Mercredi 23 mai à 18h00, la délégation 04/05 du Secours catholique a inauguré son nouveau siège administratif, transféré depuis le 1er avril de Gap à Manosque dans le cadre d’une réorganisation administrative et logistique. À noter que ce changement n’affecte en rien le fonctionnement du Secours catholique à Gap et dans les Hautes-Alpes.

À cette inauguration se trouvaient présents des membres du Secours catholique, des autorités civiles et des autorités religieuses dont Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Ci-dessous, quelques photos et le discours qu’il a prononcé à l’occasion, ainsi que celui du père Christophe Disdier-Chave, vivaire général de Digne, en l’absence pour raison de santé de Mgr François-Xavier Loizeau.

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Discours de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

 

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et Mgr Félix Caillet, son vicaire général

Vienne le jour où ce que nous allons vivre ensemble ce soir, l’inauguration de locaux au service de la solidarité et de l’accueil, ne sera plus nécessaire ! Vienne le jour où les associations caritatives laïques et confessionnelles n’auront plus de raisons d’être ! Vienne le jour où chaque homme, chaque femme, chaque enfant et chaque jeune trouvera sa place dans la société et sera reconnu par les autres ! Vienne le jour où chacun pourra avoir sa part légitime de bonheur ! Vienne le jour où le regard des autres ne sera plus celui du mépris ou de l’indifférence ou de la condamnation ! Oui, qu’advienne ce jour là ! Celui où la devise de notre pays « Liberté, Égalité, Fraternité » ne figurera plus seulement sur le fronton de nos édifices publics ou sur la face de nos pièces de monnaies, mais sera définitivement gravée dans les cœurs et passée dans les actes.

Quand donc verrons-nous seulement pointer l’aurore d’un tel jour ? Ce bonheur sera-t-il offert à notre génération ? Ou, pour être plus explicite, saurons-nous en être les artisans, car c’est bien de chacun de nous que cela dépend.

Le père Christophe Disdier-Chave, vicaire général de Mgr François-Xavier Loizeau, Claire Mossa, secrétaire de la délégation, un aumônier laïc du 04, Pierre Fortoul, vice-président du 05, Isabelle Cazajous, déléguée permanente du 04/05, Norbert Mouïren, président de la délégation

C’est parce que nous sommes encore loin de célébrer ce jour que nous voici réunis ce soir pour inaugurer les nouveaux locaux du Secours Catholique. J’apprécie que ma responsabilité pastorale me donne de me trouver parmi vous. Je regrette que la santé de mon confrère, Mgr François-Xavier Loizeau, que j’ai visité cet après-midi et qui pense à nous, ne lui ait pas permis d’être des nôtres. Le Père Christophe Disdier-Chave, son vicaire général, est là au titre de sa charge dans le diocèse de Digne mais aussi pour représenter son évêque. 

Ce sont la souffrance, la détresse, la désespérance de bon nombre de nos concitoyens qui nous réunissent ce soir et nous permettent de dépasser nos différences de quelques ordres qu’elles soient, politiques, idéologiques ou religieuses. Le service de l’homme, quelles que soient les raisons qui l’inspirent doit faire tomber les murs qui dans d’autres circonstances pourraient nous séparer.

Norbert Mouïren, président de la délégation des Alpes du sud

C’est pour nous une question de dignité. La nôtre, qui passe par le respect de celles des autres et en particulier des plus défavorisés.

Ce soir, comment ne pas penser au fondateur du Secours Catholique, Mgr Rodhain ? Sans doute savait-il que de nombreuses années après lui il serait encore l’inspirateur d’actes d’amour, de solidarité de charité et de fraternité.

J’ai une affection toute particulière pour Saint-Vincent de Paul lui qui est l’un des grands précurseurs de l’action caritative et dont Mgr Rodhain est l’un des héritiers.  

