You are currently viewing La lumière ne mourra pas – homélies de Noël de Mgr Xavier Malle à VARS et à la cathédrale de GAP

NB : les deux homélies sont légèrement différentes, car la parole de Dieu est différente la nuit et le jour de Noël, mais le mystère est bien le même. La lumière invaincue !

Samedi 24 décembre 2022 – Noël- 19:30 à Vars

20221224 Messe de Noël à VARS avec Mgr Xavier Malle

« Les lumières de Noël brillent à nouveau dans nos rues (…) En cette nuit, pour un instant, l’Église et le monde semblent se réconcilier. Et c’est beau ! Les lumières, (…) la musique, le regard des gens qui croient ; et enfin, le mystérieux et antique message de l’enfant né il y a longtemps à Bethléem et appelé le Rédempteur du monde : « Le Christ, le Sauveur, est ici ! » Cette méditation sur Noël est du jeune théologien Ratzinger, pas encore cardinal et encore moins pape, puisqu’écrite en 1960. (https://www.benoit-et-moi.fr/2020/2019/12/27/le-soleil-a-noel-dans-une-lettre-de-joseph-ratzinger/)

Il poursuit : « Nous n’avons plus (l’antique) peur que le soleil soit submergé par les ténèbres et ne revienne pas ; mais nous avons peur des ténèbres qui viennent des hommes (…) dans ce siècle d’inhumanité, nous avons vécue de façon plus effrayante que les générations qui nous ont précédés n’auraient jamais pu l’imaginer. » Fin de citation. Si le 21ème siècle ne semble pas avoir tiré les leçons du 20ème, la joie de Noël est immuable. Le jeune Ratzinger commente alors, « peut-être nous est-il difficile d’accepter ces notes de joie quand des questions nous tourmentent (on pense en ce Noël 2022 à la guerre en Ukraine et partout dans le monde), quand la maladie du corps et des problèmes spirituels nous remuent tout autant, et nous poussent à nous révolter contre un Dieu incompréhensible. Mais le signe d’Espérance qu’est cet enfant est justement donné aussi aux opprimés. C’est précisément parce qu’il a pu éveiller un écho si pur que sa puissance de consolation touche au cœur même de l’incroyant. Peut-être devrions-nous (…) accepter pleins de confiance l’incommensurable bonté de l’enfant, seul capable de faire chanter les montagnes et de transformer les arbres de la forêt en louange. » Fin de cette citation. Allons plus loins dans l’incommensurable bonté de cet enfant.

Bien sûr, il y a une dimension purement humaine.

Peut-être vous rappelez vous avoir joué Marie ou Joseph ou un ange lors d’une crèche vivante. Quand j’était prêtre en Touraine, la paroisse organisait une très belle crèche vivante, et les années où nous avions un vrai nourrisson comme enfant Jésus, il fallait voir les yeux des autres enfants, mais aussi de tous les adultes, attirés par ceux du bébé. C’est qu’une naissance est une ouverture vers l’avenir. L’enfant représente notre continuité, presque notre éternité. Une victoire de la vie sur la mort.

D’autant qu’au delà de cette dimension humaine, cet enfant n’est pas n’importe lequel ! Reprenons la parole de Dieu ; elle nous montre ce double aspect humain et divin.

Jésus est né dans une famille, avec pour maman Marie et pour père nourricier, saint Joseph, puisqu’il a Dieu pour père. Joseph et Marie sont pris dans les décisions politiques de leur époque. L’empereur Auguste a décidé de faire un recensement de toute la terre, c’est à dire de tout son empire. Chacun doit retourner dans sa ville d’origine. On imagine les embouteillages, pire qu’à la sortie de l’autoroute un samedi de vacances ! Luc nous précise qu’il n’y avait plus de place dans la salle commune. En fait c’était des maisons accolées à une grotte. Dans la maison toute la famille était rassemblée, alors Marie et Joseph ont du aller au fond, dans la grotte, avec les animaux.

Et voilà un premier indice que cet enfant est particulier : il descend de David et donc va se faire recenser à Bethléem. Le messie était attendu dans la descendance de David, selon la promesse rapportée dans le second livre de Samuel au chapitre 7, verset 13 et suivants : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. (…) Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. » Les hébreux attendaient donc le Messie.

Second indice, Jésus est né à Bethléem, ce qui veut dire en hébreu la maison du Pain, et a été déposé dans une mangeoire. Les pères de l’Eglise y ont vite vu un lien avec le mystère de l’Eucharistie, du pain transformé en son corps glorieux, du pain devenu corps du Christ, donné à manger et à contempler.

Troisième indice, l’apparition de l’ange aux bergers. Ils ont peur, on le serait à moins, alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle,
qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné :
vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Voilà le moyen simple, tellement simple que le diable ne pouvait y penser, moyen par lequel Dieu a choisi de manifester son amour et de nous sauver : prendre chair dans les traits d’un nourrisson, pour devenir l’un de nous, pour que personne n’ai peur et pour racheter cette nature humaine.

Alors, pour compléter le tableau, « il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Le Ciel et la Terre sont unis.

Frères et soeurs, je termine encore avec le jeune théologien Ratzinger, que je trouve très éclairant :

« Souvent, nous nous surprenons en proie à la crainte qu’en fin de compte, il n’y ait aucun sens au cours chaotique de ce monde; qu’au fond, l’histoire du monde ne distingue que les fous et les forts… Le sentiment que les forces obscures augmentent, que le bien est impuissant, domine : nous sommes plus ou moins assaillis par le même sentiment qui prenait autrefois les hommes quand, en automne et en hiver, le soleil semblait mener sa bataille décisive: « Va-t-il la gagner ? Le bien conservera-t-il son sens et sa force dans le monde? » Dans l’étable de Bethléem, nous est donné le signe qui nous fait répondre, avec joie : « Oui ». Parce que cet enfant, le Fils unique de Dieu, est placé comme un signe et une garantie que, dans l’histoire du monde, le dernier mot appartient à Dieu, précisément à cet enfant là, qui est vérité et amour. C’est le vrai sens de Noël : c’est le « jour de la naissance de la lumière invaincue », le solstice d’hiver de l’histoire du monde qui, dans le cours oscillant de notre histoire, nous donne la certitude qu’ici aussi la lumière ne mourra pas, mais a déjà la victoire finale en main. » Fin de citation. 

Isaïe l’avait prophétisé  : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi. » 

Frères et soeurs, les lumières de Noël brillent non seulement dans nos rues, mais aussi dans nos âmes, et pas que pour nous, mais pour que nous l’annoncions au monde. C’est le sens profond de notre ‘Mission Altitude’, la vision pastorale missionnaire du diocèse que je vous invite à découvrir et à méditer : « Montagnes, portez au peuple la paix ! »

Amen !

25 décembre 2022 – Noël- 10:30 en la Cathédrale de Gap

« Les lumières de Noël brillent à nouveau dans nos rues (…) En cette nuit, pour un instant, l’Église et le monde semblent se réconcilier. Et c’est beau ! Les lumières, (…) la musique, le regard des gens qui croient ; et enfin, le mystérieux et antique message de l’enfant né il y a longtemps à Bethléem et appelé le Rédempteur du monde : « Le Christ, le Sauveur, est ici ! » Cette méditation sur Noël est du jeune théologien Ratzinger, pas encore cardinal et encore moins pape, puisqu’écrite en 1960. (https://www.benoit-et-moi.fr/2020/2019/12/27/le-soleil-a-noel-dans-une-lettre-de-joseph-ratzinger/)

Il poursuit : « Nous n’avons plus (l’antique) peur que le soleil soit submergé par les ténèbres et ne revienne pas ; mais nous avons peur des ténèbres qui viennent des hommes (…) dans ce siècle d’inhumanité, nous avons vécue de façon plus effrayante que les générations qui nous ont précédés n’auraient jamais pu l’imaginer. » Fin de citation. Si le 21ème siècle ne semble pas avoir tiré les leçons du 20ème, la joie de Noël est immuable. Le jeune Ratzinger commente alors, « peut-être nous est-il difficile d’accepter ces notes de joie quand des questions nous tourmentent (on pense en ce Noël 2022 à la guerre en Ukraine et partout dans le monde), quand la maladie du corps et des problèmes spirituels nous remuent tout autant, et nous poussent à nous révolter contre un Dieu incompréhensible. Mais le signe d’Espérance qu’est cet enfant est justement donné aussi aux opprimés. C’est précisément parce qu’il a pu éveiller un écho si pur que sa puissance de consolation touche au cœur même de l’incroyant. Peut-être devrions-nous (…) accepter pleins de confiance l’incommensurable bonté de l’enfant, seul capable de faire chanter les montagnes et de transformer les arbres de la forêt en louange. » Fin de cette citation. Allons plus loins dans l’incommensurable bonté de cet enfant.

Bien sûr, il y a une dimension purement humaine.

Peut-être vous rappelez vous avoir joué Marie ou Joseph ou un ange lors d’une crèche vivante. Quand j’était prêtre en Touraine, la paroisse organisait une très belle crèche vivante, et les années où nous avions un vrai nourrisson comme enfant Jésus, il fallait voir les yeux des autres enfants, mais aussi de tous les adultes, attirés par ceux du bébé. C’est qu’une naissance est une ouverture vers l’avenir. L’enfant représente notre continuité, presque notre éternité. Une victoire de la vie sur la mort.

D’autant qu’au delà de cette dimension humaine, cet enfant n’est pas n’importe lequel ! Reprenons la parole de Dieu ; elle nous montre ce double aspect humain et divin.

L’auteur de la lettre aux hébreux, notre second lecture, nous dit bien qu’ « à la fin, en ces jours où nous sommes,
il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux » 

Le célèbre Prologue de l’évangile selon st Jean est entièrement bâti sur le thème de la lumière. On le comprend car explique le jeune Ratzinger, « l’homme primitif, qui ressentait autrefois l’arrivée de l’hiver dans l’allongement progressif des nuits d’automne et l’affaiblissement progressif de la force du soleil, se demandait, plein de crainte: « Le soleil doré va-t-il mourir maintenant? Reviendra-t-il? Ou ne sera-t-il pas vaincu cette année (ou l’une des années à venir) par les forces maléfiques des ténèbres, au point de ne plus jamais revenir ? » « Une religion du soleil s’est appropriée une peur et en même temps une espérance originelles de l’homme, (…) le culte de la ‘lumière invaincue’, du soleil, qui jour après jour fait son parcours sur terre, sûr de gagner et fort, presque comme un dieu visible de ce monde. Le 25 décembre, au milieu des jours du solstice d’hiver, était commémoré chaque année comme le jour de Noël de la lumière qui se régénère dans tous les couchers de soleil, garantie rayonnante que, dans tous les couchers de soleil, la lumière et l’espoir du monde ne disparaissent pas et que de tous les couchers de soleil part une route qui mène à un nouveau départ. »

Alors saint Jean écrit : En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. (…) Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. »

Frères et soeurs, je termine encore avec le jeune théologien Ratzinger, que je trouve très éclairant :

« Souvent, nous nous surprenons en proie à la crainte qu’en fin de compte, il n’y ait aucun sens au cours chaotique de ce monde; qu’au fond, l’histoire du monde ne distingue que les fous et les forts… Le sentiment que les forces obscures augmentent, que le bien est impuissant, domine : nous sommes plus ou moins assaillis par le même sentiment qui prenait autrefois les hommes quand, en automne et en hiver, le soleil semblait mener sa bataille décisive: « Va-t-il la gagner ? Le bien conservera-t-il son sens et sa force dans le monde? »

Dans l’étable de Bethléem, nous est donné le signe qui nous fait répondre, avec joie : « Oui ». Parce que cet enfant, le Fils unique de Dieu, est placé comme un signe et une garantie que, dans l’histoire du monde, le dernier mot appartient à Dieu, précisément à cet enfant là, qui est vérité et amour. C’est le vrai sens de Noël : c’est le « jour de la naissance de la lumière invaincue », le solstice d’hiver de l’histoire du monde qui, dans le cours oscillant de notre histoire, nous donne la certitude qu’ici aussi la lumière ne mourra pas, mais a déjà la victoire finale en main. » Fin de citation.

Alors « éclatez en cris de joie, prophétise Isaïe, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! »

Les lumières de Noël brillent non seulement dans nos rues, mais aussi dans nos âmes, et pas que pour nous, mais pour que nous l’annoncions au monde. « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : ‘Il règne, ton Dieu !’ » Isaïe nous donne ainsi le sens profond de notre ‘Mission Altitude’, la vision pastorale missionnaire du diocèse : « Montagnes, portez au peuple la paix ! »

Amen !