Le père Jean-Baptiste Tran installé curé pour les paroisses du secteur de La Saulce

Dimanche 4 octobre 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a installé le père Jean-Baptiste Tran comme curé de La Saulce et des paroisses environnantes. Le père Jean-Michel Bardet ainsi que le diacre André Vallet étaient présents. Aussi, outre les paroissiens et les élus, dont Albert Gaydon, maire de La Saulce, et Rémi Costorier, maire de Lardier-et-Valença, l’assemblée comptait parmi ses membres de nombreux Vietnamiens. La célébration a été suivie d’un apéritif à La Saulce et d’un repas à Lardier.

Ci-dessous l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, diverses vidéos de la célébration, une présentation des textes prévus par la liturgie pour l’installation d’un curé et deux diaporamas de photos.


L’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri :

Homélie

Ce dimanche s’ouvre à Rome le synode convoqué par le pape François sur la vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain. Cette assemblée fait suite au synode de l’année dernière où déjà il était question de la famille.

Comme le pape inaugure ce synode par la messe en la basilique Saint-Pierre avec les mêmes textes que ceux que nous venons d’entendre, je vous invite à lire son homélie qu’il est facile de trouver sur internet. Et dans quinze jours il canonisera Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, et là aussi il sera intéressant d’écouter ce qu’il dira en cette occasion.

Déjà la semaine dernière, son homélie était tout un programme. Le pape clôturait alors à Philadelphie la 8e rencontre mondiale des familles. Il nous rappelait, je le cite, « la tentation d’être scandalisé par la liberté de Dieu, qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (cf. Mt 5, 45), en contournant la bureaucratie, les milieux officiels et les cercles restreints ». Et le pape ajoutait que « mettre en doute l’œuvre de l’Esprit, donner l’impression que cette œuvre n’a rien à voir avec ceux qui ne ‘‘font pas partie de notre groupe’’, qui ne sont pas ‘‘comme nous’’, est une tentation dangereuse. Cela, non seulement, bloque la conversion à la foi, mais encore constitue une perversion de la foi. » Fin de citation.

Le pape François nous invite à ouvrir notre cœur pour être à l’écoute de l’Esprit Saint. Ouvrons nos cœurs pour accepter la liberté de Dieu.

Dieu est souverainement libre. Et pour un séminariste, comme pour une religieuse, comme pour un prêtre, comme pour un évêque, comme pour tout chrétien, nous ne prions pas pour faire plier Dieu à notre volonté, mais nous prions pour entrer peu à peu dans la sienne.

Cette liberté de Dieu, n’oublions pas que nous en avons été les premiers à en faire l’expérience. Dieu nous a aimés le premier, et si nous l’aimons, c’est en retour, c’est en réponse à son amour.

Cette liberté de Dieu, celui qui devient curé, cher Jean-Baptiste, en fait l’expérience aussi. C’est l’évêque qui lui demande d’accepter cette mission, et si le curé acquiesce, c’est qu’il entend dans cet appel de l’évêque l’appel de Jésus lui-même. Le nouveau curé ne se donne pas sa mission il la reçoit.

Alors combien sommes-nous, évêques et prêtres, religieux et religieuses à avoir répondu à l’appel du Seigneur ? Même si dans un premier temps la réaction a été : « Tout, Seigneur, mais pas ça… tout mais pas moi ! Mon voisin, oui, mais surtout pas moi ! » Et finalement nous avons répondu à cet appel, car nous savions au plus profond de notre cœur que malgré nos fautes et nos faiblesses c’était un appel à une relation d’amitié et d’intimité plus profonde avec Jésus, un appel à collaborer avec lui sous une forme particulière au salut, à l’annonce de la Bonne Nouvelle, un appel qui nous était personnellement adressé, et que l’Église a confirmé par la voix de l’évêque.