Permettez-moi de vous confier une phrase que j’ai retenue de Saint-Vincent de Paul. Celui-ci disait : « Il faut savoir quitter Dieu pour Dieu. » Quitter le Dieu de l’autel pour le retrouver dans le pauvre. Le Dieu présent sous les apparences du pain eucharistique est le même Dieu que celui qui est présent en nos frères les pauvres. Il ajoutait encore, s’adressant aux premières jeunes filles de la haute société venues l’aider dans sa mission : « Et s’il y a un sujet légitime, mes chères filles, c’est le service du prochain. Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est à dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre… Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! Sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est le servir ? »

Claire Mossa, secrétaire

Aujourd’hui encore, de telles phrases, si simples, atteignent notre cœur et notre intelligence. Depuis Saint-Vincent de Paul les temps ont changé, mais les formes de pauvreté n’ont pas pour autant disparu ! Elles ont pris un autre visage. Tantôt celui de la prostitution, de la drogue, de la violence, tantôt celui de l’errance, du chômage, de la révolte, du suicide, du manque d’amour, tantôt encore celui de toutes les détresses morales et spirituelles, devant lesquelles notre société se trouve démunie, voire désemparée.

Saint-Vincent, par la force de son bon sens su s’adapter à toutes les situations y compris les plus dramatiques. Il a pris l’Évangile à la lettre et essayé de le vivre chaque jour dans sa relation aux pauvres. C’est sans doute là que son regard atteint sa véritable profondeur : le pauvre, c’est Jésus-Christ.

Chrétiens ou pas, nous devons œuvrer à un nouveau modèle de rapports humains. Aux notions traditionnelles de pouvoir, de force et de violence, il faut en substituer d’autres : la bienveillance, l’attention, le respect de l’autre, la compassion, la tendresse, la douceur…en un mot bien galvaudé parfois, la Charité.

La justice ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes sociaux. Il faut un cœur, une âme, une fidélité sans condition et sans rupture. Il n’y a pas de séparation entre l’intelligence et le cœur. Le cœur élève l’esprit comme aussi bien l’esprit élève le cœur. A côté du droit au bonheur, du droit à la santé, du droit à la paix, l’homme à droit à des égards, réflexion de l’intelligence mais aussi faculté cordiale, faculté de sympathie.

Pierre Fortoul à l'orgue de Barbarie

Je veux dire toute notre reconnaissance au Secours Catholique qui, à sa façon, a su reprendre le flambeau de Saint-Vincent de Paul et de bien d’autres. Un merci tout particulier aux responsables et à tous les bénévoles qui œuvrent à leurs côtés.

Les plus anciens d’entre nous gardent peut-être en mémoire ce magnifique film qui retrace la vie de Monsieur Vincent, merveilleusement interprété par Pierre Fresnay.

J’ai vu ce film lorsque j’étais adolescent. J’avais été particulièrement ému par la scène au Monsieur Vincent dépose sur la table un bébé abandonné, trouvé sur les marches d’une église. Les jeunes femmes de la bonne société qui sont auprès de lui alors se détournent, refusant d’accueillir « le fruit du péché » qu’est à leurs yeux cet enfant innocent.

avec un conseiller général

Monsieur Vincent après un long moment de silence, les regarde chacune puis dit : « Faites moi au moins l’aumône d’un regard. »

Je suis certain que celles et ceux qui viendront frapper à la porte du Secours Catholique ici à Manosque, ne trouveront pas seulement l’aumône d’un regard, mais l’Amour, le véritable Amour celui qui seul peut remettre un homme debout.

Cet Amour, reçu de Dieu, qui nous fait saisir la main de celui qui n’a même plus la force de tendre la sienne.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de Gap et d’Embrun

 

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Discours du Père Christophe Disdier-Chave

Chers amis du Secours catholique,

Inaugurer de nouveaux locaux est sans doute l’occasion de reprendre conscience de ce qui vous motive, de vos principes d’actions

