“Depuis les quelques heures où je me trouve ici, je me trouve bien, un peu comme à la maison, comme entre frères et sœurs sous le regard bienveillant de Marie, à l’école de la servante de Dieu Benoîte”, confiait Mgr Alain Castet, évêque de Luçon, dans son homélie du 8 septembre 2013. Il était venu, à l’invitation de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, co-présider la fête de la Nativité de la Vierge Marie.

Ci-dessous des extraits vidéos de la célébration :

Présentation des séquences :

Messe

  • Homélie de Mgr Alain Castet : de 00:00 à 13:40
  • Offertoire : de 13:41 à 14:33

Bénédiction des enfants, du corps enseignant, des cartables

  • Introduction du Père Ludovic Frère, recteur : de 14:34 à 15:03
  • Prière des enfants : de 15:04 à 15:47
  • Dialogue de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri avec les enfants : de 15:48 à 19:23
  • Bénédiction des cartables par Mgr Alain Castet : de 19:24 à 21:49
  • Prière de Jean-Marc Vincenti, directeur de l’enseignement catholique des diocèses d’Aix, Digne et Gap : de 21:50 à 23:04
  • Remerciements de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et présentation de l’appel aux dons pour la construction de la nouvelle église : de 23:15 à 24:35
  • Bénédiction finale : de 23:36 à la fin.

Homélie
de
Mgr Alain Castet

Biens chers frères et sœurs dans le Christ,

Au cœur de l’année de la Foi, nous nous retrouvons très nombreux, venus de tous horizons, en famille, entre amis, en frères. Notre rassemblement apparaît comme une icône de l’Église, ce peuple rassemblé à l’initiative et à l’appel du Christ, « ce peuple qui connaît Dieu selon la vérité et le sert dans la Sainteté » (Lumen Gentium, 9). Nous sommes évidemment venus de notre propre initiative et pourtant, par des médiations multiples, nous avons répondu à un appel. Nous avons répondu à l’appel de Celui qui est venu pour « rassembler les enfants de Dieu dispersés ». À la suite de nos pères qui, depuis la fin du XVIIe siècle, ont convergé en ce haut lieu, nous nous retrouvons ici, venus de tous horizons. Nous continuons l’œuvre de Benoîte Rencurel qui fut ici appelée à bâtir une église. Aujourd’hui, d’une certaine manière, nous poursuivons son œuvre puisque notre rassemblement construit l’Église du Christ, celle qui est constituée de pierres vivantes. Soyons attentifs à l’enseignement de l’apôtre Pierre : « Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel » (1 Pierre 2 ; 5).

La réponse que nous donnons aujourd’hui par notre présence s’enracine plus profondément encore dans le baptême que nous avons reçu. Par lui, par un don de grâce, Dieu nous a donné la foi, nous appelant à répondre en toute liberté. Par les chemins qu’il lui a plu, par les compagnons de route qu’il nous a donnés, soutenus par les sacrements, nourris de la parole de Dieu et formés par l’enseignement de l’Église, nous nous sommes mis en route dans un abandon et une foi confiante qu’il convient toutefois de renouveler à chaque étape de nos vies. Le temps du pèlerinage, celui des haltes spirituelles, rappellent l’auberge du soir évoquée par l’évangéliste saint Luc dans le récit des pèlerins d’Emmaüs. En ce lieu, dans la présence bienveillante du Christ et de sa mère, nous reconstituons nos forces par la prière et le recours aux sacrements, plus particulièrement à ceux de l’Eucharistie et de la Pénitence. En cette terre sainte, nous recevons la force et le courage d’avancer sur les chemins de la mission.

Nous empruntons ce chemin de foi à la suite des grands témoins : les prophètes et les patriarches, les saints et les martyrs, la servante de Dieu Benoîte Rencurel, mais aussi les hommes et les femmes de toutes conditions qui, au cours du temps, ont trouvé un chemin libérateur dans l’acte de foi. Avec eux, nous cheminons avec l’Église invisible constituant ensemble le corps mystique du Christ.

Le Concile Vatican II nous l’enseigne dans la Constitution apostolique Lumen Gentium. Ce corps tout entier dont il est la tête, « par les ligaments et jointures, tire nourriture et cohésion pour opérer sa croissance en Dieu » (Col 2, 19). Dans son corps, c’est-à-dire dans l’Église, il dispose continuellement les dons des ministères par lesquels nous nous apportons mutuellement, grâce à sa vertu, les services nécessaires au salut, en sorte que, par la pratique d’une charité sincère nous puissions grandir de toutes manières vers celui qui est notre tête (cf. Ep 4, 11-16 grec) » (Lumen Gentium, 1, 7).

