Alors que l’eau vient à manquer

Alors que l’eau vient à manquer, Mgr Xavier Malle invite les chrétiens des Hautes-Alpes à trois jours de prière pour la pluie, les 8, 9 et 10 décembre 2017.

Le mot de l’évêque

Chers diocésains,

À l’heure où je vous écris, le ciel de notre grande région PACA est bleu, alors qu’il pleut partout ailleurs en France. Peut-être pleuvra-t-il enfin quand vous lirez ces lignes. Mais l’urgence me semble telle que je juge utile de vous parler de la sécheresse, encouragé par une habitante du Lautaret qui m’a envoyé une lettre le 21 novembre dernier, me demandant de prendre une initiative de prière.

Aussi, après avoir consulté le Conseil épiscopal, je vous propose une grande prière pour la pluie. Dans le missel que le prêtre utilise pour célébrer la messe, il y a justement une messe « pour demander la pluie ».

Le temps propice de la prière pour la nature a souvent été le temps des rogations, les trois jours avant le Jeudi de l’Ascension. Mais aujourd’hui la situation automnale est exceptionnellement périlleuse pour notre région et nous ne pouvons pas attendre. Je vous invite donc à trois jours de prière pour « demander la pluie », les 8, 9 et 10 décembre prochain.

La bible retentit d’appel à Dieu en période de sécheresse, et d’action de grâce devant ces prières exaucées. Par exemple, dans le psaume 64 :

« Tu visites la terre et tu l’abreuves,
tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau :
tu prépares les moissons. » (Psaume 64, verset 10)

Aussi, pour pouvoir prier ce psaume en vérité, je vous demande d’élever vers le Créateur une prière fervente pour demander la pluie. Vous trouverez ci-après des compléments importants sur cette initiative de prière.

J’ajoute que prier pour que vienne la pluie c’est – par voie de cohérence – réfléchir à nos pratiques quotidiennes de consommation d’eau et aussi aux choix d’alimentation, de transport, de chauffage qui participent au dérèglement climatique. Nous sommes alertés très souvent sur les incidences de notre style de vie sur ce dérèglement. Et si nous prions en vérité pour que vienne la pluie, l’Esprit nous donnera assez d’imagination et de persévérance pour avoir une pratique quotidienne de respect de la création. Le Dieu que nous prions, le Dieu de l’Alliance, nous a voulu partenaires de son œuvre de création ; et par la prière, par le cri que nous lui adressons, nous ne nous exemptons pas de nos responsabilités, de nos vigilances.

Un grand merci à chacun,

Votre évêque, + Mgr Xavier Malle

Trois jours de prière

Ces trois jours commencent le vendredi 8 décembre 2017, grande fête de Marie en son mystère de l’Immaculée Conception. Aussi nous pouvons prier Marie et plus particulièrement la Belle Dame du Laus, et prier aussi la vénérable Benoite, la voyante du Laus, qui était une bergère proche de la nature.  http://www.sanctuaire-notredamedulaus.com/

Vous pouvez prier dans votre temps de prière personnel, votre temps en famille ou en couple, en reprenant à votre compte la prière de la messe « pour demander la pluie » :

Dieu
à qui nous devons de naître, de vivre, et de grandir,
nous dépendons de toi en toutes choses :
Accorde-nous les pluies dont nous avons besoin,
afin qu’étant rassurés pour les fruits de la terre,
nous puissions mieux rechercher les biens de l’éternité.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen !

Les prêtres peuvent offrir au moins une messe de ces trois jours pour cette intention. Ils pourront également s’ils le souhaitent ajouter la prière ci-dessus en seconde oraison de cette messe.

Nous pouvons porter dans notre prière trois intentions :

  • que Dieu accorde la pluie en elle-même ;
  • que Dieu aide à convertir nos pratiques habituelles de consommation d’eau, de transport, etc. ;
  • que Dieu inspire des décisions sages aux dirigeants de notre département, de notre pays et au-delà.

