You are currently viewing Laissons nous saisir par cet amour du Coeur de Jésus, laissons déborder cet amour de notre propre coeur, d’une manière humble. Homélie aux prêtres pour la fête du Sacré-Coeur, journée de prière pour la sanctification des prêtres – 11 juin 2021

Homélie du Vendredi 11 juin 2021 – Abbaye de Boscodon

En cette fête du Coeur de Jésus, la scène du transpercement du côté du Christ sur la Croix est central.

Elle est préparée par la lecture du prophète Osée, sans doute l’un de prophètes qui nous touche le plus, le prophète de l’amour de Dieu. C’est une véritable déclaration d’amour de Dieu envers son fils, son peuple, avec des termes de l’amour paternel : « j’ai aimé Israël dès son enfance ; pour le faire sortir d’Égypte, j’ai appelé mon fils … Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ». Dieu a agi comme un père avec son peuple.  Osée complète avec des comparaisons de l’amour maternel  « je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger. »

Mais immédiatement après, nous avons comme une plainte du coeur de Dieu : « il n’a pas compris que je venais à son secours … ils ont refusé de revenir à moi ».

Puis viens le troisième temps, la réponse de l’homme, introduite par la question de la conduite de Dieu : « vais-je les livrer au châtiment ? » et la réponse immédiate : « Non ! Mon cœur se retourne contre moi … mes entrailles frémissent … moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint » Voilà cet amour de Dieu. La suite de la prophétie d’Osée, que nous n’avons pas lu est la réponse de l’homme pleine d’espérance : « Ils marcheront à la suite du Seigneur » ou comme dit St Paul dans notre seconde lecture : « je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. »

Nous avons repéré les trois mouvements : déclaration d’amour, plainte de cet amour qui n’est pas aimé, et en retour, réponse d’amour de l’homme.

Entrons dans la scène du transpercement du coeur de Jésus sur la Croix, qui est le somment de l’amour de Dieu. Sur les écorces de nos arbres et les pierres de nos monuments, le coeur est un pictogramme de l’amour, et le coeur blessé d’une flèche dit bien un amour blessé. Les Pères conciliaires diront dans Gaudium et Spes 22,2 : « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. » On notera la progression : main, intelligence, volonté et coeur. Ce coeur est fondamentalement le centre de la personne. Le centre de l’être s’appelle son coeur. Le centre de son agir se nomme son amour. L’homme, à l’image du Christ  ne peut trouver son véritable centre que dans l’amour.

C’est aussi ce que la Croix nous dit. Sur les clochers de certaines de nos églises, nous avons des croix avec deux bras. Je ne sais pas comment cela s’appelle en architecture, mais on y voit bien comme un symbole des 4 points cardinaux et de la totalisation spatiale, où tout ramène à son centre. L’apôtre Paul le décrit ainsi parlant de « la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur de l’amour de Dieu. »…Le Christ lui-même sur la croix forme une croix de chaire, et en son centre, son coeur.

Saint Jean précise que les prophéties se réalisent : « aucun de ses os ne sera brisé », les os de l’agneau de la Pâques nouvelle, afin que, la mort étant survenue, il y ait lieu de le transpercer, immolation de la nouvelle Pâques, dernier rite de son sacrifice, aboutissant à l’adoration : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. »

Auparavant, Jean avait décrit la scène : « Un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. » Cela n’a rien physiologiquement d’extraordinaire, mais ce coup de lance, oeuvre finale du bourreau, « voyant qu’il était déjà mort », est assimilé par St Jean avec l’adverbe « aussitôt »; à l’ouverture de la source de la vie. La vie jaillit de la mort, comme prophétisait déjà Jean au chapitre 7 : de son coeur s’écouleront des fleuves d’eau vive. C’est le summum de l’amour. Jean insiste sur ce signe : « Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. » Le sang manifeste que la mort de Jésus est féconde, et l’eau représente l’esprit Saint, Jésus ayant remis l’Esprit. Alors on comprends l’expression de la « Croix glorieuse ».

L’amour de Dieu, manifesté à son peuple lors de la libération d’Egypte, est porté à son sommet sur la Croix. Pourtant cet amour n’est pas aimé de tous. Alors Dieu a choisi de continuer à transmettre cet amour par des humbles serviteurs. C’est de cet amour que nous prêtres sommes les humbles serviteurs. C’est cet amour qui nous pousse à la sainteté, à correspondre le plus possible à la sainteté de ce que nous célébrons. Laissons nous saisir par cet amour du Coeur de Jésus, laissons déborder cet amour de notre propre coeur, d’une manière humble. Amen.