière entre le 31 décembre et le 1er janvier était traditionnellement le moment de prise des résolutions. Et ces résolutions naissent du désir de rendre notre quotidien plus agréable, de rendre notre vie et celle des autres meilleure. De manière, peut-être un peu caricaturale, nous nous engageons principalement à arrêter de fumer, ou à faire du sport, manger mieux, être plus cordial avec notre belle-mère, (ceci ne me concerne pas directement), s’investir dans une association, consacrer plus de temps à notre famille et j’en passe.

Je propose que ces résolutions, tout à fait respectables, soient complétées cette année par des résolutions que peut nous inspirer la lecture du premier grand message du pape François, appelé dans notre jargon : « exhortation apostolique ».

Ces propos, vous le verrez, ne sont pas du jargon mais bien concrets.

Pour nous tous, êtres humains, soyons un visage d’amour et de bonté. Le pape nous y incite en soulignant que lorsqu’on communique le bien, il s’enracine et se développe.

Pour les chrétiens, prenons l’initiative de resplendir de l’amour du Christ. Le pape nous interpelle en ce sens en déplorant qu’il y ait, je cite, « des chrétiens qui semblent avoir un air de carême sans Pâques ». Puis il poursuit : « Ainsi prend forme la plus grande menace, c’est le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Eglise, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité la foi s’affaiblit et dégénère dans la mesquinerie. La psychologie de la tombe, qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, se développe ».

Pour ceux qui seraient enfermés dans le carcan d’hier, suivez l’invitation du pape à « abandonner le confortable critère […] du « on a toujours fait ainsi » et à être audacieux et créatif.

Pour les pécheurs que nous sommes, décidons de ne pas hésiter à demander miséricorde car comme le pape l’indique « Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde ». Puis, plus loin dans le texte, il ajoute : « Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais le lieu de la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible ».

Pour ceux qui n’ose pas, osez ! « Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles » dit le pape François.

Pour les fidèles de l’Eglise, engageons-nous à répandre la Bonne Nouvelle du Christ dans le respect de l’autre. Le pape nous invite à « l’annoncer, sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Eglise ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction. »

Pour les prêtres et les laïcs responsables de paroisses, mettons-nous comme principe l’ouverture et l’accueil. « Cela suppose que réellement, [la paroisse] soit en contact avec les familles et avec la vie du peuple et ne devienne pas une structure prolixe séparée des gens ou un groupe d’élus qui se regardent eux-mêmes ».

Pour les responsables économiques et politiques, décidez que l’homme a plus de valeur que le pouvoir et l’argent. Le pape nous demande de « dire non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale. Une telle économie tue. Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle tandis que la baisse de deux points en bourse en est une ».

Pour ceux qui se sentent appelés par l’Eglise, ne craignez pas que votre vie ne soit pas à la hauteur des attentes car le pape rappelle que « les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est « la porte », le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ». Le pape ajoute enfin que « l’Eglise n’est pas une douane ».

Pour notre société de plus en plus handicapée des sentiments, soyons sensibles aux drames qui se passent sur notre pallier. Car le pape nous montre que « presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout  était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort ».

Pour les prêtres qui risqueraient d’endormir les fidèles par leurs homélies, suivez les consignes du pape. « Nous savons que les fidèles donnent beaucoup d’importance [à l’homélie] ; et ceux-ci, comme les ministres ordonnés eux-mêmes, souffrent souvent, les uns d’écouter, les autres de prêcher. L’homélie doit être brève et éviter de ressembler à une conférence ou à un cours. […] J’ose demander que chaque semaine, un temps personnel et communautaire suffisamment prolongé soit consacré [à la préparation de l’homélie], même s’il faut donner moins de temps à d’autres engagements, même importants. »

Pour ceux qui seraient tentés par des propos et des idées xénophobes ou racistes et notamment ici, les chrétiens : rejetez ces idées, non pas par obligation mais par simple logique. Le pape François le souligne avec force : « Le christianisme n’a pas un modèle culturel unique. […]. Par inculturation, l’Eglise « introduit les peuples avec leurs cultures dans sa propre communauté », parce que « toute culture offre des valeurs et des modèles positifs qui peuvent enrichir la manière dont l’Evangile est annoncé, compris et vécu ».

Pour les laïcards, entendez ces paroles du pape : « Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de Saint François d’Assise ou de la bienheureuse Teresa de Calcutta ? »  « Est-il raisonnable et intelligent de reléguer [les écrits] dans l’obscurité, seulement du fait qu’ils proviennent d’un contexte de croyance religieuse ?

Alors croyant ou non-croyant, prenons la résolution d’être une femme ou un homme bon, d’être convaincu que l’amour peu tout, et de se mettre à l’écoute de sa famille, de ses amis, de l’inconnu, du pauvre. Avec ces résolutions, je ne peux que vous souhaitez, avec une certaine confiance, une belle et bonne nouvelle année.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

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