Cette liberté de Dieu, celui qui se sent appelé à se marier en fait l’expérience aussi. Il quitte son père et sa mère, il s’attache à sa femme, ou sa femme à son époux. Mais c’est parce que Dieu dans sa liberté lui a façonné une aide à son image. Le séminariste – puisqu’hier au soir j’ai fait un premier appel de Fabien à Laragne – le séminariste même une fois lecteur et acolyte, peut continuer vers le sacerdoce ou non. Il arrive qu’un séminariste se sente appeler à vivre sa foi en tant que laïc chrétien dans la vie civile. Ce n’est pas la plupart du temps par démission, par fuite, mais bien parce qu’au plus intime de son cœur il entend le Seigneur l’appeler sur un autre chemin de sainteté. Et ce n’est pas parce que la voie du mariage est plus ordinaire qu’elle est moins louable. Zélie Martin, qui avait voulu tout d’abord être religieuse, et qui finalement s’est mariée avec Louis, écrira après la naissance de ses premiers enfants : « J’aime les enfants à la folie, j’étais née pour en avoir… » Zélie Martin ne s’était pas accrochée à son idée d’être religieuse. Elle avait été suffisamment souple, à l’écoute de Dieu pour accepter d’autres vues de Dieu sur elle.

Cette liberté de Dieu enfin, les parents en font l’expérience, car aucun de leurs enfants ne se ressemblent. Parfois même ils ne les comprennent pas ! Une des filles Martin, Léonie, était dotée de déficiences physiques et intellectuelles. Elle était, enfant, incomprise de tous, ingouvernable, obligeant chacun dans la famille à déployer un trésor de patience. Et pourtant cela ne l’a pas empêchée d’apprendre à aimer, à espérer. Sa vie peut se résumer dans cette prière qu’elle a écrite : « Ô mon Dieu, dans ma vie où Vous avez mis peu de ce qui brille, faites que comme Vous, j’aille aux valeurs authentiques, dédaignant les valeurs humaines pour estimer et ne vouloir que l’absolu, l’éternel, l’Amour de Dieu, à force d’Espérance. »

La famille ne tire son origine ni de la liberté d’un individu, ni des lois d’une société. La famille tire son origine de Dieu lui-même ! La famille est le lieu où des frères et des sœurs apprennent à s’accepter alors qu’ils ne se sont pas choisis. La famille où nous grandissons nous a été donnée. Et elle est le lieu de l’apprentissage du don de soi, du don réciproque, du soutien mutuel. Toute famille a ses forces et ses faiblesses. Et pour avoir rencontré tant de familles, je peux dire que pas une ne ressemble à une autre. Toutes les familles diffèrent les unes des autres, chacune avec ses codes, ses habitudes, ses forces, ses faiblesses, ses problèmes, ses défis, ses joies, ses peines.

Vous savez sans soute que l’Église considère les familles comme des « Églises domestiques », des « petites Églises ». Qu’est-ce à dire sinon qu’il y a une analogie, une étroite ressemblance, entre la vie en famille et la vie au sein d’une communauté chrétienne ! Dans la petite comme dans la grande Église, il est demandé de prier ensemble, de préserver la concorde, d’être tourné vers l’extérieur et de pratiquer l’hospitalité. Dans la petite comme dans la grande Église, il est question de transmission de la foi, de justice et de charité concrète, d’obéissance mutuelle.

Mais il n’y a pas de famille idéale. Comme il n’y a pas de communauté idéale. Alors il ne faut pas rêver notre Église, elle est faite de pécheurs. Ne rêvons pas notre communauté, notre paroisse, nos prêtres, notre évêque, le pape, prenons-les comme ils sont. Ne rêvons pas notre famille, faisons avec. Acceptons celles et ceux que Dieu met sur notre chemin. Et au lieu de tenter de les faire entrer dans nos cases, de les faire entrer dans nos manières de voir et de faire, cherchons ensemble à entrer dans les vues de Dieu.

Nous sommes de la famille de Jésus, parce que dans sa liberté il l’a voulu ainsi. Alors ne posons pas de limites là où Dieu n’en met pas ! Dans l’évangile d’aujourd’hui les disciples veulent poser des limites, des frontières ; ils veulent déterminer qui mérite d’approcher Jésus et qui ne le mérite pas. Et ils écartent les enfants. Ils veulent Jésus pour eux tout seuls. Mais Jésus se fâche. « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. »

Dans les familles et dans les communautés chrétiennes où Dieu nous a placés, dans ces familles et communautés que nous n’avons pas choisies, Jésus nous invite à être comme ces enfants, c’est-à-dire qu’il nous invite à être sans idées préconçues, sans arrière-pensées. Il nous invite à être au contraire curieux, ouverts, émerveillés, admiratifs les uns des autres.

