Les évêques et les vicaires généraux de la province de Marseille au sanctuaire Notre-Dame du Laus
  • Post published:3 juin 2015

Lundi 1er et mardi 2 juin, les évêques et les vicaires généraux de la province de Marseille se sont retrouvés au sanctuaire Notre-Dame du Laus pour réfléchir à plusieurs questions pastorales.

Les évêques et vicaires généraux de la province au sanctuaire Notre-Dame du Laus

Un des sujets abordés : “L’éducation affective, relationnelle et sexuelle des jeunes”, avec une intervention de Mme Maud Lauriot-Prévost.

Les évêques et vicaires généraux entre eux pour les laudes et la messe le mardi 2 juin au petit matin, dans la chapelle des anges.

Mgr Bernard Barsi, archevêque de Monaco, et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

De gauche à droite, Mgr Jean-Philippe Nault, évêque de Digne, Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille, Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

Le premier jour, lundi 1er juin, la messe était présidée dans la basilique du sanctuaire par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Ci-dessous son homélie.

Homélie

Tobie 1, 3 ; 2, 1b- 8
« Moi, Tobith,
j’ai marché dans les voies de la vérité »

Marc 12, 1-12
« Ils se saisirent du fils bien-aimé,
le tuèrent,
et le jetèrent hors de la vigne »

Tobith a marché dans les voies de la vérité toute sa vie. Et quelles ont été ces voies de la vérité ? La compassion. Lors de la fête de Pentecôte il veut partager son repas avec un pauvre. Il jeûne. Il enterre un mort au risque de sa vie. Marcher dans les voies de la vérité, pour lui, c’est faire œuvre de miséricorde, œuvre de compassion.

Et si la vérité se trouvait dans la charité, dans l’amour ? Est dans le vrai celui qui aime concrètement, et non pas celui qui ne fait que parler d’amour. Est dans le vrai celui qui se mouille, qui s’engage, qui ne craint pas de se salir les mains, qui prend des risques. Celui qui reste sourd, aveugle au sort d’autrui n’est pas dans le vrai.

Notre indifférence au sort des autres, le pape François entend la mettre en cause ! Il lance l’année de la miséricorde. Par cette année sainte il veut réveiller nos consciences endormies. Déjà dans une audience générale il y a plus d’un an et demie il avait évoqué les œuvres bien concrètes de miséricorde. Et dans la bulle d’envoi du jubilé il en a parlé à nouveau. Il y rappelle les œuvres de miséricorde corporelles, celles mêmes que Tobith a vécues de tout son être. Je cite le pape : « Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts ». Le pape mentionne aussi dans son texte les œuvres de miséricorde spirituelles. Je le cite à nouveau : « conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, – par exemple moi dans cette homélie (ça c’est de moi, pas du pape, et il poursuit) – prier Dieu pour les vivants et pour les morts ».

Pas besoin donc de chercher midi à quatorze heures, de se creuser la tête pour trouver où est le vrai. Je suis dans le vrai si j’aime concrètement. La vérité, c’est la charité, l’amour.

Le conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation a présenté un programme où l’année sainte est ponctuée par la mise en avant de chacune des œuvres de miséricorde. L’équipe pastorale du sanctuaire de Notre-Dame du Laus a aussi préparé un programme en ce sens. L’évangélisation, pour toucher les cœurs, ne peut que se tourner vers le langage de la miséricorde, un langage fait bien plus de gestes et d’attitudes que de belles paroles. Loin de tout prosélytisme, l’évangélisation ne porte des fruits que si l’on se place sur la même longueur d’onde que Dieu, en usant à l’égard des autres de la même miséricorde que celle dont Dieu a usé et dont il continue d’user à notre égard.

La vérité, c’est la charité. La vérité n’est pas déconnectée de la charité. La voie de la vérité est celle de la charité, jusqu’à faire corps avec elle. Mais comment se fait-il alors que certains chrétiens se crispent lorsque la miséricorde entre, par exemple, dans le champ de la sexualité ? Comme si on s’éloignait de la vérité en voulant user de compassion et de compréhension à l’égard des homosexuels, des divorcés-remariés, des sidéens, des prostitué(e)s, des usagers du préservatif. Certes, tout n’est pas à mettre sur le même plan, mais là aussi, la charité n’est pas séparée de la vérité. La voie de la vérité reste celle de la charité, de l’amour.

L’évangile nous présente les vignerons qui font périr les prophètes, qui font périr Jésus. Ces vignerons ont leurs petites vérités, leurs petites certitudes, leurs petites habitudes. Ils gèrent la vigne petitement, sans plus. Ils ne veulent surtout pas être dérangés. Certains aujourd’hui risquent d’être comme ces vignerons d’hier en faisant obstacle, plus ou moins consciemment, aux réformes que le pape François veut engager dans l’Église.

Après la lecture du livre François parmi les loups du journaliste vaticaniste Marco Politi, j’ai réalisé combien le pape François avait besoin de soutien face à ceux qui, même dans son entourage immédiat, critiquent certaines de ses prises de position et cherchent à leur faire barrage.

Le pape François brise l’image qu’a de l’Église l’opinion publique. À partir de l’image d’une Église qui juge et condamne, il façonne celle d’une Église qui aime, pardonne et qui accueille. D’une Église qui est perçue comme un obstacle entre les hommes et Dieu, il fait une passerelle, un pont entre Dieu et les hommes. S’il met le doigt sur les blessures de l’âme humaine ce n’est pas pour les raviver, mais pour les panser et pour exprimer de la tendresse et de la compassion.

