Lundi de Pentecôte : jubilons de joie avec nos jubilaires !
  • Post published:15 mai 2013

Lundi de Pentecôte, 20 mai 2013, seront fêtés au sanctuaire Notre-Dame-du-Laus tous les jubilaires, qu’ils soient prêtres, diacres, religieux, religieuses, couples mariés. Nous sommes tous invités à les entourer au cours de la messe de 10h30 présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Une grande fête pour célébrer la fidélité dans la durée !

Au programme

  • 9h00 : Confessions jusqu’à 10h15.
  • 10h30 : Messe solennelle présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri,
    avec bénédiction des jubilaires.
    Homélie par le père André Bernardi, jubilaire.
  • À l’issue de la messe : Possibilité de déjeuner au restaurant du Laus.
  • 14h00 : Chapelet.
  • 14h30 : Procession mariale.

_______________

Interview de Mgr Félix Caillet, vicaire général,
à l’initiative de cette fête diocésaine des jubilaires

— Père Félix, vous avez eu l’idée de faire du lundi de Pentecôte au Laus une occasion particulière de rassembler les jubilaires : prêtres, diacres, religieux et religieuses, mariés. Comment cette idée vous est-elle venue ? Pourquoi cette journée ?

— Il y a encore quelques mois, nous aurions pu avoir les quatre prêtres qui avaient été ordonnés pour le diocèse en 1943 fêter leurs soixante-dix ans d’ordination ! Hélas, même si deux sont décédés depuis, André Gonfard et Eugène Grossan, il fallait faire une grande fête pour marquer l’événement. Dès lors, pourquoi limiter aux prêtres ? Pourquoi ne pas marquer également les jubilés des diacres, des religieux et religieuses, des couples ?

Les fidélités se tiennent
et se soutiennent

En effet, je suis convaincu que les fidélités se tiennent et se soutiennent. Voici quelques années, pour mes vingt-cinq ans d’ordination, nous avions fait une fête avec les couples qui avaient vingt-cinq ans de mariage. Ce fut une célébration d’actions de grâces marquée par la simplicité et la vérité. Elle avait touché les enfants de ces couples qui finiraient par penser qu’il n’est pas possible de durer dans l’engagement. Il ne restait plus qu’à trouver une date. Le lundi de Pentecôte permet un tel rassemblement.

_______________

Interview du Père Louis Guillaumier,
70 ans de sacerdoce

Au deuxième étage de l’Ephad Jean-Martin de Gap, à l’extrémité d’une des deux ailes, je frappe à la porte du père Louis Guillaumier, qui m’invite à entrer. Il sort de son fauteuil pour me serrer la main. La chambre est petite mais propre et bien rangée. La vue donne sur le couvent de la Providence, la ville de Gap, et plus loin encore, le regard porte jusqu’à Chabrières. Comme il reste debout, je l’invite à se rasseoir là où il était et je m’installe quant à moi sur sa chaise de bureau. Là se trouve un document sur Chorges qu’il a préparé à mon intention. Et la conversation s’engage.

Quel regard portez-vous sur ces soixante-dix ans de sacerdoce ?

Le Bon Dieu
veut les choses
comme cela.

— Quelle grande évolution au plan social, humain, religieux ! Nous étions formés au séminaire de Gap, et puis après lâchés dans la nature ! L’Église était en décalage par rapport à ce que vivaient les gens, tant au point de vue liturgique que dans la vie. On sentait le besoin de rajeunir l’Église aussi bien au plan spirituel que matériel. Il fallait sortir de l’administration. Ne plus être prisonnier de la politique. J’attendais un renouveau. Et le concile est arrivé. J’avais 50 ans. Mgr Coffy nous a aidés à sortir des carcans de l’Église ancienne. C’est alors que je suis venu à Gap, quittant Baratier et Les Orres. Puis j’ai été envoyé à Chorges où j’y suis resté vingt-sept ans. Après soixante ans de ministère en paroisse, j’ai posé mon sac en retraite, en 2003. De la maison Saint-Marcellin, je suis passé depuis un mois à l’Ephad Jean-Martin.

Vous avez aimé votre ministère, vos paroisses ?

— Oui. Partout où je suis passé, j’ai cherché avant tout à connaître le pays. Et puis à Chorges, j’y ai plongé dans la marmite des recherches historiques. Que d’années de recherches ! Que de bêtises dites pendant des années jusqu’au jour où « toc », on trouve et on rectifie. À Chorges, j’ai marché sur de la terre apportée par les Romains !

Vous avez 97 ans. Comment vivez-vous ce temps qui vous reste ?

— Je me tiens à ma place. Je prends les personnes telles qu’elles sont. Je suis un retraité comme les autres. Pour les messes, je suis là, bien sûr. Le Bon Dieu veut les choses comme cela. Je me laisse guider par lui.

Alors qu’il me raccompagne à la porte, je pense soudain que je vais passer d’un père Louis à une sœur Louis de Gonzague. Je lui pose la question : votre patron, c’est saint Louis roi de France ou saint Louis de Gonzague ?

— Saint Louis, roi de France, répond-il l’œil pétillant.

