Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde

Le père Pierre Fournier, responsable diocésain de la formation permanente, présente Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde.

Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde
Jean-Michel di Falco,
Timothy Radcliffe,
Andrea Riccardi,
et collab.

Éditeur : XO
Parution : 23 octobre 2014
814 pages
Format : 153*240 mm
Prix : 24,90 euros
ISBN : 9782845636521

 

Véritable exploration de la condition des chrétiens surtout, et d’autres croyants, dans les divers continents, ce livre est imposant par son volume, par sa documentation très précise et à jour, et par son caractère exhaustif concernant la situation des populations. Il veut, en effet, « dresser un tableau complet des persécutions subies par les chrétiens dans le monde ». Coordonné par Samuel Lieven, cet ouvrage a un horizon pluraliste dans sa méthode du fait qu’il est dirigé par le français Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d’Embrun, le britannique Timothy Radcliffe, dominicain, et l’italien Andrea Riccardi, universitaire et ancien ministre. Plus de soixante-dix contributeurs, de dix-sept pays, apportent l’expertise de leurs témoignages, reportages et analyses.

D’emblée, Mgr di Falco Léandri rappelle les « chiffres terrifiants » : « Le nombre de chrétiens persécutés dans le monde oscille entre 150 et 200 millions. Ce nombre, en hausse constante, fait du christianisme la religion la plus persécutée du monde ». Après ce constat, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lance un appel à rompre avec le silence complice concernant ces persécutions, un appel au respect de la liberté de conscience et de l’expression religieuse, à la régulation de la pensée et de la religion par la raison (la raison en sa plénitude, ouverte à la transcendance), à la vigilance personnelle du fait de la possibilité du mal dans le cœur de chacun, à la pratique de l’écoute et du dialogue (p. 19), à la capacité d’aimer jusqu’au bout comme les moines de Tibhirine en ont donné l’exemple.

Devant l’ampleur des persécutions, un sursaut est attendu de la part de tous, quelles que soient les convictions. Ainsi André Comte-Sponville, athée, plaide pour que tous, croyants et non-croyants, se mobilisent pour que domine l’humanisme, le respect de la conscience de chacun et de la dignité humaine, le respect de l’apport civilisationnel des diverses traditions religieuses, notamment le christianisme. Il mentionne le rôle attendu de l’Europe dont la culture est marquée par le christianisme. Le musulman Tareq Oubrou, théologien de la grande mosquée de Bordeaux, rappelle que « dès la naissance de l’islam sa relation au christianisme était une relation privilégiée » (p.130) et que toute persécution contre les chrétiens « constitue une aberration sans précédent ». À son tour, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, « engage nos consciences à ne jamais être indifférent, à porter assistance à notre prochain et à nous ouvrir à l’Autre », selon la valeur fondamentale de la devise nationale « Liberté, égalité, fraternité » (p. 140). C’est dire combien le dialogue interreligieux est indispensable.