Il a face à lui ceux qui campent sur leur vérité, qui refusent tout débat et passent derrière lui pour refermer les portes et les fenêtres qu’il ouvre toutes grandes pour faire entrer dans l’Église et le monde un vent d’Espérance, pour ne pas dire le souffle vivificateur de l’Esprit.

La miséricorde, la tendresse, la compassion, de loin nous savons en parler avec brio, mais de près, ça engage trop. Alors on referme. Désolé, il n’y a rien à voir !

Mais fort heureusement, ce que le pape dit décoiffe à un point qu’on devrait pouvoir même découvrir que certains qu’on disait en dehors de l’Eglise sont en réalité dedans, et que d’autres qui se disaient dedans sont en fait dehors.

Alors acceptons de nous laisser bousculer dans nos certitudes par le Christ, sa parole de vie, son commandement à être miséricordieux. Car la vérité, c’est la charité, l’amour. Et tant mieux si d’aimer un peu plus concrètement ça nous remue et nous fait mal. C’est que nous étions rouillés et avions bien besoin d’être remis en route !

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 6 commentaires

  1. croassant

    MONSEIGNEUR,je vous ai regardé hier soir sur KTO,l’émission A LA SOURCE.Toujours agréable de vous voir.Notre cher PAPE,tout l’intéresse,il est très moderne,il va changer le monde et réformer l’Eglise pour la réconciliation des peuples et des religions.Pour les jeunes,c’est comme un père,il les prend dans ses bras,c’est naturel et touchant!.Si nous voulons un changement,il faut changer l’éducation de paix,de tolérance et d’Amour pour son prochain.Bonne fin de semaine MONSEIGNEUR et bons concerts dimanche.A bientôt.ARLETTE

  2. eric brucker

    “Pas besoin donc de chercher midi à quatorze heures, de se creuser la tête pour trouver où est le vrai. Je suis dans le vrai si j’aime concrètement. La vérité, c’est la charité, l’amour.”

    Mais comme seul Dieu est Amour , essayer d’aimer un peu concrètement c’est s’efforcer de gravir le chemin étroit vers la Vérité, le Christ, qui nous a dit “celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui accepte de la perdre à cause de Moi la sauvera”

    Comprenne qui pourra…

  3. croassant

    MONSEIGNEUR, déjà je corrige ma faute “bannières” de mon commentaire du 6 juin. J’ai suivi Notre Cher Pape, sa journée à SARAJEVO. Les commentaires lus, par des familles de martyrs, l’ont particulièrement ému et a répondu spontanément sans son texte. Ses homélies étaient remplis de sensibilité par rapport à toute cette population massacrée.Son visage était empreint de tristesse et fatigué. Je le cite “Vous n’avez pas le droit de crier votre histoire. Pas pour vous venger, mais pour faire la paix. Pardonner celui qui veut te tuer,c’est difficile, et eux ils l’ont fait. Aujourd’hui aussi dans cette guerre mondiale nous voyons beaucoup de cruauté.Ayez des attitudes de tendresse,de pardon”. Pour notre SAINT PERE,l’année de la Miséricorde sera la réconciliation d’un autre monde et il s’est défini pèlerin de Paix et de dialogue. Ce dimanche Fête du Saint Sacrement ou Fête DIEU, Fête de l’Eucharistie, recevoir le pain et le vin du Christ,c’est important pour nous réconcilier avec DIEU et l’année du PARDON. Ce Pape François dérange par sa franchise, mais lui souhaite des débats pour l’Eglise, aider les jeunes.Les médias disent de belles choses pour la paix et en cachette vendent des armes. Ses dernières paroles en quittant le centre Jean Paul II “La tâche que je vous laisse,faites la Paix tous ensemble et priez pour moi” Que le Seigneur vous bénisse. Merci Cher Pape et si une visite est prévue en France je voudrais le rencontrer. Vous MONSEIGNEUR,son disciple, vous avez les mêmes idées pour rétablir les religions, la foi, le pardon et la Paix mondiale. Priez pour moi et moi pour vous. ARLETTE

  4. croassant

    MONSEIGNEUR,votre homélie du 1er et du 2 juin,très intéressantes et qui donne à réflchir.Notre Cher Pape François est un saint homme qui n’a pas peur de bousculer le protocole,et dire ce qu’il pense pour changer la vision de l’Eglise,et l’année de la Miséricorde va nous le prouver.Il faut des rencontres interreligieuses pour rassembler,les Juifs,les Chrétiens,les Musulmans.La Sainte Trinité,”le Père,le Fils et le Saint Esprit” alors nous protègera.MONSEIGNEUR,vous dîtes “Celui qui est dans la vraie vie, aime concrètement et tant mieux si d’aimer un peu plus concrètement ça nous remue et nous fait mal. C’est que nous étions rouillés et avions besoin d’être remis en route” Si ce n’est pas réciproque, ça fait très mal!!!Le principal aimer DIEU et son prochain comme soi-même.Le jeudi 4 sur KTO,19h j’ai regardé la messe à Sainte-Marie-Majeure célébrée par le Saint Père.La procession du Saint Sacrement sur une voiture, les banières,le clergé et les fidèles,très émouvant!!!.Sauf que j’ai trouvé le Pape François le visage triste et fatigué. Merci pour ces belles photos. MONSEIGNEUR,ne m’oubliez pas,priez pour moi.Vous êtes dans mes pensées. ARLETTE

  5. Elisabeth Meyer

    Une Homélie interessante à lire, relire et méditer Monseigneur. Nous avons la chance d’avoir un Pape qui fait passer des messages de manière simple, directe qui ne peuvent nous laisser dans l’indifférence.
    Merci de nous faire partager ces photos.

  6. Grimaldi Marie José

    Belle homélie, Monseigneur, et …Superbes photos de famille ! Merci.

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