“L’Église catholique cohérente dans la défense de la vie”

Dimanche 14 janvier 2018, à l’invitation de la communauté Saint-Pie-V, Mgr Xavier Malle a célébré la messe selon la forme extraordinaire du rite romain en l’église gapençaise de Saint-André-les-Cordeliers.

Le père Luc Pecha a imploré l’indulgence de Mgr Xavier Malle de ne pouvoir offrir une vraie messe pontificale telle qu’on peut encore en voir dans des abbayes bénédictines. De son côté Mgr Xavier Malle a demandé l’indulgence de la communauté quant aux erreurs qu’il pourrait commettre sa “langue maternelle” au plan liturgique étant la forme ordinaire du rite romain.

Comme ce dimanche correspondait à la 104e journée du migrant et du réfugié, Mgr Xavier Malle a longuement évoqué dans son homélie cette journée mondiale.“L’Église catholique est une des rares institutions à avoir une cohérence dans la défense de la vie” a-t-il rappelé.

À l’issue de la célébration un apéritif rassemblant tous ceux qui le souhaitaient s’est tenu en la salle Saint-François prêtée par la paroisse. Au mot de bienvenue et de remerciement de Jean Bernard, président de l’association, Mgr Xavier Malle a répondu en évoquant l’enrichissement qu’il a perçu chez les fidèles qui vivaient les deux formes du rite romain.

Ci-dessous des photos et l’homélie de Mgr Xavier Malle :

Homélie
de Mgr Xavier Malle

Traditionnellement, la liturgie associe deux autres mystères à l’Épiphanie : le baptême du Christ et son premier miracle, les noces de Cana. D’où l’évangile en ce second dimanche après l’Épiphanie. Marie dit au Sauveur : « Ils n’ont point de vin. » Dom Guéranger relève que « c’est [bien] à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. […] Marie a compris tout d’abord l’intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu’elle répète sans cesse à tous ses enfants : « Faites ce qu’il vous dira. » »

De l’eau, Jésus en fait du vin. De notre humanité, Jésus veut en faire des saints. Et Marie nous montre le chemin : comme elle, présenter à Dieu les besoins de nos frères, comme elle, faire tout ce que Jésus nous dit.

Lors de nos messes, particulièrement lors de l’offertoire, nous offrons à Dieu nos joies et nos peines, nos lumières et nos ombres, la vie du monde. En ce 14 janvier, l’Église nous demande de présenter au Père nos frères et sœurs migrants et réfugiés. Cette journée existe depuis 1914, soit plus de 100 ans. Elle prend un relief particulier dans notre département. Beaucoup des chrétiens de Gap se sont dévoués pour accueillir ces jeunes migrants dans les salles Saint-André juste à côté. Nous n’avons pas fait de politique, mais nous avons fait ce que notre Seigneur nous dit, relayé par saint Matthieu au chapitre 25 : « J’étais nu, vous m’avez vêtu, j’avais faim, vous m’avez donné à manger, j’étais un étranger, vous m’avez accueilli. »

Ce matin je voudrais vous dire merci et lancer un appel. L’accueil de nuit étant maintenant pris en compte par la préfecture, nous avons maintenant passé le relais de l’accueil de jour au Secours catholique. Le Secours a besoin de vous. Ils n’ont plus de vin. Sans se lasser, le pape ne cesse d’attirer notre attention sur la réalité complexe et douloureuse des migrations. L’Église catholique est une des rares institutions à avoir une cohérence dans la défense de la vie, de toute vie, que ce soit des migrants qui meurent noyés en Méditerranée ou qui risquent gros dans nos montagnes, ou que ce soit les enfants et les mères victimes de ce terrible fléau qu’est l’avortement, ou encore des anciens victimes de l’euthanasie. Vous savez qu’il va y avoir dimanche prochain la marche pour la vie à Paris, je ne peux y aller cette année, mais je vous y encourage. Soyons cohérents : défendons la beauté de toute vie. Le pape François pour cette journée des migrants nous a offert un texte fort avec quatre verbes : « accueillir, protéger, promouvoir, intégrer ». Les évêques français en charge de ces questions ont repris chacun des quatre verbes pour les appliquer à la situation française. Je ne peux tout vous citer, mais voici une citation française pour chacun des verbes proposés par le pape :

Accueillir : « Nous entendons la crainte sécuritaire que beaucoup expriment devant la situation migratoire actuelle ; nous en sommes convaincus, cette situation se révèle d’autant plus anxiogène que l’arrivée des personnes semble parfois trop peu organisée. Dans ce contexte, la mise en place de voies d’accès légales et sûres apparaît d’autant plus souhaitable qu’elle permet précisément d’organiser l’accueil et, ce faisant, de concilier la sécurité de nos concitoyens et celle de personnes en quête de protection. »

Protéger : « L’élaboration et la mise en œuvre d’un nouveau cadre législatif ne doivent en aucun cas conduire à aggraver le cas de nombreux migrants déjà présents sur notre territoire et se trouvant pour certains en situation de très grande vulnérabilité. » Le document cite même notre département : « La situation dans les territoires frontaliers apparaît ainsi particulièrement préoccupante. Dans le Briançonnais mais aussi dans la vallée de la Roya dans les Alpes maritimes, le nombre de mineurs tentant d’entrer en France – parfois au prix de grands périls lorsqu’il leur faut traverser la montagne par leurs propres moyens – augmente de façon significative depuis maintenant deux ans. »

Promouvoir : « Le pape François nous invite à promouvoir le développement humain intégral des migrants. Cet appel qui s’enracine dans la tradition de l’Église est fondé sur la conviction profonde que « tous peuvent apporter une contribution à l’ensemble de la société, tous ont une particularité qui peut servir pour vivre ensemble, personne n’est exclu en vue d’apporter quelque chose pour le bien de tous. » »

Intégrer : « L’intégration est un processus long et complexe qui ne peut se réaliser pleinement que dans un climat positif à l’égard des migrants et de ceux qui les y accompagnent. Aussi, et sans minimiser les difficultés, nous semble-t-il essentiel de promouvoir une présentation positive des migrants et de la solidarité à leur égard. À la suite du pape, qui nous invite à regarder les uns et les autres avec un regard rempli de confiance, nous invitons tous nos concitoyens et en particulier les chrétiens à convertir leur regard. »

Frères et sœurs, comme dit saint Paul, les dons que nous avons reçus diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée. Donc je peux comprendre que tous n’ont pas le don d’aller accueillir les migrants au Secours catholique. Mais tous nous devons nous convertir. Tous nous devons aller plus loin que notre peur. Saint Paul ajoute : « Quant à l’amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres, vous prévenant d’honneur les uns les autres. » Les migrants ne peuvent être exclus de notre charité. Saint Paul poursuit : « Soyez pleins de la joie que donne l’espérance, patients dans l’affliction, assidus à la prière, prêts à subvenir aux nécessités des saints, empressés à donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent : bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent. »

Par notre baptême, nous sommes appelés à la sainteté. Le chemin le plus court est de dire comme Marie : « ils n’ont plus de vin », et de l’écouter nous dire : « faites tout ce qu’il vous dira ». Amen.

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)