Alors, est-ce aujourd’hui, nous allons écouter sa Parole ?

Mon cher Jean-Baptiste, je suis heureux de te confier les paroisses du secteur de La Saulce. C’est un beau secteur et tu prends la suite du Père Fournier que je remercie pour le dévouement avec lequel il a exercé sa responsabilité. Je tiens à lui exprimer ma reconnaissance pour sa disponibilité à chaque fois que je lui ai confié une nouvelle charge.

Merci aussi au père Bedin et au diacre André Vallet pour avoir organisé l’intérim. Quant à toi Jean-Baptiste je connais tes dons d’organisateurs, tes qualités intellectuelles aussi. Tu es riche d’une double culture, celle de ton Vietnam natal et celle de la France. Tu es un meneur, un fonceur, mais attention de ne pas aller trop vite, prends le temps d’observer, prends le temps d’écouter. Un bon général apprend à écouter, à observer et à marcher au pas de son armée s’il veut remporter la victoire. Il prend garde d’éviter le risque de courir devant tout seul. Je te remercie d’avoir accepté cette nouvelle charge, tu sais l’affection que j’ai pour toi, tu es l’un de mes fils très cher puisque que c’est de mes mains que tu as reçu le sacrement de l’ordre. Ma porte, tu le sais, te sera toujours ouverte…

Et maintenant, prions…

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de Gap et d’Embrun


Le chant d’offertoire en vietnamien et installation du père Jean-Baptiste Tran dans sa fonction de “sanctification” du peuple chrétien (après celle “d’enseignement” et avant celle de “gouvernement”) :


Le curé :
prêtre, prophète et roi1

La théologie attribue trois fonctions au Christ (tria munera Christi) confiées par Lui à son Église. Ce thème s’enracine dans le donné biblique et patristique. Déjà Eusèbe de Césarée constatait dans son Histoire ecclésiastique (écrite en 324) qu’en Israël trois types de ministres recevaient l’onction (les prêtres, les prophètes et les rois) et que selon l’évangéliste Luc (au chapitre 4 verset 18) Jésus était venu pour accomplir les trois.

Ces trois fonctions (de prêtre, de prophète et de roi) ont été très développées au Concile Vatican II et ont servi de trame pour le nouveau Code de droit canonique de 1983.

Tout chrétien, au nom même de son baptême, participe à cette triple mission du Christ de prêtre, de prophète et de roi. Le chrétien exerce ces charges, ces missions, ces fonctions, par sa participation à la vie liturgique et sacramentelle de l’Église et par sa prière personnelle (prêtre), par sa participation à l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus­-Christ autour de lui (prophète), par sa participation au service du bien-être de tous (roi).

Mais parmi les baptisés certains sont appelés à être prêtres, prophètes et rois d’une façon “ministérielle”. En raison du sacrement de l’ordre qu’ils ont reçu, ils ont la charge de présider les célébrations au nom du Christ, d’être les pasteurs du peuple de Dieu, et d’enseigner avec autorité la foi reçue des apôtres.

Pour les catholiques, cette participation au titre du “ministère” diffère tellement de la participation au titre du “baptême” que le Concile Vatican II dit que la différence n’est pas simplement “de degré”, elle est même “de nature” (Lumen Gentium, 10).

Cette différence entre le baptisé “ordinaire” et le baptisé “ordonné” ne se situe pas au niveau de la sainteté personnelle. D’ailleurs bien des laïcs sont plus saints que leurs pasteurs… Elle se situe au niveau de la place tenue par le ministre ordonné au sein de la communauté chrétienne au nom du Seigneur.

Au sein de la communauté chrétienne, c’est l’évêque qui, en tant que successeur des apôtres, reçoit du Seigneur les tria munera en plénitude. Aussi le Concile Vatican II, dans sa constitution Lumen Gentium, présente-t-il tour à tour la fonction d’enseignement des évêques (LG 25) (“Parmi les charges principales des évêques, la prédication de l’Évangile est la première”), la fonction de sanctification des évêques (LG 26) (“L’évêque, revêtu de la plénitude du sacrement de l’Ordre, porte ‘la responsabilité de dispenser la grâce du suprême sacerdoce’, en particulier dans l’Eucharistie”) et la fonction de gouvernement des évêques (LG 26) (“Chargés des Églises particulières qui leur sont confiées, les évêques les dirigent comme vicaires et légats du Christ”).

