L’église Saint Roch à Gap, de forme octogonale tout comme son
baptistère.

Les huit côtés de l’église évoquent le huitième jour, le dimanche, qui est
le jour de la résurrection,
jour de la recréation,
j
our d’éternité dans lequel nous entrons par le
baptême et dont l’eucharistie est un avant-goût.

La beauté du dimanche, à la lumière du shabbat juif


Quand le dimanche est une « quasi-personne »…

Dans la foi chrétienne, le dimanche n’est pas un jour comme les autres ! Il n’est pas seulement un jour qui fait nombre avec les autres jours, dans la banale énumération du lundi, mardi,
mercredi…. Il n’est pas seulement une réalité chronologique de vingt-quatre heures. Le dimanche est à part. Il a comme une personnalité propre, un « tempérament spirituel ». Au fond, le dimanche
est presque quelqu’un ! Il est « dies Domini », jour du Seigneur ! Il est une quasi-personne. En ce sens, nous pourrions écrire le mot avec une majuscule : « Dimanche ».
Dans sa très belle lettre apostolique Le jour du Seigneur (1), Jean-Paul II présente les diverses harmoniques du dimanche : jour du Seigneur, du Créateur ; jour du Christ ressuscité et
du don de l’Esprit Saint ; jour de l’assemblée eucharistique, de l’Eglise ; jour de l’homme, de joie, de repos, de solidarité ; jour des jours, fête primordiale révélant le sens du temps. C’est
dire la richesse de signification du dimanche.

Le shabbat juif : joyeux de l’attente de la joie des Noces !

Pour comprendre le sens profond du dimanche, il est bon de nous référer à la conception juive du shabbat. Tout d’abord, nous remarquons qu’en hébreu moderne, à part le dimanche (yom
rishon
) (2) et le samedi (shabbat), les jours n’ont pas de nom particulier, mais simplement un numéro. Le lundi : jour 2. Le mardi : jour 3. Et ainsi de suite jusqu’au vendredi
(yom ha shishi) : jour 6. Justement, le jour qui a un nom éminent est le « shabbat » : « le jour du repos (de Dieu) ». Il est le « jour saint » qui reçoit la bénédiction même de Dieu
(Gen 2,3). Il est « une journée exquise, un jour respectable, consacré au Seigneur » (Isaïe 58,13-14). Bien plus, le shabbat est considéré, dans le judaïsme, comme une personne vivante (3). Dès
lors, le shabbat doit être compris à partir de la réalité fondamentale biblique : Dieu a créé l’être humain selon le couple. « Au commencement, Dieu créa l’homme (l’humain, l’adam) à son
image. Il les créa homme et femme […] L’homme quittera son père et sa mère. Il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un » (Gen 1,26-28 ; 2,24).
De la même manière, les jours participent à la réalité conjugale. Le Dieu créateur engage une alliance nuptiale avec son peuple (cf. Isaïe 61,4-5 ; Osée, etc.). Dans ce climat nuptial, les jours
fonctionnent en couple : le dimanche avec le lundi, le mardi avec le mercredi, le jeudi avec le vendredi. Mais alors, le jour du shabbat va-t-il demeurer seul, exclu de la symbolique nuptiale ?
Le shabbat serait-il un jour hors sens, « absurde » ? Mais Dieu va faire le maximum : Il va prévoir la célébration des noces du shabbat avec le Messie qu’il enverra !
Désormais, chaque vendredi soir, c’est la fervente espérance de la venue du Messie qui épousera la « fiancée (ou la princesse) Shabbat » (4). A la synagogue, à la festive célébration de l’entrée
en shabbat, la liturgie prend une intensité étonnante avec le chant très mélodieux et rythmé « Lekha dôdi » : « Viens, mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée !….Viens, ma fiancée,
viens ! ». Le shabbat est la fiancée en personne qui aspire ardemment à la joie d’accueillir le bien-aimé. Durant le shabbat règne un supplément d’âme. A la célébration de la clôture si
importante du shabbat, à la « havdala », la communauté juive prend congé de la « princesse Shabbat » à la synagogue, puis à la maison. Pour se consoler de cette séparation, on respire
des parfums. Avec des chants, on prend une collation appelée « Melavé Malka » « pour raccompagner la princesse Shabbat» (5).
Pour le couple, la rencontre amoureuse du soir est à l’image de ce qu’est le shabbat : don de Dieu et réciprocité d’amour. Ainsi, le shabbat est-il un jour qui vibre de cet amour, divin et
humain, pétri de joie, d’enthousiasme de l’attente du Messie. Le Messie va venir « à la rencontre de la princesse Shabbat ».

Le dimanche chrétien rayonne de la célébration des Noces.

