Par un temps magnifique, le pèlerinage à Sainte-Anne a été célébré dans les montagnes de Ceillac à 2410 m d’altitude, juste au-dessous de la Font-Sancte, le dimanche 26 juillet, comme chaque année à pareille date.

Les pèlerins, qu’ils fussent gens du pays, résidents ou vacanciers, venaient de Ceillac,
du Guillestrois et de divers endroits du Queyras, ainsi que de l’Ubaye. La procession de Ceillac est montée depuis Chorionde. Celle de l’Ubaye est vaillamment passée par le Col du Girardin. En guise d’émouvant accueil mutuel, au rythme des chants, les deux bannières se sont « embrassées» et ont été apportées à la chapelle pour ouvrir la messe présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

[flagallery gid=111]

Après la messe, les pèlerins se sont égayés sur le gazon très verdoyant pour le pique-nique. Mgr Jean-Michel di Falco a ensuite rendu visite à Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon, comme chaque année en vacances à Ceillac.

STE ANNE - 26.07.2010 034
La bannière de Ceillac : Sainte Anne enseignant à Marie la Parole de Dieu

STE ANNE - 26.07.2010 035
La bannière des pèlerins de l’Ubaye : « Sainte Anne, priez pour nous ! »

Texte de l’homélie

Ne vous asseyez pas trop vite parce que je vais vous inviter à me tourner le dos. [rires] Tournez-vous et regardez le paysage. Vous pouvez vous asseoir mais en regardant de l’autre côté. C’est beaucoup mieux que de me regarder. Voilà, installez-vous bien et ne trichez pas !

Je pense que les similitudes entre l’évangile de ce dimanche et nous ici ne vous auront pas échappé : le lac, la montagne, la foule, et le pain partagé.

Nous avons entendu dans cet évangile que Jésus cette foule de pains et de poissons. Et nous aujourd’hui, rassemblés autour de lui au bord de ce lac, Jésus nous nourrit de sa Parole et du Pain de vie.

Nous sommes venus pour la marche, pour la beauté de la montagne. Nous sommes venus pour nous abreuver à la source de l’amour, de la joie, de la fête : Jésus ressuscité ! Nous sommes venus aussi pour sainte Anne, la mère de Marie, et la grand-mère de Jésus.

Il n’est fait aucune mention de sainte Anne dans les évangiles. Mais on sait que dès les premiers siècles, on a appelé les parents de la Vierge Marie, Joachim (qui signifie « Dieu accorde ») et Anne (« La Grâce – la gracieuse »).

Anne et Joachim ont pris soin de leur fille Marie en la nourrissant, et aussi en l’éduquant. Souvent on représente sainte Anne apprenant à lire la Bible à la Vierge Marie. Sainte Anne a abreuvé et nourri Marie de la Parole de Dieu.

Dans le giron de sa mère, le petit d’homme ne boit pas que le lait, il boit aussi les paroles qui sortent de sa bouche, il boit aussi les paroles de Dieu quand celle-ci les lui transmet. Nous avons été nombreux à apprendre Dieu sur les genoux de nos mères. « Bethléem, dit le cardinal Etchegaray, est la première ville sainte dont j’ai appris le nom sur les genoux de ma mère qui me racontait la naissance de Jésus dans la grotte de Bethléem. C’était merveilleux. »

« C’est seulement en priant avec leurs enfants, écrit le pape Jean-Paul II, que le père et la mère pénètrent […] profondément le cœur de leurs enfants, en y laissant des traces que les événements de la vie ne réussiront pas à effacer ».

Oui, l’homme ne vit pas seulement de nourriture, mais aussi de culture. Plus encore, l’homme ne vit pas seulement de pain et de culture, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu !

Ainsi nourrie dès sa plus petite enfance aux sources de la Parole de Dieu, Marie était armée pour aimer, espérer, rester debout aux jours de malheur.

La Parole de Dieu est une force, un appui, un bouclier, un bagage qu’on peut emporter partout avec soi lorsqu’on en connaît des parties par cœur. Vous savez, dans les camps de concentration, des prêtres continuaient à réciter l’office sans bréviaire, et les juifs la Torah. Et nous ? Allez, un instant, imaginons-nous, sans portable, sans ordinateur, sans livres… Quelles paroles de l’Écriture sainte monteraient spontanément de nos cœurs jusqu’à nos lèvres ?