Les évêques choisissent parmi les baptisés ceux appelés à devenir leurs “collaborateurs dans le sacerdoce” (liturgie de l’ordination des prêtres). Les évêques se font donc aider par les prêtres, « consacrés pour prêcher l’Évangile, pour être les pasteurs des fidèles et pour célébrer le culte divin » (LG 28), et par les diacres choisis pour servir « le peuple de Dieu dans la ‘diaconie’ de la liturgie, de la parole et de la charité » (LG 29).

La liturgie de l’installation d’un curé rend compte de cette théologie. Voici ci-dessous les paroles adressées par l’évêque au nouveau curé au cours de la messe dite “d’installation” :

“Prophète”
Mission d’enseignement

Avant la lecture de l’évangile, l’évêque confie au nouveau curé la mission d’enseignement :

Père, en vous nommant curé de ces paroisses,
je vous donne mission
d’y annoncer à tous l’Évangile de Jésus Christ, Seigneur et Sauveur.

 Vous enseignerez fidèlement le peuple chrétien qui vous est confié,
par la prédication, par la catéchèse proposée à tous les fidèles
et aussi par toutes les autres formes
de réflexion spirituelle et d’approfondissement doctrinal.

 Vous exercerez cette mission
avec la collaboration des prêtres et des diacres et avec l’aide des laïcs.

 Que Dieu bénisse votre ministère
et qu’il soit dans votre cœur et sur vos lèvres
pour proclamer la Bonne Nouvelle,
au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Amen !

“Prêtre”
Mission de sanctification

Avant la liturgie eucharistique, l’évêque confie au nouveau curé la mission de sanctification :

Père, en vous nommant curé de ces paroisses,
je vous donne mission d’œuvrer à la sanctification des fidèles par la force de l’Esprit Saint
donnée à tous les membres du corps du Christ.
Ainsi rendront-ils gloire à Dieu, notre Père,
faisant grandir la charité entre tous.

 Vous présiderez la célébration de la liturgie.
Vous veillerez à ce que les sacrements soient donnés
à cette communauté habitée par le goût de la prière. 

Et surtout, que tous trouvent leur force et leur joie dans l’Eucharistie,
mémorial de la mort et de la résurrection du Christ,
signe de l’unité de l’Église, source et sommet de tout apostolat.

“Roi”
Mission de gouvernement
ou mission de pasteur

Avant le signe de paix, l’évêque confie au nouveau curé la mission de gouvernement :

Père, en vous nommant curé de ces paroisses,
je vous donne part à ma mission de pasteur
que le Seigneur m’a confiée pour le diocèse de Gap et d’Embrun,
comme successeur des apôtres.

 Vous travaillerez à établir entre tous
la communion de la foi et de la charité, rendant ainsi visible,
en ces paroisses,
le mystère de l’Église, corps mystique du Christ. 

Que votre ministère de gouvernement se déroule dans la paix
et qu’il soit de miséricorde et d’amour fraternel. 


À la fin de la célébration, les remerciements par le Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et par le père Jean-Baptiste Tran :

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Cet article a 3 commentaires

  1. MONSEIGNEUR,j’ai tout visionné avec attention,le 3 octobre,l’institution du séminariste,Fabien Guilloth,comme lecteur et acolyte,et le 4,l’installation du Père Jean Baptiste TRAN,curé des paroisses.Vos homélies touchantes et paternels.”Tu es l’un de mes fils très cher puisque c’est de mes mains que tu as reçu le sacrement de l’ordre”.Comme j’aimerais assister à une cérémonie sacerdotale,pour la dignité et le dévouement qu’elle exige! La Grâce divine!.Mes respects à tous les 2,serviteurs de DIEU et de l’Eglise.

  2. Que de visages radieux du plus petit au plus grand lors de l’installation de ce prêtre, et, agréablement surprise de voir tant de vocations de prêtres venus du Vietnam qui s’installent dans nos Églises et notre pays.
    Que le Seigneur lui accorde de remplir son Ministère avec toujours autant de joie qu’en ce jour d’installation.

  3. Quelle joie que de voir ces jeunes prêtres si joyeux d’êtres là ! Le chemin du Père Jean-Baptiste sera, à n’en pas douter, lumineux !

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