Les 70 ans de l’AED à Gap

Le dimanche 4 février, Mgr Xavier Malle présidait la messe dominicale en la cathédrale de Gap. L’AED était présente pour fêter ses 70 ans d’existence. Son homélie :

Homélie

Il y a des phrases terribles dans la Bible, comme celles de Job : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée. Je ne compte que des nuits de souffrance. » Ou encore pire celles du prophète Jérémie au chapitre 20 : « Maudit soit le jour où je suis né ! Le jour où ma mère m’a enfanté, qu’il ne soit pas béni ! Pourquoi donc suis-je sorti du ventre ? Pour voir peine et tourments, et mes jours s’achever dans la honte ? » La vie est parfois très dure, frères et sœurs, et beaucoup d’entre nous l’expérimentent. Nous prêtres, sommes les témoins de tellement de souffrances. Alors nous pourrions tomber dans le désespoir, la désespérance, la dépression. Oui, on comprend Job : « Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Mais il y a une chose qui nous retient au bord du précipice : Jésus est allé plus bas encore en son agonie. Une petite phrase d’un sermon de l’abbé Huvelin guidera Charles de Foucauld toute sa vie : « Jésus vous avez tellement pris la dernière place que jamais personne n’a pu vous la ravir. » Une autre phrase nous retient de tomber dans la désespérance ; une pensée de Blaise Pascal qui met sur les lèvres du Sauveur : « Je pensais à toi dans mon agonie ; j’ai versé telles gouttes de sang pour toi. »

Ce salut, il est à l’œuvre aujourd’hui. Dieu est à l’œuvre. Vous avez l’impression que Dieu est absent, qu’il ne fait rien, mais Jésus crucifié apparaît plusieurs fois à sœur Benoîte au Laus à la Croix d’Avençon et lui dit : « ce que vous me voyez souffrir n’est pas ce que je souffre à présent, mais c’est pour vous faire voir ce que j’ai souffert pour les pécheurs et l’amour que j’ai pour eux. »

Qu’est-ce que nous demande Jésus dans l’évangile ? de faire comme lui, d’aller à la rencontre de celui qui souffre. Et également de faire comme la famille de Simon : « on parla à Jésus de la malade ». Cette phrase est magnifique : « on parla à Jésus de la malade ». C’est ce que vous faites frères et sœurs, quand vous priez pour un malade. Et alors qu’est-ce que Jésus fait pour la belle-mère de Simon ?… « Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait. »

Je peux vous affirmer que Jésus le fait toujours : « Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. » Ça oui, Jésus le fait toujours, s’approcher, nous prendre par la main, et nous remettre debout quand nous sommes abattus par les souffrances. En revanche la suite n’est pas toujours le cas : « La fièvre la quitta ». Là on a un miracle. Mais Jésus n’a pas guéri tous les malades qu’on lui présentait. « La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons. » Beaucoup, mais pas tous. J’ai vu de mes yeux des miracles après avoir administré l’onction des malades. Mais tous les malades à qui je l’ai administré n’ont pas guéri, à commencer par ma chère mère que j’ai accompagnée dans sa lutte contre la maladie, jusqu’à la fin.

Si Jésus permet des guérisons, c’est pour renforcer notre foi, pour justement que nous ne tombions pas dans la désespérance. Oui, Dieu est à l’œuvre dans le monde. Dieu est vivant. Les guérisons miraculeuses sont un signe de Dieu. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous savez que pour déclarer bienheureuse puis sainte quelqu’un, l’Église demande qu’elle fasse un miracle sérieux. En ce jubilé de Benoîte Rencurel, pour les 300 ans de son départ vers le Ciel, nous prions Dieu de nous accorder un miracle. N’hésitez pas à le demander. N’hésitez pas cette année à vous rendre au Laus pour demander une guérison pour vous ou pour un proche, à faire une onction avec l’huile du Laus en disant la prière pour la béatification de Benoîte.