Situation de la météo et ses conséquences

Notre département connaît depuis six mois une sécheresse terrible. Certes, pour parler de la beauté de notre région, chacun est fier de mentionner ses 300 jours par an de beau temps. Mais en réalité, la situation est dramatique pour chacun d’entre nous :

  • Conséquences pour nos frères et sœurs paysans qui perdent leurs cultures passées dont les fruits ne sont pas arrivés à maturité, ou à venir, et donc leurs moyens de vivre.
  • Conséquences pour la nature qui souffre. Des arbres risquent de mourir, et certains, après un été déjà marqué par de nombreux feux, risquent l’incendie pour l’été 2018.
  • Conséquences pour tout le monde de l’économie du loisir du ski : moins de neige.
  • Les barrages hydroélectriques sont historiquement bas, avec des risques de coupure d’électricité cet hiver.
  • Les rivières sont basses, entraînant de grandes inquiétudes sur l’alimentation en eau potable de villes comme Gap, et des conflits importants, car l’eau devient une source de tensions.
  • Des fissures peuvent apparaître dans des habitations suite à la sécheresse.

Une prise de conscience nécessaire

De ce mal qu’est la sécheresse, nous pouvons souhaiter une prise de conscience. Il y a certes peut-être des raisons cycliques aux sécheresses, mais ne nous voilons pas la face, notre activité humaine a des conséquences importantes. Notre activité personnelle également.

La situation mondiale est dramatique dans bien des pays du monde et souvent les pays les plus pauvres. Selon l’ONG Solidarités International « 2,6 millions de personnes (dont 1,8 millions d’enfants) meurent encore chaque année de maladies liées à cette eau insalubre. Soit une personne toutes les 10 secondes. Signe qu’un long chemin reste à parcourir avant que les populations les plus vulnérables n’accèdent à cette denrée si précieuse », estime l’organisation.

Le pape François, dans son encyclique sur l’écologie Laudato Si’, affirme de façon claire que « l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains ». Priver les pauvres de l’accès à l’eau, « c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable » (§ 30).

Pour aller plus loin

– Sécheresse : situation au 12 novembre 2017 selon Météo France http://www.meteofrance.fr/actualites/55719755-secheresse-situation-au-12-novembre-2017

– Label Eglise verte : https://www.egliseverte.org

– Encyclique du pape François sur l’écologie Laudado Si’, § 27 à 31 :

  1. D’autres indicateurs de la situation actuelle concernent l’épuisement des ressources naturelles. Nous sommes bien conscients de l’impossibilité de maintenir le niveau actuel de consommation des pays les plus développés et des secteurs les plus riches des sociétés, où l’habitude de dépenser et de jeter atteint des niveaux inédits. Déjà les limites maximales d’exploitation de la planète ont été dépassées, sans que nous ayons résolu le problème de la pauvreté.
  2. L’eau potable et pure représente une question de première importance, parce qu’elle est indispensable pour la vie humaine comme pour soutenir les écosystèmes terrestres et aquatiques. Les sources d’eau douce approvisionnent des secteurs sanitaires, agricoles et de la pêche ainsi qu’industriels. La provision d’eau est restée relativement constante pendant longtemps, mais en beaucoup d’endroits la demande dépasse l’offre durable, avec de graves conséquences à court et à long terme. De grandes villes qui ont besoin d’une importante quantité d’eau en réserve, souffrent de périodes de diminution de cette ressource, qui n’est pas toujours gérée de façon équitable et impartiale aux moments critiques. Le manque d’eau courante s’enregistre spécialement en Afrique, où de grands secteurs de la population n’ont pas accès à une eau potable sûre, ou bien souffrent de sécheresses qui rendent difficile la production d’aliments. Dans certains pays, il y a des régions qui disposent de l’eau en abondance et en même temps d’autres qui souffrent de grave pénurie.
  3. Un problème particulièrement sérieux est celui de la qualité de l’eau disponible pour les pauvres, ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours. Les maladies liées à l’eau sont fréquentes chez les pauvres, y compris les maladies causées par les micro-organismes et par des substances chimiques. La diarrhée et le choléra, qui sont liés aux services hygiéniques et à l’approvisionnement en eau impropre à la consommation, sont un facteur significatif de souffrance et de mortalité infantile. Les eaux souterraines en beaucoup d’endroits sont menacées par la pollution que provoquent certaines activités extractives, agricoles et industrielles, surtout dans les pays où il n’y a pas de régulation ni de contrôles suffisants. Ne pensons pas seulement aux décharges des usines. Les détergents et les produits chimiques qu’utilise la population dans beaucoup d’endroits du monde continuent de se déverser dans des rivières, dans des lacs et dans des mers.
  4. Tandis que la qualité de l’eau disponible se détériore constamment, il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, transformée en marchandise sujette aux lois du marché. En réalité, l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce quec’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable. Cette dette se règle en partie par des apports économiques conséquents pour fournir l’eau potable et l’hygiène aux plus pauvres. Mais on observe le gaspillage d’eau, non seulement dans les pays développés, mais aussi dans les pays les moins développés qui possèdent de grandes réserves. Cela montre que le problème de l’eau est en partie une question éducative et culturelle, parce que la conscience de la gravité de ces conduites, dans un contexte de grande injustice, manque.
  5. Une grande pénurie d’eau provoquera l’augmentation du coût des aliments comme celle du coût de différents produits qui dépendent de son utilisation. Certaines études ont alerté sur la possibilité de souffrir d’une pénurie aiguë d’eau dans quelques décennies, si on n’agit pas en urgence. Les impacts sur l’environnement pourraient affecter des milliers de millions de personnes, et il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle.