J’ai lu récemment l’histoire d’une mère de famille. Elle avait appris par cœur l’évangile de Marc, le plus court, celui-là même que nous lisons cette année de dimanche en dimanche. Elle a perdu son fils dans un accident de voiture. À la fermeture du cercueil, un verset de l’évangile lui est monté aux lèvres : « Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie Madeleine. Celle-ci partit annoncer la nouvelle à ceux qui, ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient. »
Grâce à ces paroles de foi qui l’habitaient, cette mère de famille a pu rester debout au milieu de ses autres enfants alors que la planche du cercueil  soustrayait peu à peu à ses yeux le corps puis le visage de son fils.
En murmurant ces paroles d’espérance qui l’habitaient, cette mère de famille a été un réconfort et une lumière pour son entourage présent dans la chambre funéraire, terrassé par le chagrin.
Jusque dans un tel moment, cette mère est restée pour ses autres enfants, une mère, une éducatrice, une femme porteuse de vie et d’espérance.

J’ai longuement parlé de la mère. Je ne voudrais pas terminer sans parler des grands-mères (et des grands-pères) ! Car sainte Anne a été grand-mère ! La grand-mère de Jésus. Suite à la création du groupe « Les Prêtres » nous avons parcouru toutes les routes de France et bien au-delà. 250 000 personnes rencontrées en concert, 2 million d’albums de vendus. Depuis, j’ai reçu des milliers de lettres. Combien  viennent de grands-mères et de grands-pères, de mamies et de papis, qui souffrent de ne pas voir leurs petits-enfants baptisés, ou catéchisés ! La rupture dans la transmission de la foi est souvent vécue dans la souffrance.

Ces grands-parents n’en demeurent pas moins des témoins de la foi auprès d’eux. Ils sèment sans savoir ce qu’ils récolteront. Quand leurs petits-enfants viennent les voir pendant les vacances, ces grands-parents leur parlent de Jésus, font la prière le soir avec eux, les emmènent à la messe. Ils leur disent, « Allez, vient célébrer Sainte-Anne avec nous ! » Et c’est peut-être le cas aujourd’hui, pour quelques-uns.

Plus encore, les grands-parents sont des témoins de Jésus, lorsqu’ils maintiennent les liens entre les membres de la famille, lorsqu’ils vivent ce que nous disait saint Paul : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. »

Avec l’âge vient la sagesse. Peut-être les grands-parents ont-ils plus de recul pour voir leurs erreurs passées, pour savoir comment panser les blessures affectives de leurs petits-enfants. Une mère qui aime trop ou pas assez, un père trop souvent absent, un divorce douloureux et lourd à porter. La grand-mère est à la bonne place pour recevoir des confidences. Elle s’occupe des petits-enfants sans avoir à faire preuve de trop d’autorité. Alors que les parents sont dans leur rôle de parents, à rappeler la règle !

Sainte Anne était mariée. Si sainte Anne était parmi nous aujourd’hui, elle serait une laïque. À l’heure où le nombre de prêtres diminue, elle nous rappelle que la proposition de la foi se vit au cœur des familles. « Toute famille, disait le pape François, est insérée dans l’histoire d’un peuple et ne peut exister sans les générations précédentes. Et c’est pourquoi […] les enfants apprennent des grands-parents, de la génération précédente. »

Comme Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, le prêtre s’adresse souvent à des personnes qui le connaissent peu ou qu’il connaît peu. C’est peut être le cas  aujourd’hui pour moi ! Combien d’entre vous que je n’aurai croisé qu’en ce jour ? Mais aujourd’hui je vous partage la parole de Dieu et le pain de vie. C’est à vous ensuite dans vos familles de vivre cette foi reçue, de la partager, de la nourrir, de l’approfondir, d’en être les témoins.

Cela, c’est un travail de tous les jours. En s’abreuvant quotidiennement à la Parole de Dieu, la Vierge Marie est devenue mature dans sa foi. Alors que la foule a montré combien elle était restée à une foi infantile lorsqu’elle a voulu faire de Jésus son roi.

Alors que déciderons-nous aujourd’hui ? Rester à une foi infantile ballotée par l’émotion du moment, ou la faire grandir par la Parole de Dieu et le pain de vie ?

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN