Les funérailles du chanoine Joseph Dixneuf
  • Post published:22 juin 2012

Mardi 19 juin ont eu lieu les funérailles du chanoine Joseph Dixneuf en la cathédrale de Gap. Ci-dessous, quelques photos de la célébration et l’homélie du Père Sébastien Dubois.

 

 

Cher père Dixneuf,

L’évangile que vous avez choisi pour le jour de vos funérailles (comme l’ensemble des textes, oraisons et déroulement de cette célébration) nous place dans la lumière de Pâques.

Aujourd’hui nous voulons être dans l’action de grâce avec vous pour ce que le Seigneur a pu accomplir grâce au don de votre vie et par la fidélité de votre ministère sacerdotal.

Vous nous rappelez dans cet évangile que les disciples, avant de se disperser, se rassemblent d’abord, sur la montagne : lieu de rencontre avec Dieu, signe de la primauté indispensable dans toute mission de la contemplation.

La prière et le souci de la vie surnaturelle est à la racine de votre sacerdoce. Vous aviez compris que le salut des âmes doit toujours être dans l’Église la loi suprême. Vous aviez compris que ce chemin exigeant passe d’abord par la vie exigeante du ministre. Cette exigence vous la viviez chaque matin dans le secret de votre chambre par la prière et l’oraison dès 5 heures, le port de l’habit ecclésiastique, le respect des normes liturgiques, la fidélité à l’enseignement de l’Église et au Saint-Père.

Être un homme de prière ne veut pas dire être timoré, vous nous l’avez bien montré, vous étiez même plutôt grande gueule, mais c’est parce que vous étiez passionné de l’évangile et de celui qui, au jour de votre première communion, vous avait saisi. Alors depuis ce jour, grâce à vos parents, vos éducateurs et les prêtres qui ont été des modèles pour vous, vous avez découvert la grandeur du ministère qui se déploierait un jour dans les limites de votre vie et de votre personne : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » vient-on d’entendre dans l’évangile. Cette parole du Christ s’est incarnée dans le prêtre que vous avez été pour nous.

À Radio Espérance, lors d’une interview, à l’occasion de vos 65 ans de sacerdoce, Philippe Castagno vous demandait si les soucis de l’âge ne pesaient pas trop sur vous, vous répondiez : « Tant qu’il me reste mes mains pour bénir et pour absoudre, tout va bien ».

Avons-nous assez conscience, nous prêtres et fidèles, de la valeur de notre vie spirituelle et du canal de grâce que nous sommes pour le monde, chacun à sa juste place.

Vous aviez conscience du combat spirituel qui se joue à chaque instant autour de nous. Que le prêtre doit être en première ligne. Si le chef s’assoie, les hommes se couchent, pensiez-vous sans doute, alors jusqu’au bout vous aviez voulu être utile. Voilà un peu plus de vingt ans, vous vous êtes donc mis au service de notre Église diocésaine, grâce à Mgr Georges Lagrange. Même si vos soucis de vue ne vous permettait plus  les années passant d’accomplir un ministère public de présidence, vous n’avez pas démérité…  et pour rappeler aux fidèles qu’ils sont engagés dans ce combat surnaturel, vous aimiez bénir les personnes, mais aussi des litres d’eau ou d’huile, des kilos de sels exorcisés. Vous aimiez prêcher sur les sacramentaux, car ils sont autant de moyens que l’Église nous donne dans sa sagesse pour que nous n’oublions pas que dans notre vie ordinaire nous sommes là pour dire l’extraordinaire de l’amour de Dieu.

Oui, des forces s’opposent au règne de l’amour : Satan, le mal, appelons-le comme nous le voulons, mais n’ayons pas peur de le nommer, vous en aviez conscience, vous n’aviez pas peur d’en parler et vous en aviez pris votre parti que le moins d’âmes possible ne se damnent loin de Dieu, en enfer…

Dans ce même registre vous n’aviez pas peur de dénoncer les structures de péché et les organismes qui vivent à détruire l’Église : qui vous connaît n’a pas pu ne pas vous entendre dénoncer la franc-maçonnerie et ses groupes parallèles.

Combien d’heures avez-vous passé dans cette cathédrale à confesser ? Dieu seul le sait ! Vous étiez profondément heureux de confesser beaucoup.

À vous qui veniez régulièrement vous confesser au Père Dixneuf et qui faisiez appel à son ministère de prêtre, je voudrais en son nom vous remercier, car c’était pour lui une des plus grandes joies de son ministère. Chers amis, confessez-vous souvent à vos prêtres car vous leur rappelez ce pour quoi ils sont là et vous empruntez le plus court chemin pour votre salut. Un prêtre qui ne confesse pas régulièrement et qui ne célèbre pas la messe chaque jour est en danger. Exigez de vos prêtres qu’au lieu d’animer des réunions fumeuses d’organisation, ils soient là avant tout pour donner les sacrements, c’est-à-dire Dieu lui-même.

Alors aujourd’hui elles sont nombreuses toutes ces âmes à vous accueillir dans l’éternité, car vous leur avez ouvert les portes du ciel. Exigence de vie personnelle et miséricorde pour ceux qui se confient à votre ministère, voilà sans doute une de vos recettes de vie. Oui, aujourd’hui il y a de la joie dans le ciel.

Vous aviez parfaitement intégré cette phrase de l’évangile qui vient d’être lue : «  Allez donc de toutes les nations, faites des disciples ! » Alors il fallait que cela avance, que cela fonce même. Vous étiez toujours enthousiaste quand l’un ou l’autre des jeunes prêtres ou séminariste du diocèse vous partageait leur mission. Vous aimiez que l’on fasse feu de tout bois, du moment que cela faisait grandir la vie spirituelle. Ainsi qu’elle n’était pas ma surprise de vous voir, vous le classique, un peu trop tradi pour certains, dans des rassemblements charismatiques…

Vous aviez le souci de servir l’homme dans son entier, c’est-à-dire sans oublier sa dimension spirituelle. Sans doute, votre formation chez les religieux de Saint-Vincent de Paul à la suite de leur fondateur, n’a pas été sans conséquence pour votre vie. Alors, vous n’avez pas craint de vous mouiller, les faits de Résistance, parmi les décorations que vous avez eues, en sont le signe et l’arbre planté à Jérusalem rappelle votre engagement pour sauver toute personne humaine en souffrance.

Cette mission pour qu’elle ne dévie pas, vous la placiez  sous la protection et le regard bienveillant de la Vierge Marie. Tout votre ministère avait d’ailleurs été placé sous son patronage, quand vous avez été ordonné il y a 67 ans, dans la chapelle de l’Immaculée Conception à Saint-Étienne. Vous saviez que pour entrer dans le mystère de l’amour de Dieu, il n’y avait pas mieux pour vous y introduire, qu’une mère. Votre dévotion mariale, depuis votre enfance, était profonde. Fidèle à la prière du chapelet, au pèlerinage accompli régulièrement… plus encore comme prêtre, vous aimiez favoriser le culte et la piété mariale. Sur votre blason, pas seulement pour nous rappeler le pays de Chouans et votre origine, vous avez apposé les cœurs unis de Jésus et de Marie comme pour nous rappeler qu’ils sont des moyens sûrs que l’Église nous offre pour rentrer dans l’intimité de Dieu.

Pour vous, ces derniers jours, vous êtes rentré dans l’intimité avec Dieu par la croix et les souffrances du Vendredi Saint. Durant votre agonie les visites de notre évêque ont été pour vous un soutien réconfortant. Vous n’avez pas voulu passer à côté de l’épreuve de la Passion, et quand l’un ou l’autre vous demandait si vous vouliez des médicaments pour éviter la souffrance, vous répondiez d’un non sec et sans appel. Vous avez voulu rester conscient jusqu’au bout, offrant vos souffrances et vos fatigues pour la sanctification des prêtres de notre diocèse et pour que s’épanouisse les grâces semées par votre ministère.

En la solennité du Sacré Cœur de Jésus vous avez reçu une dernière fois le sacrement des malades avant de réciter les mystères douloureux. Puis j’ai célébré la messe pour vous, vous avez communié au précieux sang avant de vous abandonner dans l’océan d’amour qui règne en la Trinité. Merci pour l’exemple que vous avez donné, le Ciel ne s’y est pas trompé en vous y accueillant en cette fête. Par votre ministère, nombreux sont ceux qui peuvent dire aujourd’hui « j’ai rencontré un prêtre selon le cœur de Dieu », et je fais mienne cette prière que vous avez écrite : « Seigneur, accorde-moi assez de sérénité pour accepter les choses que je ne puis changer. Donne-moi assez de courage pour être toujours disponible. Rends-moi assez fort pour aider ceux qui en ont besoin. Communique-moi assez de FOI pour découvrir Ta Présence. Remplis mon cœur d’AMOUR pour Te servir sans défaillance. Ô Marie, garde-moi fidèle jusqu’au bout, dans la fidélité à mon Sacerdoce! Ô Joseph, apprends-moi à rester dans le silence du Mystère de Dieu ! Fides Immota [Foi inébranlable]. Amen. »

Cet article a 1 commentaire

  1. Renaud-Goud

    Stéphanois d’origine, j’avais connu enfant le père Dixneuf au patronage St Joseph où il était en charge de la chorale, dont je faisais parti, et de l’orgue électronique.
    Il était très dynamique et j’ai depuis gardé le contact par courrier chaque année au moment des voeux, qu’il était le premier à envoyer.

    Je l’avais vu à son poste à Paris ainsi qu’un autre prêtre de St Joseph, et étant en Ardèche depuis longtemps j’avais été le voir aussi en 2006 à Gap ou nous avions parlé de ces années et il m’avait même payé à manger au restaurant .
    Si j’avais appris son décès je serai venu à ses obsèques .

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