6 commentaires

  1. A la lecture du journal « La Croix » du 11 décembre, je me dois de réagir à l’initiative de l’évêque Mgr Xavier Malle qui aurait demandé aux croyants de « prier pour demander la pluie ».
    Bien sûr cette exhortation s’accompagne de propos essentiels, précisant notamment que « prier pour demander la pluie, c’est réfléchir à nos pratiques quotidiennes de consommation d’eau et aussi aux choix d’alimentation, de chauffage, de transport, qui participent au dérèglement climatique ».

    Mais l’objet du message, « demander la pluie », est choquant à plus d’un titre.

    Evidemment on pense à « demandez et vous obtiendrez »
    Mais Saint Augustin faisait bien de nous le rappeler : Dieu sait mieux que nous ce dont nous avons besoin.
    En invitant à prier pour demander la pluie, on risque de glisser vers les prières de « convocation » au lieu des « invocations », ou même vers des pratiques de superstition, comme j’en ai vu pratiquer au pays du vaudou et en bien d’autres régions africaines. Et quelles seront les interprétations de ce qui adviendra : s’il pleut, l’évêque et les prières ont réussi à obtenir la pluie ? Et s’il ne pleut pas, à quoi bon prier ? Que fait Dieu ? Où est-il ?

    Et surtout, pourquoi faudrait-il tout à coup que les chrétiens du Gard prient pour demander la pluie pour eux, pendant que des populations entières souffrent de la sécheresse et en meurent, depuis de nombreuses années maintenant, particulièrement dans la corne de l’Afrique et le problème ne fait que s’aggraver. Et les victimes de cette sécheresse qui parviennent à traverser la Méditerranée se voient refuser le statut de réfugiés sous prétexte que le régime de leur pays ne menace pas leur existence !

    Merci de demander à Mgr Xavier Malle de rectifier son message :
    – qu’il demande de prier pour toutes les victimes de la sécheresse
    – et pour que nos comportements permettent de soulager leurs misères et de les aider à survivre.
    Dieu sait ce qu’il a à faire … C’est plutôt nous qui ne savons pas ce que nous avons à faire !

  2. Oui, Père Évêque, je vous l’avoue, j’ai été un peu surpris de cette invitation à prier pour la pluie… Mais en réalité vous saisissez cette épisode de sécheresse, un épisode qui risque de se reproduire, pour nous mettre individuellement et collectivement face à nos responsabilités, pour interroger nos modes de vie, qui participent au réchauffement climatique, avec toutes les conséquences graves pour notre économie ici, dramatiques pour les ruraux, là-bas, qui souffrent dans leur chair et celle de leurs enfants.
    Oui ensemble prions. Joël.

  3. Bonsoir,
    Je suis protestante évangélique. J’écoute régulièrement Radio Notre Dame le matin en allant au travail. J’ai entendu ce matin cette initiative de prière et bien que n’étant ni catho ni habitante PACA, j’ai ensuite prié, ce que je ferai encore dans les jours qui viennent.

    Mais je me suis aussi directement demandé pourquoi cet appel à la prière n’est pas lancé à tous les diocèses de France, et pourquoi pas, de façon plus large dans la région et au-delà, sur un plan œcuménique ?? Chaque chrétien, quels que soient son lieu d’habitation et sa confession, n’est-il pas logiquement concerné par son prochain et son pays ?

    J’aimerais que mon message soit transmis à Monsieur l’Evêque… Merci !

  4. Oh Marie, très Sainte Vierge Marie, dans ton infinie Clémence, en compagnie de vos Anges, faites que tombe la pluie en abondance et fasse reverdir notre beau pays, que notre prière, par Saint Gabriel Archange, parvienne jusqu’à vous, Amen.

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