Dans cette perspective,  Jean-Paul II se plaît à rappeler le sens du chant juif « Lekha dôdi » (6). Il présente volontiers le dimanche comme un jour nuptial. En cela, le dimanche
s’intègre à l’ensemble de la Première et de la Nouvelle Alliance dont « il faut saisir l’intensité sponsale » (7). Dans les Evangiles, Jésus est identifié comme « l’Epoux qui est là ! » (Jn 3,
29) (8). Le Dieu Père célèbre les noces du Christ Epoux avec l’Eglise, figure de l’humanité. Nous entendons ici la parabole de Jésus : le Maître a préparé un grand festin pour les noces de son
fils (Mt 25). Saint Paul a souligné l’importance de la relation d’amour entre le Christ et l’Eglise comme la relation d’époux à épouse (Eph 5, 25-28). La Bible se termine par la vision
eschatologique de l’Apocalypse. C’est un dimanche, « le jour du Seigneur » (Ap 1,10), que le Seigneur donne à Jean la Révélation du « Ciel nouveau et de la Terre nouvelle » (Ap 21). Le monde
futur sera animé par la grande fête où Dieu célèbre les noces de son Fils, les « noces de l’Agneau » (Ap 19). Le Christ, qui est « le Commencement et la Fin, l’Alpha et l’Oméga » (Ap 1, 17; 22,
13), est l’Epoux manifesté à tous.
Parmi tous les signes de ces « épousailles » du Christ avec l’Eglise, l’eucharistie est le sacrement par excellence de l’ « alliance (nuptiale) nouvelle et éternelle » du Christ avec l’Eglise.
Comme les époux se donnent l’un à l’autre totalement, le Christ se donne radicalement : « Corps livré et Sang versé, pour vous et la multitude, en signe de l’Alliance ». Après la consécration,
l’appel au Christ est chanté : «  Viens, Seigneur Jésus ! » Telle est la reprise de l’appel, à la fin de l’Apocalypse : « l’Esprit et l’Epouse disent : Viens, Seigneur Jésus ! » Au moment de
la communion eucharistique, est proclamée la parole de l’Apocalypse lors du chant des noces : « Heureux les invités au repas (des noces) du Seigneur ! »  (Ap 19, 9).
Dans la perspective de la foi chrétienne, le dimanche est le « Jour » par excellence ! « C’est la Personne du Dieu de Jésus-Christ qui remplit et spiritualise le dimanche » (9). Celui-ci est
marqué par une vraie vocation et mission. Dans le don de l’Esprit Saint, il ne cesse de nous dire la rencontre avec Jésus, le Messie époux de l’humanité, pour la rassembler dans le Royaume du
Père.

                                                                                                              
Père Pierre Fournier.

(1) Jean-Paul II, Le jour du Seigneur. La sanctification du dimanche, coéd. Cerf-Bayard-Mame, 1998, ou Documentation catholique, 1998, n° 2186, ou en ligne :
http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_05071998_dies-domini_fr.html.

Par ailleurs, sur le sens du dimanche, Catéchisme de l’Eglise catholique, 1998, § 1166 sq, 1175, 2174 sq, etc. En ligne,
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P34.HTM#C8
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P7J.HTM#3J
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P7K.HTM
(2) Le dimanche : yom rishon, de « rosh, tête », c’est-à-dire, le jour en tête de la semaine. L’expression « jour 1 ; yom hérad » est réservée, en Gn 1,5 au « premier
jour » de la Création.
(3) Cf. Ernest Gugenheim, Le judaïsme dans la vie quotidienne, éd. A. Michel, 1961, 206 p.
Sur le shabbat (pp. 74-86) considéré comme une personne, comme la Bien-aimée : pp. 77, 78.
Voir aussi R. Aron, A. Néher, V. Malka, Le judaïsme, hier, demain, éd. Buchet-Chastel, 1977, 238 p.
Sur le shabbat, p. 83 (à propos de la « litanie amoureuse » du chant Lékha dôdi, etc. Ou Centre national de l’enseignement religieux, A l’écoute du judaïsme, éd. Chalet, 1977.
p. 39 sv, 53. : « Comment le juif vit le shabbat ».
(4)  E. Gugenheim, ibid., p. 78.
(5)  E. Gugenheim, ibid. p. 86.
(6) Jean-Paul II, Le jour du Seigneur, note 12 : « Le shabbat est vécu par nos frères juifs selon une spiritualité ‘sponsale’ […] Le chant ‘Lekha dôdi’ est aussi de tonalité
sponsale. »
Certes, le cantique Lékha dôdi date du XVIe siècle, composé, à Safed, par Salomon Alkabetz, mais, remarque Ernest Gugenheim, «  il a été rapidement adopté dans toutes les
communautés d’Israël », car il exprime bien l’intuition de la personnalisation du shabbat.
(7) Jean-Paul II, Le jour du Seigneur, § 12.
(8) Jésus, l’Epoux qui est là, au milieu de son Peuple. Outre Jn 3,29, des épisodes significatifs dans les Evangiles : Mt 9, 14-15 ; Mt 25, 1-13 (parabole : « Voici l’époux ! sortez à sa
rencontre ! ») ; Lc 12, 35-36 ; etc. Cf. Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, éd. Seuil, article « Epoux (Jésus) ».
(9) Mgr Maurice Gardès, archevêque d’Auch, président du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme pour la Conférence des évêques de France.