Ainsi, notre baptême ne fait pas de nous de simples membres de l’Église, comme si nous étions les participants quelconques d’une association, fut-elle de qualité. Il nous engage, selon les charismes que Dieu nous donne, à œuvrer activement à une place particulière et toujours utile pour l’ensemble du corps. Cette participation à la vie de l’Église nous est également profitable puisqu’elle permet la croissance de notre vie spirituelle et nous conduit sur le chemin du Salut. Plus que cela encore, elle nous rend missionnaires dans une Église tout entière missionnaire. De cette manière, le Christ fait de nous ses amis et nous établit comme ses coopérateurs pour l’annonce de l’Évangile.

Le passage conciliaire que je viens de citer nous rappelle, s’il le fallait, que la charité préside à toute chose dans l’Église. Il ne s’agit pas d’une simple bienveillance, pourtant nécessaire, mais d’un engagement affectif et effectif de celui qui veut le bien de l’autre, pendant ce pèlerinage terrestre mais aussi à l’heure de la rencontre de Dieu. Il n’est pas étonnant que le Pape Benoît XVI ait présenté la proposition de la foi et son annonce comme la première des charités.

Aujourd’hui, l’avez-vous remarqué, dans une très longue litanie, l’Écriture nous présente la lignée qui conduit à saint Joseph. Cette longue énumération trouve sa source dans Abraham, père de tous les croyants, qui a mis sa foi dans la promesse de Dieu, d’un Dieu qui ne déçoit pas. Espérant contre toute espérance, il s’est mis en route. Mais en lui, c’est un peuple entier, une humanité englobant la suite des générations qui a avancé comme s’il voyait l’invisible, espérant la réalisation des promesses de Dieu. Saint Joseph, époux de la vierge Marie, si justement cité dans chacune des prières eucharistiques, figure, par delà ses propres mérites, l’attente de tout un peuple. Comment cet homme pétri par la foi d’Israël ne pourrait-il pas répondre sans crainte à l’inspiration de l’Ange :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : ‘Le-Seigneur-sauve’), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1, 20-21).

Sans autre assurance que la certitude que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ne peut nous tromper, il acquiesce à l’œuvre du Père dans une confiance totale.  

À l’image de nos ancêtres dans la foi, nous pourrions lui appliquer cette béatitude proférée par Jésus : « Heureux vos yeux car ils voient et vos oreilles parce qu’elles entendent » (Mt 13,16). D’une certaine manière, cette même béatitude qualifie l’ensemble des croyants authentiques et donc chacun et chacune d’entre nous.

L’enseignement du Christ désigne ainsi cette vertu de la foi qui permet de voir la réalité par delà les apparences, les convenances et les modes. L’homme de foi ne craint ni les oppositions ni les déconvenues : il sait que l’œuvre du mal n’a pas le dernier mot. Cependant, il ne cherche pas à s’extraire du monde dans lequel il vit. Il sait parfaitement qu’il est ce champ dans lequel le bon grain et l’ivraie se mélangent et que seul Dieu peut faire le tri. Il se sait également porteur de la bienveillance et de la miséricorde de Dieu tout en étant dépositaire d’une vérité qu’il porte dans un vase d’argile et qui le dépasse : ce chemin n’est pas simple, Jésus le qualifie de « voie étroite » : il est celui de la sainteté. Voyant le monde et ce temps dans une perspective d’éternité, l’engagement du chrétien devient ainsi paradoxalement un combat pacifié, persévérant et fidèle.

Confions-nous à l’aide bienveillante de la bienheureuse Vierge Marie. Mettant sa confiance en Dieu, elle-même a su avancer « comme si elle voyait l’invisible » dans une condition proche de la notre. Bouleversée par le choix de Dieu, elle a su entendre et voir par-delà l’épreuve et les incompréhensions, assurée que le Seigneur ne peut « ni se tromper ni nous tromper ». Jusque dans les ténèbres du Vendredi Saint, elle a cru en la victoire de la « Lumière qui vient dans le monde ».

Par l’intercession de la mère de Dieu, puissions-nous avancer dans la confiance, nous à qui le Seigneur a dit : Tu es heureux « parce que tes yeux voient et tes oreilles entendent ».

+ Alain CASTET
Évêque de Luçon