Vient ensuite l’état des lieux, d’un continent à l’autre. Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’ Egidio à Rome et initiateur de démarches de résolution de conflits en divers pays, évoque les « martyrs au XXIe siècle ». Pour l’Afrique du Nord et le Proche-Orient (Syrie, Irak…), les témoignages et analyses sont les plus développés vu les réalités depuis le Maroc jusqu’à l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Iran. Les chrétiens, persécutés, y sont-ils en voie de disparition ? Là aussi des voix s’élèvent pour souligner le caractère indispensable du dialogue entre chrétiens et musulmans. Le jésuite Samir Khalil Samir souligne « la nécessaire présence des chrétiens en terre arabe », et le musulman libanais Mohammad Sammak insiste sur l’unité fondamentale des populations arabes : « deux religions, une identité [arabe] ». L’Afrique subsaharienne est prise en de nouveaux foyers de tension interreligieuse : le piège de Boko Haram au Nigéria, le génocide au Sud-Soudan, la Corne de l’Afrique… L’Asie, elle, se trouve prise « entre décombres totalitaires et montée de l’intolérance religieuse » : la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l’Inde… jusqu’aux Républiques d’Asie Centrale et d’ex-Union soviétique où « les évangéliques sont à l’index », et les Balkans, avec « les chrétiens otages des nationalismes » (p. 711). L’Amérique latine où se paie « le prix de la résistance » à Cuba, au Brésil, en Colombie avec « les prêtres dans le viseur », au Mexique où sévit une « violence ordinaire ». Pour l’Europe et l’Amérique du Nord, c’est l’effort de passer « de l’inquiétude à l’action ». Selon Benedict Rogers, les Anglo-saxons se veulent « en première ligne » pour « promouvoir la liberté religieuse dans le monde ». Henri Tincq analyse l’évolution en France marquée par « le désarroi des chrétiens ». Trois témoignages montrent combien les réseaux de l’Église sont actifs « sur le front de l’information » et de l’action solidaire : Aide à l’Église en détresse (AED), Portes Ouvertes (depuis 1955), et, depuis 1856, l’Œuvre d’Orient. En cours d’exposé, il est remarqué qu’en divers pays ou continents (Afrique, Moyen-Orient…), les chrétiens sont appelés « Nazaréens ». Par exemple, en Irak, la persécution produit l’exode et se traduit par l’épuration envers ceux qui sont marqués du « N » des « Nazaréens » (p. 186-188). Sur les divers continents, les chrétiens sont identifiés au christianisme européen et à l’hégémonie occidentale sur le plan culturel, économique, scientifique, technologique. À propos de la « guerre globale contre les chrétiens », le vaticaniste John L. Allen Jr constate que « les chrétiens, où qu’ils vivent, sont assimilés à l’Occident, […] un Occident souvent perçu comme hostile et dominateur » (p. 36 et 29). Dans le même sens, dans la conclusion du livre, le père Timothy Radcliffe attire notre attention sur les causes géopolitiques des persécutions contre les chrétiens. Il alerte sur « la violence de la mondialisation », notamment « les forces aveugles du capitalisme américain et de deux de ses composantes: le consumérisme ravageur et une impression d’immoralité » (p. 794). Il appelle alors les Occidentaux à une révision de vie : « Nous devons comprendre ce rejet de la culture occidentale et nous attaquer à ce qu’il a de destructeur si nous voulons atténuer sa violence et donner une chance de s’épanouir à nos frères et nos sœurs chrétiens qui vivent dans les pays en développement » (p. 795). Pour la conversion des comportements vers plus de justice réciproque, Mohammad Sammak est formel : chrétiens et musulmans, « ce très long voyage sera de croire que ce destin nous est commun : nous devons être ensemble » (p. 417).

Sur cette grave réalité des persécutions religieuses, des chrétiens en particulier, ce livre est ainsi un document particulièrement percutant sur le plan de l’information, de la prise de conscience, de l’appel à la liberté religieuse (« ce droit orphelin »), à la construction d’un monde de véritable justice en tous domaines, et de l’appel aux dialogues interculturel et interreligieux.

Père Pierre Fournier,
Responsable du Service diocésain de formation

Le professeur Andrea Riccardi, l’éditeur Bernard Fixot, le père Timothy Radcliffe et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, le 23 octobre 2014, jour de la conférence de presse à Paris.

LA PRESSE EN PARLE

« Ce tour du monde est magistral. » Le Figaro, Jean-Marie Guénois

« Un document exceptionnel. » Le Point, Sébastien Le Fol

« Un coup de projecteur inédit sur les discriminations contre les chrétiens dans le monde », La Croix, Anne-Bénédicte Hoffner

« Un précieux état des lieux de la chrétienté dans le monde, avec force témoignages, reportages et des analyses. » Ouest FranceLaurent Marchand

« Un triptyque équilibré entre témoignages reportages et analyses » Ouest France, François Vercelletto

« Un tableau inédit et complet des persécutions subies par les chrétiens sur la planète. » Midi Libre

« Un livre très attendu »  Radio Classique

« État des lieux exhaustif », RFI

« Un pavé qui a l’ambition de faire savoir, comprendre et réagir aux menaces qui pèsent sur les chrétiens dans le monde. » 24h, Xavier Alonso