« Le but premier du Secours catholique dans l’Église, c’est d’abord un travail pédagogique, un travail d’éveil à la charité, un travail d’éducation de la charité », déclarait votre fondateur Mgr Jean Rodhain. Vous êtes chargés d’alerter et d’éveiller les communautés chrétiennes et le plus grand nombre à l’attention aux pauvres et au service dela Charité. La Charité ce n’est pas l’attitude condescendante des riches que nous serions envers les pauvres.La Charitéest la façon d’aimer de Dieu lui-même. C’est cette vertu qui met notre cœur au diapason du cœur du Christ et qui nous pousse à aimer nos frères comme lui les aime. Le Secours catholique est là pour rappeler à l’Église tout entière qu’elle est servante de tous. Elle ne délègue pas à certains cette mission. Le rôle du Secours catholique, dans l’Église, n’est pas d’être le délégué des autres au service des plus pauvres. Votre mission est de rappeler à tous les membres de l’Église que notre commune vocation est de nous mettre par amour au service les uns des autres, notamment des plus petits, des plus faibles, de celles et ceux que la vie et nos manques de solidarité, personnel ou sociétal, ont le plus malmené.

Les propos suivants de Benoît XVI me semblent bien appropriés à la manifestation de ce soir.

« Nous ne contribuons à un monde meilleur qu’en faisant le bien, maintenant et personnellement, passionnément, partout où cela est possible, indépendamment de stratégies et de programmes de partis. Le programme du chrétien, le programme de Jésus – est «un cœur qui voit». Ce cœur voit où l’amour est nécessaire et il agit en conséquence. De plus, la charité ne doit pas être un moyen au service de ce qu’on appelle aujourd’hui le prosélytisme. L’amour est gratuit. Il n’est pas utilisé pour parvenir à d’autres fins. Celui qui pratique la charité au nom de l’Église ne cherchera jamais à imposer aux autres la foi de l’Église. Il sait que l’amour, dans sa pureté et dans sa gratuité, est le meilleur témoignage du Dieu auquel nous croyons et qui nous pousse à aimer. Il sait que Dieu est amour (cf. 1 Jn 4,8) et qu’il se rend présent précisément dans les moments où rien d’autre n’est fait sinon qu’aimer. » (Deus Caritas est, 31)

Chers amis du Secours catholique,
L’option préférentielle pour les pauvres est au cœur de l’enseignement social de l’Église catholique. La tradition chrétienne la rapproche constamment des principes de charité et justice : « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu’accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice » (Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis). Au cœur de votre existence, de votre vie et de votre action il y a cette option préférentielle pour les pauvres. C’est votre raison d’être. Le jour où il n’y aura plus de pauvres vous n’aurez plus de raison d’être. Vous avez, malheureusement de beaux jours devant vous, c’est Jésus lui-même qui l’affirme : « Des pauvres vous en aurez toujours parmi vous… » (Mt 26,11).

Vous êtes au service des pauvres mais pas dans une attitude paternaliste : ils sont des acteurs, coresponsables. Le Secours catholique est un service de l’Église. Son œuvre il doit l’accomplir en partenariat avec les acteurs sociaux et ecclésiaux ou avec d’autres, comme les membres d’autres religions ou d’autres, même non croyants. C’est ensemble, membres de la même famille humaine, qu’il nous faut travailler à rendre ce monde plus juste, plus solidaire, plus fraternel. Vous accueillez et agissez au nom de votre foi, en Dieu, en l’homme, au nom du Dieu fait homme Jésus. Vous existez pour « apporter, partout où le besoin s’en fera sentir, à l’exclusion de tout particularisme national ou confessionnel, tout secours et toute aide directe ou indirecte, morale ou matérielle, quelles que soient les options philosophiques ou religieuses des bénéficiaires » (Statuts du Secours catholique).

Bonne continuation dans cette belle mission de vous faire le prochain de toute femme et de tout homme qui avant de frapper à la porte de nouveaux locaux ne cessent de frapper à la porte de nos cœurs. Aidez-nous à savoir les entendre et à leur ouvrir.

Père Christophe Disdier-Chave,
vicaire général de Digne

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Secours catholique
Délégation des Alpes
Ecoforum
260, avenue Régis-Ryckebusch
04100 Manosque
 
Tél. : 04.92.70.96.50
Courriel : alpes@secours-catholique.org
 

Site internet du Secours catholique

Cet article a 1 commentaire

  1. Marie josé Grimaldi

    je me souviens de ce film … C’est au cinéma de “Monsieur le curé” que je l’ai vu pour la première fois ! Doux souvenir!

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