« On parla à Jésus de la malade ». Frères et sœurs, c’est aussi ce que vous faites pour les chrétiens persécutés. Chers amis donateurs de l’AED, vous faites plus que faire un don en argent, ce qui est déjà important, vous portez aussi dans votre prière nos frères et sœurs chrétiens persécutés. Depuis 70 ans, suite à l’appel du « père au lard », le père Werenfried, une armée de donateurs priants s’est levée et parle à Jésus des chrétiens persécutés.

Regardons encore Jésus : au matin, Simon-Pierre ne voit plus Jésus dans la maison. Il s’était levé, bien avant l’aube, était sorti et s’était rendu dans un endroit désert, et là il priait.

Il ne lui suffit pas de guérir des malades, il faut encore les confier à son Père. Il ne suffit pas de donner de l’argent pour les chrétiens persécutés, il faut encore les porter dans la prière. Quand il l’a trouvé, Simon Pierre dit à Jésus : « Tout le monde te cherche. » Mais Jésus répond : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile » ; soit en français courant : « Je ne peux pas rester tranquillement à la maison à regarder la télévision, alors que tant ne connaissent pas l’amour de mon Père ».

Et il ajoute une phrase qui donne le sens de sa vie, de son incarnation, de sa venue dans la chair, « la carne » en italien ; « car c’est pour cela que je suis sorti. » Oui, Jésus, Dieu de toute éternité, est sorti de la Sainte Trinité pour venir parmi nous : « Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons » termine saint Marc.

Est-ce que vous voyez les trois étapes pour Jésus ?  Guérir des malades, prier son Père, et ensuite sortir évangéliser.

Est-ce que cela ne vous rappelle pas notre seconde lecture, avec des paroles fortes de l’apôtre saint Paul aux habitants de Corinthe : « Frères, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » Paul ne fait qu’imiter Jésus ; il participe au ministère de Jésus ; nous sommes invités aussi à imiter Jésus, mieux, à participer à son ministère. À sortir ! Vous savez que c’est le verbe préféré de notre saint Père, le pape François.

Je fais une parenthèse, vous avez vu que je suis entré dans la cathédrale avec une nouvelle crosse en bois.

Elle m’a été offerte par Charles-Emmanuel Guise, ici présent avec son épouse et ses enfants. M. Guise est ébéniste d’art. Il a ainsi réalisé le reliquaire du bienheureux anglais le cardinal Newman. Cette crosse est en bois, avec des parties en buis très solide, et une croix incrustée en bois rose. Elle me servira pour parcourir les paroisses du diocèse, tandis que la belle crosse dorée avec l’agneau pascal restera à la cathédrale. Enfin pour les pèlerinages en montagne, j’ai la crosse qui m’a été offerte par les prêtres du diocèse en bois très léger et dont une partie sert de bâton de marche. Je suis maintenant paré pour partir évangéliser ! et je compte bien que nous le fassions ensemble.

Car quel est le sens profond de l’Église à laquelle nous appartenons : continuer dans l’histoire l’œuvre salvifique de Jésus. Nous chrétiens sommes appelés à être des apôtres de la joie, cette joie qui vient de la présence de Dieu qui apporte le salut au monde. Car, demande l’Exode 17,7 : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Oui, Seigneur, et c’est cette joie que tu nous envoies porter au monde. Merci ! Amen !

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

2 commentaires

  1. Magnifique Homélie du Père Xavier Malle qui donne à méditer sur les souffrances, non pas que les souffrances physiques mais les souffrances psychiques qui elles , sont souvent oubliées ou occultées car elles font peur ; Dieu à notre secours, viens à notre aide, nous soignants et aidants familiaux. En ce dimanche de la santé portons notre prière vers eux;

  2. Bien belle homélie que j’ai écouté avec attention d’autant plus que je connais des malades qui ont besoin de
    prières car ils souffrent énormément et dans leurs souffrances insupportables, en arrivent à se demander si Dieu existe…..

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