_______________

Interview de Sœur Louis Albrand,
70 ans de vie religieuse

Dans l’autre aile de l’Ephad se trouve sœur Louis Albrand, des sœurs de la Providence. Elle m’accueille bon pied bon œil, le visage jovial et le sourire aux lèvres. Soixante-dix ans de vie religieuse, et je suis surpris par sa jeunesse. Quittant le père Louis Guillaumier avec ses 97 ans, je m’attendais à trouver une sœur plus âgée…

— Pouvez-vous revenir sur votre engagement. À quand remonte-t-il ?

— À 16 ans on savait ce qu’on voulait ! Et quand on pouvait le réaliser, on le faisait. Mon père me disait : « Laisse passer la guerre. » J’avais en tête la guerre de Cent ans dont on parlait à l’école. Alors je répondais : « Ben si elle doit durer cent ans, je serai morte avant d’entrer au couvent. » Alors en 1943, j’ai quitté Saint-Crépin et je suis entrée à la Providence à Gap. À part un temps en Italie pour continuer des études de musique, et une autre parenthèse plus tard de six ans là encore en Italie, j’ai toujours été présente sur le diocèse, dont vingt ans à Saint-Bonnet où j’ai passé les plus belles années de ma jeunesse au service de la paroisse.

— Quel sentiment vous habite quand vous regardez ces soixante-dix ans de vie religieuse ?

Vous m’avez gâtée
au-delà de mes espérances !

— Que de la joie et de l’action de grâce au Seigneur ! « Vous m’avez gâtée au-delà de mes espérances ! » lui dis-je. J’ai été heureuse dans ma vie de tous les jours. J’ai travaillé jusqu’à 80 ans et je suis dans la maison depuis 2010. Je prends la vie comme elle vient.

— Changer de maison, changer de rythme, changer d’entourage, cela ne vous a pas dérangée ?

— Non. La joie ne dépend pas du lieu où l’on se trouve. Tenez, j’ai justement copié cette phrase trouvée sur Panorama ce matin.

Elle me donne à lire la phrase qu’elle a copiée : « On est heureux quand on est bien là où l’on est, et heureux de faire ce que l’on fait. » Puis, voyant accroché au mur la photo d’un couple et le dessin d’une religieuse, je lui demande :

— Qui sont ce couple et cette religieuse ?

— Mes parents. Et la sœur de ma mère. Elle a été supérieure générale de la Congrégation. Une maîtresse femme… elle était au Mexique. C’était alors la persécution là-bas. On l’appelait « le chevalier Macaire. »

— Oui, ça se sent qu’elle était une maîtresse femme. Mais autre chose transparaît aussi, une grande bonté…

— Oh oui, et jamais vous n’entendrez une sœur de la congrégation dire le contraire. Elle était bonne comme du bon pain.

— Vous êtes jubilaire. Fêter des jubilaires équivaut à fêter la fidélité dans la durée. Mais sur quoi porte cette fidélité ? Sur quoi doit-on évoluer ?

— Je suis ouverte aux changements. J’ai aimé que la société change. J’ai été heureuse de tout. Ce qui est resté toujours, tout en grandissant sans cesse, c’est l’amour du Seigneur ! J’aime le Seigneur comme quand j’avais 18 ans [rires]. C’est un amour fou !

— Ce que vous me dites me fait penser à votre patron, Louis de Gonzague. C’est vous qui l’avez choisi ?

— Oui, je l’ai choisi en apprenant l’épisode de sa vie où, à ceux qui lui demandaient ce qu’il ferait s’il apprenait que dans une demi-heure la fin du monde allait arriver, il répondit : « Eh bien je continuerais à jouer au ballon ! » Jeune, j’étais indifférente à la mort. Après une grave maladie, j’ai même pleuré de ne pas mourir. Alors puisque le Seigneur ne m’a pas prise à ce moment-là, peut-être que ce sera quand j’aurais 100 ans ! Lorsqu’on s’étonne que je suis entrée si jeune dans la vie religieuse, je réponds : « Si c’était à refaire, je referais pareil. » À six ans je priais tous les jours le Seigneur de m’indiquer le chemin que je devais suivre. À 10 ans, la parole d’un prédicateur m’a touchée. Je détestais l’école. Et je l’ai entendu dire qu’il existait des « écoles de Dieu ». Je me suis dit : « C’est cette école-là que je veux ! J’irai à l’école de Dieu et j’épouserai le maître. » Six ans plus tard, j’entrais à la Providence et j’ai épousé le Maître ! Des épousailles que je n’ai jamais regrettées.

Que sœur Louis de Gonzague n’ait jamais regretté ce choix, tout son être le laisse transparaître. Quittant avec elle sa chambre, nous nous rendons à la chapelle pour assister à la messe. Le père Guillaumier est là, concélébrant, ainsi que de nombreux résidants de l’Ephad. Le père Schellenkens, qui fête cette année ses cinquante-cinq ans de sacerdoce, lit l’évangile : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi », dit Jésus. Je pense alors à toutes ces longues vies attirées par l’eucharistie dans la chapelle, avec leurs fidélités et leurs ruptures, désormais attirées et tournées vers l’unique nécessaire.

Propos recueillis par Thierry Paillard